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PROPOSITION DU COMTE ESTERHAZY

prince Gortschakoff sans le lui faire savoir. Il ne s'agissait pas encore d'acceptation, mais d'une demande d'explications et d'atténuations. Des explications, on ne les lui refusait pas; mais aucune modification n'était possible, et il fallait l'acceptation du 20 janvier.

A cette réponse comminatoire, le Tsar demeura perplexe et, avant, de se décider, il voulut s'entourer de l'avis de ses plus sûrs conseillers : les comtes Nesselrode, Orloff, Bludow, Kisseleff et Woronzof, le prince Dolgorouki et le baron Meyendoff.

Ces personnages se réunirent le 15 janvier au Palais d'Hiver. Tous, sauf peut-être le comte Bludow, étaient partisans de la paix, et cependant elle fut sur le point d'être repoussée. Les pourparlers entamés entre le comte de Morny et le prince Gortschakoff avaient si bien marché qu'ils manquèrent dépasser leur but.

Le matin de la réunion, le comte Nesselrode avait reçu de Vienne une dépêche du prince Gortschahoff, dans laquelle il affirmait de nouveau que si le Tsar traitait directement avec Napoléon III, il aurait des conditions plus douces que par l'intermédiaire de l'Autriche, et il insistait pour que l'on rejetât les propositions de cette puissance. Le comte Nesselrode, d'accord avec l'empereur Alexandre, ne voulut pas risquer cette chance. « S'il eût communiqué cette dépêche, déclara plus tard le comte Orloff, les conseillers de l'Empereur l'auraient engagé à repousser Y ultimatum autrichien. »

Les hommes d'État russes se trouvèrent donc en présence des seules propositions du comte Esterhazy et tous, quoi qu'il leur en coûtât, en conseillèrent l'acceptation. Cependant, le Tsar réserva encore sa

décision. Ce fut sans doute l'intervention de son oncle, le roi de Prusse Frédéric-Guillaume IV, qui le décida.

Le tsar Nicolas ayant épousé la sœur du roi Frédéric-Guillaume, les deux souverains étaient beauxfrères et extrêmement liés. Dans leur correspondance, l'Empereur appelait le Roi : « Mon cher Fritz » , et le Roi disait à l'Empereur : « Mon cher Nix » .

Le roi de Prusse, esprit mystique, « ne faisant rien comme tout le monde » , exprimait à son beau-frère ses sentiments de dévouement sous forme de parabole. Ainsi, voulant lui faire savoir qu'il cherchait à maintenir l'Autriche dans la neutralité, il lui disait : « Mon cher Nix, je vous envoie une sculpture en marbre représentant un chasseur attaqué par un tigre : le chien cherche à défendre son maître en se précipitant sur le tigre et en le mordant aux jarrets. Le sujet de ce groupe est l'image fidèle de ma conduite. Moi aussi, je suis un chien fidèle, et je m'attaque aux jambes de vos ennemis pour les retenir et les empêcher de vous porter des coups. »

Nicolas savait au reste combien il pouvait compter sur Frédéric-Guillaume IV, et, à son lit de mort, en se retournant vers l'Impératrice et son héritier, il prononça ces paroles : « Dites à mon cher Fritz qu'il demeure l'ami de la Russie et qu'il reste fidèle aux dernières paroles de papa. » Lorsqu'on lui communiqua ces volontés, Frédéric-Guillaume IV s'était mis à genoux et, la main sur son cœur, s'était écrié, en présence du général de Gerlach : « J'accepte ce testament et je l'exécuterai consciencieusement, et de tout mon cœur. » Aussi, un conseil du roi de Prusse à son jeune neveu devait avoir une grande portée pour le tsar Alexandre, qui le considérait comme le remplaçant de

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