OUF! IL EST PARTI
de commande du réelles. Cette fois, il casse les vitres avec fracas : il faut que l'Italie entière sache son désespoir et sa fureur, qui doivent le rendre le plus populaire des Italiens.
Partout, au retour de la campagne, nos soldats sont accueillis froidement, quand ils ne sont pas insultés. A toutes les devantures, on voit exposé, en bonne place, le portrait d'Orsini, et les gendarmes français découvrent à Milan cinq cents bombes chargées! Mais on assure qu'elles ont été confectionnées au commencement de l'année, et qu'elles étaient destinées aux Autrichiens.
Si Napoléon III avait choisi son moment, s'il n'avait pas risqué l'avenir de la France pour créer l'indépendance de l'Italie, s'il n'avait pas prononcé ces imprudentes paroles « jusqu'à l'Adriatique » , l'Italie ne lui en voudrait pas, ni à la France non plus. Tant il est vrai que lorsqu'on est à la tête d'une nation il faut se consacrer avec un égoïsme féroce à la grandeur et à la prospérité de sa propre patrie : d'abord son pays et son pays seul. Les autres, autant qu'ils peuvent nous servir.
Lorsque Napoléon III quitta Victor-Emmanuel à Suse pour rentrer en France, après des adieux assez contraints de part et d'autre, il monta en voiture et partit au grand trot pour gravir les pentes du mont Genis. Victor-Emmanuel ne pensa pas d'abord à désigner deux de ses officiers pour accompagner son allié. Quand il eut vu disparaître la calèche et qu'il eut prononcé le mot significatif : « Ouf! il est parti » , il s' aperçut de son oubli et il appela le général d'Angrogna et le capitaine de Foras :
520 CANRORERT.
— Gourez vite après l'Empereur et accompagnez-le jusqu'à la frontière.
Les deux officiers partirent au galop et rejoignirent le cortège impérial à mi-côte. L'Empereur les pria de monter dans sa voiture et s'entretint avec eux. Non loin du sommet, une des roues de la calèche se mit à chauffer : on dut s'arrêter et chercher de l'eau et, comme on n'en trouvait pas, le général Fleury eut l'idée de déboucher des bouteilles de Champagne dont le contenu suffit pour refroidir la roue : sauf cet incident, l'Empereur rentra sans accroc et incognito à Paris.
La rentrée des troupes donna lieu à une fête splendide; les victoires, dont les noms sonores s'inscrivaient sur les plaques de nos rues et de nos ponts et qui devaient baptiser nos plus beaux navires de guerre, cachaient toutes sortes de déboires, de désillusions et d'insuccès.
Nous étions partis en guerre pour affranchir un peuple, et l'Europe, après nous avoir laissé commencer, nous avait arrêtés par des menaces, et nous lui avions obéi. Telle était la réalité.
Le gouvernement et l'Empereur s'efforcèrent de cacher l'état des choses, et bien peu d'esprits purent alors démêler la vérité. Ce ne fut qu'en 1866 qu'elle sauta aux yeux, lorsque la grandeur de la France et son autorité morale s'écroulèrent tout d'un coup d'une façon misérable, plus navrante encore à raconter et plus pénible pour nos sentiments patriotiques que le récit de nos désastres de 1870.
Rentré à Nancy après le 15 août 1859, le maréchal Ganrobert reprit sa vie et continua à fréquenter ses amis d'avant la guerre. Parmi les personnalités les olus