LES FAMEUX « QUATRE POINTS
avec la France sur les termes d'une proposition de paix sous forme ^ultimatum.
L'étonnement de M. de Bourqueney fui plus vif encore lorsqu'il connut ces propositions : loin d'être anodines comme celles des conférences de Vienne, au printemps, elles étaient plus dures que celles que Napoléon III avait indiquées à M. de Seebach ; beaucoup plus dures, par conséquent, que celles exposées par M. de Morny au prince Gortschakoff.
Il fallait maintenant faire adopter ces propositions par l'Angleterre : on les lui communiqua avec cette réserve qu'ayant été débattues entre la France et l'Autriche, il fallait les accepter telles quelles, ou les repousser, toute modification étant impossible.
A cet avis, lord Palmerston se cabra tout raide. Il trouvait les demandes trop douces et surtout il n'admettait pas que l'on pût rédiger un engagement dans lequel l'Angleterre était contractante, sans qu'elle eût le droit de le discuter : plutôt que d'accepter pareil procédé, il était décidé à continuer la guerre seul avec les Turcs. La situation se tendit de ce fait entre Paris et Londres et le prince Gortschakoff eut l'espoir momentané de voir l'alliance anglo-française se desserrer. Il n'en fut rien : Napoléon III écrivit directement à la Reine une lettre où il exposait la situation et cherchait une solution satisfaisante; la Reine lui répondit avec le même désir d'entente, et désormais l'accord redevint aussi cordial qu'au» paravant;en quelques jours, les deux Cabinets s'entendirent sur les propositions à présenter en leur nom: c'étaient les fameux quatre points interprétés dans le sens le plus dur, auxquels l'Angleterre ajoutait l'engagement pour la Russie de ne plus fortifier les îles d'Aland.
G8 GANROBERT.
L'Autriche, de son coté, une fois en possession de ce traité, surenchérit sur les exigences de l'Angleterre en demandant la cession d'une bande de terrain en Bessarabie, le long du Danube, dans l'idée d'éloigner les Russes de ses frontières.
Le comte de Buol se chargea de faire porter ces propositions à Pétersbourg par le comte Valentin Esterhazy ; mais il y mit la condition que le prince Gortschakoff serait tenu en dehors de toute cette négociation. Il en résulta que la haine du prince contre l'Autriche s'en accrut encore.
Napoléon III, vivement désireux de la paix, fit appeler M. de Seebach, lui exposa la situation jusque dans ses plus petits détails et l'invita à partir le soir même dire à son beau-père que le gouvernement anglais avait fait de nombreuses difficultés pour accepter ces conditions et qu'il serait heureux de les voir repousser et de continuer la guerre. C'était le minimum des exigences qu'il était possible d'espérer; il conseillait donc vivement à M. de Nesselrode de les accepter.
De son côté, le comte Esterhazy, parti le 1 5 décembre, arriva le 20. Il avait l'ordre d'attendre la réponse un mois. Si, au 20 janvier, il n'avait pas un assentiment complet, il devait demander ses passeports et signifier l'entrée de l'Autriche dans la coalition.
L'Europe, le monde entier suivaient le voyage du diplomate autrichien avec émotion : partout, on était impatient d'être fixé ; mais rien ne devait transpirer des décisions du tsar jusqu'au terme indiqué. On était donc réduit à ne rien savoir pendant un mois du coup de dés qui allait décider des destinées de l'Europe.
Nous aussi, profitons de cette attente forcée pour