‹ Le Maréchal Canrobert, souvenirs d'un siècleChapitre 3 sur 255 · LA PRISE DE SEBASTOPOL · texte numérisé non relu

LA PRISE DE SEBASTOPOL

d'Essling et la comtesse de Lezay-Marnésia qui n'avaient point été atteintes.

L'assassin était un clerc d'huissier du nom de Bellemare, déjà condamné pour escroquerie, que l'Empereur avait gracié peu de temps auparavant. Gomme il avait tiré sur la voiture qui précédait celle de l'Empereur, le bruit de l'attentat parcourut vite la capitale et les souverains furent accueillis quelques instants après, à leur entrée au théâtre, avec un enthousiasme profond.

Le lendemain, l'on reçut la première dépêche du général Pélissier, datée du Mamelon-Vert (redoute Brancion), sept heures du soir; elle fut publiée au Moniteur le surlendemain, 10 septembre, et affichée partout. Dans ce premier télégramme, le général parlait de la prise de Malakoff, mais n'annonçait pas encore l'abandon de Sébastopol par les Russes. Lorsque le même jour, mais assez tard dans la soirée, arriva la seconde dépêche confirmant l'immensité du succès, et que le canon des Invalides fit connaître, le 1 1 septembre, au monde entier, la destruction de Sébastopol, l'allégresse fut à son comble. On chanta un Te Deum solennel à Notre-Dame et le soir, à l'Opéra- Gomique, on représenta une actualité d'Adolphe Adam et Michel Garré, sorte d'apothéose dans laquelle un Anglais, un Turc, un Piémontais et un Français, tenant chacun un drapeau, entonnaient le refrain suivant :

Sébastopol est à nous !

Grande journée à jamais féconde, Tu fais notre orgueil, fais la paix du monde !

D'un autre côté arrivèrent sous des formes diverses les félicitations des cours étrangères. A Berlin, M. de

U CANRORERÏ.

Manteuffel vint complimenter M. le marquis de Moustiers, notre ambassadeur, mais s'abstint de toute démarche auprès de lord Lofftus, l'ambassadeur anglais. A Paris, l'ambassadeur d'Autriche, M. Hùbner. fit attendre quelques jours ses compliments, et à Vienne le comte Buol, ministre des affaires étrangères, en les envoyant à M. de Bourquenay le pria de ne pas parler de la démarche courtoise, mais sans caractère officiel, qu'il faisait personnellement.

Cependant, la prise de Sébastopol avait produit un effet énorme et dans toute l'Europe l'on n'attendait plus que la paix. Depuis le comte Buoljusqu'au ministre du plus petit principicule de la Confédération germanique, tous les hommes d'État d'Allemagne se croyaient appelés au rôle de médiateur et le comte Buol s'écriait, à l'arrivée de la dépêche : « Nous avons les principautés danubiennes dans notre poche. »

, L'Empereur ne marchanda pas ses félicitations à l'armée. Il envoya au général Pélissier cette dépêche : « Honneur à tous, honneur à votre brave armée » , et il le nomma maréchal de France. Quant à Canrobert, il aurait refusé, s'il faut en croire l'Indépendance belge, de recevoir le bâton de maréchal en même temps que le vainqueur de Sébastopol. Il jugeait que, malgré toute sa popularité et ses services, il n'eût pas été à son avantage d'être nommé le même jour que son successeur auquel il avait passé la main pour accomplir l'œuvre qu'il n'avait fait que préparer.

Cependant la prise de Sébastopol n'avait pas suspendu les hostilités et, quoiqu'on parlât beaucoup de paix, les divers adversaires en présence, sauf les Français, n'étaient pas encore disposés à la conclure. Les

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