‹ Le Maréchal Canrobert, souvenirs d'un siècleChapitre 26 sur 255 · INVENTION DES CANONS RAYES · texte numérisé non relu

INVENTION DES CANONS RAYES

sation avec l'Empereur. Il insista encore sur son désir de faire la paix; mais, pour l'obtenir, il fallait être fort. »

En Grimée, les généraux alliés déclaraient avoir accompli leur œuvre et tous étaient d'avis d'attaquer Saint-Pétersbourg. Le général Airey, revenu à Londres pour prendre la direction du War-Office, était chargé, par tous les chefs alliés, de conseiller la campagne dans la Baltique aux deux gouvernements. Des deux côtés de la Manche on créait en hâte une flottille de canonnières et de batteries, telles que les désiraient les amiraux Dundas et Penaud.

Napoléon apprit au général Ganrobert que, depuis un an, il faisait secrètement des expériences de tir avec des canons rayés construits par Treuille de Beaulieu Les essais avaient donné d'excellents résultats et il avait commandé cent pièces rayées du calibre de 24 pour armer des petits chalands à ras de l'eau.

Tout est à créer, outillage et modèles ; mais il compte sur l'habileté de Treuille de Beaulieu pour être en possession, le 1er mars 1856, de ces cent pièces avec leurs affûts et leurs approvisionnements, le tout prêt à être embarqué au Havre.

Dans ses prévisions, l'Empereur ne s'est point trompé, car, au jour indiqué, le matériel commandé est rendu sur les quais. La paix empêcha l'utilisation de cette nouvelle artillerie qui fut ramenée sans bruit au Mont-Valérien, où elle demeura emmagasinée jusqu'en 1859, et le secret de ce prodige demeura si bien gardé que rien n'en transpira et que les fameux canons rayés firent seulement leur apparition dans la guerre d'Italie.

En Angleterre on avait, le 25 octobre, commandé

six cents canonnières dans les différents chantiers du gouvernement et de l'industrie privée; durant l'hiver, on doubla la commande. — L'usine de M. Laird livra, à elle seule, trois cents de ces canonnières avec tous leurs accessoires et approvisionnements. De son côté, M. Penn, de Greenwitch, mita l'eau quatre-vingts bombardes à vapeur avant le 1er mars.

« Ma mission, terminait le maréchal Ganrobert, avait eu un résultat considérable, car, quelques jours après ma rentrée, le Moniteur publia le traité d'alliance défensive avec la Suède, dont j'ai parlé, et personne ne douta que ce traité devait être suivi d'articles secrets convenant d'une action effective au printemps. Du reste, les armements de la Suède et ceux de nos arsenaux maritimes venaient à l'appui de cette conviction. Aussi la Russie accepta-t-elle de traiter, le 19 janvier 1856, sur des bases honorables pour tous les belligérants, et rendit inutiles tous les préparatifs entrepris pour prendre Gronstadt et Pétersbourg.

« À mon retour, j'appris les événements passés pendant mon absence : la cérémonie de clôture de l'Exposition; la venue du roi Victor-Emmanuel à Paris, où il avait beaucoup plu par ses allures soldatesques, sa bonhomie et sa franchise brusque. J'appris aussi la mort de M. Mole : j'avais eu l'occasion de lui être présenté en 1850 et sa tournure de grand seigneur, sa figure romaine et sa gravité consulaire m'avaient impressionné. Quoique je n'eusse guère été en relations avec lui; il m'avait écrit, lors de ma démission en Grimée, et sa lettre m'avait profondément touché. Je fus affligé de la disparition de cet homme d'État qui restait, avec le duc Pasquier et le duc Decazes, la per-

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