‹ Le Maréchal Canrobert, souvenirs d'un siècleChapitre 234 sur 255 · DIFFEREND ENTRE GANROBERT ET NIEL · texte numérisé non relu

DIFFEREND ENTRE GANROBERT ET NIEL

que le général de Luzy lui avait demandé de n'en rien faire, et de tournera droite au lieu de continuer devant lui. Le pauvre général de Luzy n'avait pensé à rien apprendre de tous ces détails à son commandant de corps.

En tout cas, les jugements du maréchal Niel n'étaient à aucun titre émis pour être publiés. C'est ce que comprit X aller ego du maréchal Vaillant, le colonel Castelnau, qui encadra d'un crayon rouge le passage en question et proposa au maréchal Vaillant de le supprimer. « Bah! ils s'arrangeront entre eux » , répondit le major-général et le rapport fut envoyé in extenso au Moniteur.

Quand il en eut connaissance, le maréchal Canrobert fut profondément froissé : « C'est une félonie, c'est une trahison. On a voulu me déshonorer » , répétait-il. Il écrivit une lettre au maréchal Niel : celui-ci y répondit en mettant en cause le général Renault qui riposta à son tour. Tout ceci n'aboutissait à rien. L'Empereur dut s'en mêler et prier le maréchal Ganrobert d'attendre son retour à Paris avant de provoquer son collègue. Le maréchal Canrobert, tout en se conformant à ce désir, demanda aux maréchaux Baraguayd'Hilliers et de Mac-Mahon d'être prêts à lui servir de témoins : ils acceptèrent et rédigèrent une note rectificative qu'ils promirent de soumettre au maréchal Niel ; dans le cas où il refuserait de signer, ils lui demanderaient de constituer deux témoins.

Le 7 août, les deux maréchaux se réunirent aux Tuileries et attendirent le général Frossard, représentant du maréchal Niel. Celui-ci prit la note et la porta à son client qui réfléchit longtemps et la signa. Elle parut le lendemain au Moniteur.

En attendant la réponse, les deux témoins du maréchal Canrobert causaient dans le salon des Tuileries, et le maréchal Baraguay-d'Hilliers, qui ne rêvait que plaies et bosses, dit au maréchal de Mac-Mahon : «Je ne serais pas fâché qu'il refusât de signer et que notre client lui fourrât un bon coup d'épée. » L'Empereur convoqua ensuite les deux maréchaux et leur demanda de se tendre la main, ce qu'ils firent immédiatement.

Ayant un jour rappelé ces incidents au maréchal Canrobert, il me dit : « Je n'aime plus parler de cela. J'ai oublié ce qui s'est passé. Je me suis réconcilié complètement avec le maréchal Niel, et puis, j'ai vu mieux que personne ce qu'il a fait lors de son ministère. J'ai assisté à ses efforts; j'ai été témoin de ses désespoirs, de ses dégoûts; je sais les responsabilités effroyables qu'il n'a pas hésité à prendre pour assurer au pays les moyens de défense que le Corps législatif refusait. Jamais, jamais, voyez-vous, on ne saura ce que le maréchal Niel a fait en ces circonstances. C'est le désespoir de sentir qu'il ne pouvait pas préserver notre pays d'un désastre certain qui l'a tué. Comment, après cela, puis-je avoir d'autres souvenirs de

lui ? »

Le maréchal Niel, de son côté, eut pour le maréchal Canrobert des sentiments identiques et il sut les faire partager à son fils, le général Léopold Niel, au point que celui-ci, lorsqu'il se maria, ne crut pas mieux répondre aux idées de son père qu'en priant le maréchal Canrobert de lui servir de témoin.

Tout ceci répond à ceux qui ont voulu chercher à

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