‹ Le Maréchal Canrobert, souvenirs d'un siècleChapitre 27 sur 255 · MORT DE M. MOLE · texte numérisé non relu

MORT DE M. MOLE

sonnification des époques que je n'avais pas vues, mais dont on m'avait tant parlé.

« M. Mole était un beau caractère et peu de personnes ont rendu d'aussi éminents services.

« Durant la Terreur blanche, il n'avait pas craint de s'écrier à la Chambre des pairs, comme on lui reprochait d'avoir servi Y usurpateur : «J'ai dû à l'estime de cet homme extraordinaire de m'asseoir bien jeune encore dans les conseils de l'Etat, auprès d'hommes qui m'étaient si supérieurs par leur expérience et leurs lumières. » A cette apostrophe, les plus ultra-royalistes se regardèrent, stupéfiés d'entendre l'éloge de l'antéchrist fait par l'un d'eux.

a M. Mole, ministre de la Marine de la Restauration, avait tenu le même rôle réparateur que Gouvion-Saint- Gyr à la Guerre. Il avait mis à la retraite tous les émigrés et voltigeurs de Louis XVIII qui avaient quitté la marine, vingt-cinq ans auparavant, et s'étaient battus contre nous et il avait rappelé les braves de nos grandes guerres que la réaction ultra avait mis en demisolde.

« Ministre des Affaires étrangères, il sut tenir tête au gouvernement prussien qui menaçait d'entrer en Belgique, déclarant à l'ambassadeur de Frédéric-Guillaume que si un régiment prussien passait la frontière, il trouverait devant lui une armée française. Président du conseil, il sut accorder à l'armée d'Afrique — et cela malgré les Parlements — les moyens de conquérir Constantine que ses prédécesseurs, par crainte des députés, avaient refusé au maréchal Glauzel l'année d'avant.

« A T Académie française, son discours de réponse à

celui de Victor Hugo, lors de la réception du poète, demeura un modèle de cette éloquence particulière.

« Ce n'est pas sans un sentiment de tristesse que l'on voit, à un certain âge, partir ceux qui représentent, les premiers souvenirs dont notre jeunesse a été bercée, o

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