‹ Le Maréchal Canrobert, souvenirs d'un siècleChapitre 38 sur 255 · L'EMPEREUR ALEXANDRE ET LA PAIX · texte numérisé non relu

L'EMPEREUR ALEXANDRE ET LA PAIX

son père; et en effet, ce fut le roi de Prusse qui dissipa les dernières hésitations de l'empereur Alexandre en lui écrivant le 15 janvier : « Je tremble, mon bon et cher Alexandre, quand je mesure l'étendue de la responsabilité qui pèse sur nous deux; sur moi, si je ne réussis pas, à l'aide de cette lettre, à vous inspirer le désir de mettre fin à la situation présente; sur vous, cher et bon Alexandre, si vous fermez les yeux devant la menace de tous les gouvernements réguliers de l'Europe. Que Dieu inspire, cher et bon Alexandre, votre résolution et qu'il nous rende bientôt les bienfaits d une paix universelle. »

Le jour même où cette lettre arrivait, le baron Werther, ambassadeur de Prusse à Pétersbourg, se rendait chez le comte Nessclrode, et lui déclarait que le Roi, son maître, ne pouvant plus demeurer dans la neutralité, devrait, si la guerre se prolongeait, quoique ce fût la mort dans rame, s'allier avec les puissances occidentales.

Tout s'était conjuré pour amener l'empereur Alexandre à se prononcer en faveur de la paix. Il céda et, le 16, il avisa le roi de Prusse de sa décision. A huit heures du soir, Frédéric-Guillaume communiqua la bonne nouvelle à la reine Victoria en des termes qu'eût employés un malfaiteur pour faire part à son complice de la réussite d'un mauvais coup.

« Surtout, gardez ce secret pour vous seule. » Ainsi terminait-il. Sa dépêche arriva à minuit à Windsor; le lendemain, la nouvelle qu'elle annonçait était confirmée et affichée dans le monde entier, à midi.

Le 1er février, les propositions, transformées en préliminaires de paix, furent paraphées à Tienne et Ion

décida l'ouverture d'un congrès avant la fin du mois à Paris.

Dans notre capitale, du jour au lendemain, le congrès devient l'événement parisien; les journaux en sont remplis, tout est au congrès : les entremets et les vêtements. On attend avec impatience les personnalités fameuses qui vont venir y siéger. Le premier de ses membres qui arrive dans nos murs est un Russe, le baron Brunnow. Il descend du train à la gare de l'Est le 13 février, à dix heures du soir, sur un quai désert ; un valet de pied seul l'attend pour le conduire à la voiture de M. de Seebach, qui stationne dans la cour.

Son arrivée, dans la solitude et le silence, se transforme dans la presse belge en réception enthousiaste : « La foule l'a attendu sur les quais, et, à sa descente de wagon, on lui a présenté un bouquet. » Les journaux anglais s'emparent du canard belge, et en font grand bruit. « Avant de rompre avec l'Angleterre, la France s'allie déjà avec son ennemi de la veille. »

Le lendemain 14, les gens de lord Glarendon arrivent avec ses bagages à l'hôtel du Louvre. Le 15, c'est M. de Gavour qui s'installe, suivi d'un secrétaire et d'un seul domestique, à l'hôtel du Rhin. Le 16, M. de Buol vient occuper, avec un imposant personnel, le premier étage de l'hôtel Bristol, place Vendôme, et, le même jour, lord Glarendon se rend dans ses appartements dont les fenêtres donnent sur la rue de Rivoli, où tout est préparé à sa convenance. Enfin, le 22, arrivent le comte Orloff et Aali-Pacha qui vont directement chacun à leur ambassade où ils habiteront.

Tous ces diplomates sont liés entre eux de longue date et beaucoup sont amis intimes; ils se retrouvent

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