‹ Le Maréchal Canrobert, souvenirs d'un siècleChapitre 236 sur 255 · ATTAQUE DE VENISE ORDONNÉE · texte numérisé non relu

ATTAQUE DE VENISE ORDONNÉE

tration devant Venise produirait une insurrection générale. Envoyez sans délai Tordre d'attaquer. »

Cependant il paraissait soucieux, et certains de son entourage le prétendaient même souffrant. Dans la matinée du 6 juillet, il alla faire une reconnaissance du côté de Somma Gampagna : il était en haut d'une terrasse regardant le paysage quand une corvée vint à passer. Les hommes, accablés par la chaleur, étaient débraillés et maugréaient; à leur suite vint une troupe de cavaliers menant des chevaux à l'abreuvoir; les cavaliers avaient si mauvaise tenue qu'il en fut dégoûté et qu'il rentra. Le soir, il envoya une dépêche directe à l'amiral Romain Desfossés pour lui ordonner de commencer le lendemain 7 le bombardement de Venise; puis il prescrivit une prise d'armes générale de l'armée pour trois heures du matin : « D'après mes renseignements, disait-il, il est probable que nous serons attaqués demain, de flanc et de front, par l'armée ennemie... » Puis il entrait dans les moindres détails, réglementant le combat comme une manœuvre d'hippodrome ou de cirque olympique convenue d'avance. « Dès que l'ennemi paraîtra, terminait-il, on commencera le feu d'artillerie. Les lignes d'infanterie seront disposées, quand le terrain le permettra, alternativement en bataillons déployés et en colonnes. On évitera les tirailleurs inutiles, et, pendant que les bataillons déployés feront des feux de salve, les autres battront la charge et aborderont l'ennemi à la baïonnette. »

Le lendemain, toute l'armée ainsi déployée pouvait s'apercevoir de Vérone. A midi, des officiers d'ordonnance vinrent dire aux troupes de retourner à leurs

bivouacs et aussitôt le bruit se répandit avec rapidité qu'un armistice était signé et que l'armée allait rentrer en France.

Personne ne se doutait des raisons majeures, inéluctables qui contraignaient Napoléon à cesser la guerre. Tous furent surpris, beaucoup témoignèrent de leur colère.

Le général Lebœuf, en revenant le 7 à midi, en accrochan i son sabre à un portemanteau, s'écrie devant ses officiers : « C'est se moquer du monde que de faire la paix... Pourquoi?.. . tout allait à souhait. Et que vont dire nos alliés à qui nous avions promis l'Adriatique? »

Le général Frossard qualifie la paix de nauséabonde et déclare ne plus vouloir en parler; il dit au maréchal Vaillant que l'armée a été volée. Le maréchal Ganrobert écrit à son cousin Marbot : « J'enrage de la paix avant la conquête de la ligne de l'Adige. » Et partout c'est un cri de désapprobation. Mais cependant l'émotion se calme avec la réflexion, chacun est heureux de rei ouver la patrie, et l'on estime que, malgré tout, il n'es pas utile de continuer à se faire tuer pour les Italien- qui ne nous en savent aucun gré et qui nous lai^M t nous battre pour eux sans nous aider; car, sauf l'ami: sarde et les villes de Milan et Brescia qui ont fou n juelques volontaires, on ne voit personne prendre 1< irmes pour l'indépendance.

Peu aj s, dans certaines villes, les Français, de libérateurs, deviennent des traîtres. Victor-Emmanuel, à en cron sir James Hudson, traite Napoléon de chien. Le cornu de Gavour ne décolère pas; mais, chez le plus fin des di| iomates on ne sait jamais si les colères sont

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