‹ Le Maréchal Canrobert, souvenirs d'un siècleChapitre 235 sur 255 · VILLAFRANCA · texte numérisé non relu

VILLAFRANCA

Projet d'assiéger Peschiera et Vérone. — Demandes de renforts. — Formation d'un 6e corps. — Attachés étrangers et peintres d'histoire. — Attaque de Venise ordonnée et prise d'armes devant Vérone. — C'est la paix. — Mécontentement de l'armée et fureur de l'Italie. — Adieux de Napoléon III et de Victor-Emmanuel. — Ouf! — Passage du mont Cenis. — Une roue qui chauffe et une bouteille de Champagne opportune. — Conclusion et résultat désastreux de la campagne.

L'armée séjourna sept jours aux environs du champ de bataille; comme après Magenta, les vivres faisaient défaut et l'on ne pouvait aller de l'avant. Le 27, l'Empereur décida le siège de Peschiera. Le général Frossard en dirigerait les attaques et l'armée sarde ferait l'investissement. Plus tard, le général Frossard a déclaré qu'après examen de la place il croyait avoir trouvé « un joint qui eût fait tomber la ville en huit jours » .

Ce siège ne devait point arrêter l'armée qui allait marcher sur Vérone pour en faire également l'attaque. L'Empereur savait cette forteresse mal approvisionnée. Le consul de France, M. Herbet, lui avait déclaré que ni l'artillerie ni les munitions réunies dans la ville n'étaient suffisantes pour une longue défense, et M. Bontoux, depuis directeur des chemins de fer autrichiens et actuellement chargé du service commercial de ces mêmes chemins, lui faisait tenir de Paris un renseigne-

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ment identique, avec preuves à l'appui basées sur les relevés des transports effectués depuis un an des différents arsenaux de l'Empire en Vénétie ; aussi l'Empereur, puisqu'il ne recevait pas de propositions de paix, voulait-il pousser la campagne : c'était le seul moyen qu'il avait d'amener l'Autriche à traiter.

Le 28 juin, il télégraphiait au maréchal Randon : « Ce sont toujours les projectiles pour le parc de siège qui arrivent en trop petit nombre. Il m'en faut trois cent mille.

« Prenez toutes les mesures possibles pour augmenter l'effectif de l'armée. Si le 24 — jour de Solferino — j'avais eu cinquante mille hommes de plus, la guerre était terminée. Faites un effort héroïque pour augmenter de mille hommes chaque régiment d'infanterie de l'armée d'Italie. Nous avons eu, le 24, quatorze mille hommes hors de combat.

Le maréchal Randon fit partir de Lyon la division d'Hugues, qui devait être suivie d'une autre et former un 6e corps dont le commandement serait confié au vieux maréchal de Gastellane. Celui-ci, tout heureux de partir en guerre et toujours féru de règlement, écrivait au maréchal Vaillant pour lui demander la tenue réglementaire des maréchaux à l'armée. Devait-il emporter une ceinture ou un ceinturon, et un chapeau ou un képi?

En même temps, trois batteries se mettaient en route de Metz, Strasbourg et Grenoble, et elles laissaient leurs régiments dans une telle pénurie de chevaux que l'on ne pouvait, les jours de manœuvres,

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constituer une batterie attelée à son effectif complet.

A l'armée, la chaleur devenait étouffante et elle engendrait une épidémie de mouches et une invasion intolérable de puces : il y en avait partout. Les victoires avaient aussi attiré une masse de ce que dans les armées on appelle des crocodiles : un général anglais, plusieurs généraux espagnols, le comte Schouvaloff et puis les peintres Yvon et Meissonier. Ce dernier avec un costume de fantaisie assez extraordinaire : tunique verte déboutonnée, gilet à petits boutons d'or, képi vert et bottes vernies avec une quantité de plis. Le prince Napoléon arriva aussi en tête de son corps d'armée, couvert de poussière, et d'une division toscane dont l'aspect égaya nos soldats. Les Toscans n'avaient ni le goût ni les allures militaires : un pantalon rouge était leur seul uniforme. Des habits, des tuniques, des spencers ou des blouses avec des chapeaux de feutre, de paille ou des képis complétaient leur équipement; quanta leurs fusils, ils avaient dû vider les fonds de tous les prêteurs à la petite semaine, ou les magasins d'exportateurs pour nègres : c'étaient des vieux outils à mèche ou à pierre, raccordés avec des ficelles, tout au plus bons à tirer des moineaux, si ce n'est à blesser ceux qui s'en servaient.

Cette troupe, composée de braves gens accoutumés à une vie paisible sur les bords enchantés de l'Arno, ne pouvait guère être utile dans une dure campagne.

L'Empereur, pressé d'en finir, cherchait à attaquer son adversaire de tous les côtés à la fois pour le contraindre à traiter, et au moment de passer le Mincio, il envoyait cette dépêche à l'amiral Hamelin :

« D'après des nouvelles que je reçois, une démons-

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