‹ Le Maréchal Canrobert, souvenirs d'un siècleChapitre 32 sur 255 · LE COMTE PROKESCH · texte numérisé non relu

LE COMTE PROKESCH

parcourir les pays engagés dans la lutte et étudier leur situation.

A Paris, la fermeture de l'Exposition universelle au mois de novembre n'a pas arrêté les fêtes; l'Empereur attire toujours les étrangers de marque auxquels il tient à montrer l'état florissant du pays

A peine MM. de Beust et Van den Pfordten sont-ils partis qu'on annonce la venue d'un nouveau diplomate autrichien, le comte Prokesch, représentant de l'Autriche à la Diète fédérale de Francfort. Le comte Prokesch est nommé ambassadeur à Constantinople et il passe par Paris. Certainement, il a une importante mission, et les journaux de se laisser aller à leur imagination.

Voilà qu'à peine arrivé le diplomate est invité à dîner aux Tuileries, et le lendemain on se répète, d'abord discrètement, puis ouvertement, qu'il s'agit d'une affaire de la plus haute importance; l'Empereur, aussitôt après le dîner, a emmené le comte Prokesch seul dans son cabinet où il s'est enfermé avec lui jusqu'à onze heures du soir.

« L'entretien de l'Empereur était de haut intérêt, nous a raconté le maréchal Ganrobert, mais il était d'ordre historique tout intime. Le baron Prokesch avait été gouverneur du duc de Keichstadt, et il avait compati à son malheur en cherchant le plus possible à l'adoucir : peu à peu, touché par une si grande infortune, de gouverneur il était devenu le confident et le seul ami de son pupille. 11 lui parlait de son père, de la France, de la gloire immortelle qui s'attachait à son nom et que l'on voulait lui laisser ignorer. Après sa mort, il avait consacré à la mémoire de son élève un

livre dans lequel il avait retracé en termes touchants les étapes du long martyre du fils de P homme.

« Napoléon tenait à recueillir de la bouche de ce compagnon fidèle les détails les plus circonstanciés et les plus intimes sur la fin de son cousin : tel était le sujet de l'entretien si commenté.

« Dans le cours de cette conversation, le baron Prokesch proposa à l'Empereur de lui donner les cahiers de devoir et les brouillons, ainsi que des dessins du fils de Napoléon, qui avait eu des dispositions pour la peinture. L'offre fut acceptée et, quinze jours plus tard, les dessins et les divers cahiers annoncés étaient apportés aux Tuileries. »

Presque en même temps que le baron Prokesch, on annonça le passage à Paris du vicomte Ganning, viceroi des Indes, qui se rendait à Calcutta.

« C'était à mon retour de Suède, disait encore le maréchal; le vicomte Canning était accompagné de lady Ganning, dont le souvenir m'est resté plus vivace que celui de son mari.

b Elle était la fille de lady Elisabeth Stuart qui avait été ambassadrice à Paris durant la Restauration (c'est lord Stuart de Rothesay, son mari, qui a acheté, de la belle princesse Pauline Borghèse, la sœur de Napoléon, l'hôtel du Faubourg-Saint-Honoré qui est encore l'ambassade d'Angleterre) .

« Lady Canning était très jolie, mais peut-être encore plus fine que belle. Elle parla beaucoup avec l'Empereur de souvenirs communs d'Angleterre; puis, l elle dit qu'elle continuait toujours ses relations avec la duchesse de Berry et raconta une foule d'anecdotes sur le Paris du temps de la Restauration.

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