‹ Le Maréchal Canrobert, souvenirs d'un siècleChapitre 33 sur 255 · UNE ROBE DE 75,000 FRANCS · texte numérisé non relu

UNE ROBE DE 75,000 FRANCS

« Après dîner, la conversation traînait et un vent de l'ennui guindé des cours soufflait dans les salons lorsque l'Impératrice eut l'idée de faire descendre de sa salle d'atours le magnifique costume qu'elle avait le jour de la distribution des récompenses de l'Exposition et dont le prix, 75,000 francs, faisait l'objet de toutes les conversations.

« C'était une robe de velours épingle d'un rouge éclatant, dont la jupe, le corsage et les manches étaient entièrement recouverts de point d'Alençon, tandis que le col était fait d'un tuyauté de tulle. L'Impératrice fit le récit de la façon dont elle avait admiré cette robe dans la vitrine de Frainais-Gramagnac : en la voyant elle s'était étonnée qu'on eût pu exécuter une dentelle d'une si grande étendue; car en 1853, lors de son mariage, on n'avait trouvé à Paris, pour sa jupe de mariée, que deux bandes de point d'Alençon, et encore de dessins différents.

« Une femme de chambre descendit la robe, fixée sur un mannequin, et l'installa, comme chez un couturier, au milieu du salon où les assistants l'admirèrent en tournant autour. »

L'Impératrice avait aussi acheté une robe de velours bleu à l'Exposition. Elle la porta, pour la première fois, avec une parure de turquoises, le jour de la rentrée des troupes de Grimée.

Après la prise de Sébastopol et sans attendre la fin de la guerre, l'Empereur ayant décidé le rappel de Grimée de la garde impériale et des quatre régiments de ligne les plus éprouvés, la population de Paris tint à leur faire un accueil chaleureux.

Le matin du 29 décembre 1855, date fixée pour

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cette solennité, par un clair soleil d'hiver et par un temps doux, les 20e, 39e, 50e et 97e de ligne et la garde impériale vinrent se masser sur la place de la Bastille et dans les grandes artères qui y débouchent, tandis que l'École polytechnique et celle de Saint-Gyr se formèrent en regard de l'armée.

A onze heures, le maréchal Magnan, en grand uniforme, arrive, suivi d'une escorte de chasseurs à cheval, et, à midi, les sonneries et les batteries de tambours annoncent Napoléon III. D'abord, c'est un escadron de guides, la pelisse sur les épaules, qui débouche de la rue Saint-Antoine; puis derrière, en une seule ligne, les officiers d'ordonnance, en habits bleu de ciel avec aiguillettes d'argent.

A côté de l'Empereur sont le prince Napoléon et le maréchal Vaillant : dans sa suite nombreuse, on distingue des officiers étrangers, surtout des Anglais, des Sardes et des Turcs. Après avoir salué les drapeaux, Napoléon se place au pied de la colonne, devant les troupes, et prononce cette allocution :

« Je viens au-devant de vous comme autrefois le Sénat romain allait, aux portes de Rome, au-devant de ses légions victorieuses. Je viens vous dire que vous avez bien mérité de la patrie... » Puis, après avoir remercié ses soldats, les avoir exhortés à ne pas perdre les habitudes de dévouement et d'abnégation acquises au service, il terminait par ces mots : « Tenez-vous de nouveau prêts à répondre, s'il le faut, à mon appel. » Allusion qui produisit un effet considérable dans les cours européennes, lorsque le télégraphe transmit ces paroles.

Après le discours, l'Empereur, se tournant vers son

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