‹ Le Maréchal Canrobert, souvenirs d'un siècleChapitre 35 sur 255 · PREPARATIFS DE GUERRE · texte numérisé non relu

PREPARATIFS DE GUERRE

En dehors de ces réunions plénières, chaque jour, les amiraux anglais et français se rencontraient au ministère de la guerre avec le général de La Marmora et le général Ganrobert, et étudiaient une expédition dans la Baltique et en Finlande, contre Saint-Pétersbourg et Gronstadt; peu à peu, les idées prenaient corps, et les dispositions comme les préparatifs s'ordonnaient.

L'armée du Nord campée à Boulogne était complétée, et le maréchal Vaillant envoyait M. Eugène Pastré affrétera Londres de grands bâtiments à vapeur anglais ou américains, pour transporter cette armée au printemps. Il concluait aussi avec les fabriques du Yorkshire l'achat de 700 kilomètres de drap — ce dont il était très fier; enfin il renouvelait une commande de plusieurs milliers de kilos de lard salé avec la maison de Rothschild, qui avait déjà fourni celui des troupes de Grimée pendant le siège.

« ...Au surplus, il y a des choses inouïes sur le tapis » , écrivait-il au maréchal Pélissier.

En Angleterre, l'activité était encore plus grande. Le pays, pris au dépourvu au commencement des hostilités, était maintenant prêt à soutenir une longue guerre : l'armée anglaise en Orient venait d'être portée à 75,000 hommes, soit 50,000 Anglais et 25,000 mercenaires étrangers; on disait même bien haut que l'on avait pris en solde l'armée sarde.

A Paris et à Londres, on ne comptait pas sur une coopération active de l'Autriche. Les généraux autrichiens ne cachaient pas leur sympathie pour les généraux russes et manifestaient le dégoût qu'ils auraient à se battre contre eux. A la nouvelle de la prise de

Sébastopol, en Roumanie, la population avait voulu célébrer la victoire des alliés par des démonstrations, et l'armée autrichienne d'occupation l'en avait empêchée. Du reste, cette armée était fort réduite, car elle avait perdu 60,000 hommes du choléra dans ses can tonnements. Obliger les Russes à immobiliser une partie de leurs forces en Bessarabie, c'est tout ce que l'on pourrait espérer d'elle.

Dans quelle situation se trouvait la Russie? Sa superbe résistance de Sébastopol l'avait-elle épuisée? On le supposait, mais on n'osait le croire. Jusqu'à présent, on n'avait rien su de positif. Dans le mois de janvier seulement, M. Walewski parvint à se procurer des renseignements précis par l'intermédiaire d'un Allemand de la suite du Tsar, qu'il avait acheté :

« Odessa est vide, disait cet individu, la vie s'y est éteinte et les rues désertes sont couvertes d'herbes. Toute l'activité s'est concentrée à Nicolaïef où il y a près de 100,000 âmes tant soldats qu'ouvriers et 5,000 personnes travaillant à l'arsenal, sous la direction de contremaîtres américains. Mais la mortalité est épouvantable dans cette agglomération et la ville a l'air d'un hôpital

« A Pérékop, il y a encore 45,000 hommes, dont beaucoup sont malades. Les officiers, au contraire, se livrent à des excès et se grisent souvent.

« Les milices de Koursk et de Kalouga, quoique arrivées depuis peu, sont réduites à rien, et dans tout l'empire on ne trouve guère que quelques provinces du centre capables de fournir encore des soldats.

« A Pétersbourg, la vie est arrêtée, les usines à gaz sont fermées, on n'éclaire plus la ville; les fabriques

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