LES PRUSSIENS AU CONGRES
empereur Guillaume Ier), et à violer le secret de sa correspondance. Ses ennemis, toutefois, en furent pour leur courte honte. On trouva qu'il était de mauvais goût d'accuser un homme au moment où il ne pouvait se défendre; on alla jusqu'à dire que tous ces racontars n'étaient qu'invention : sans cela on eût attaqué M. de Manteuffel en face.
A son arrivée à Paris, il eut un autre ennui. Étant venu avec le comte de Hatzfeld au quai d'Orsay, M. Walewski le reçut dans un petit salon, où il le pria d'attendre quelques minutes durant lesquelles il aviserait ses collègues de son arrivée.
Les quelques minutes se transformèrent en une heure un quart, M. de Buol ayant trouvé charmant de soulever des questions de forme pour faire « poser ses bons amis les Prussiens » .
M. de Manteuffel eut le bon goût de n'avoir Pair de s'être aperçu de rien, et il assista, avec le comte de Hatzfeld, à la fin de la séance; mais, à la réunion suivante, quand il vit mentionner dans le procès-verbal les incidents de l'avant-veille, il poussa de hauts cris et se retira avec M. de Hatzfeld. M. Walewski courut après eux, et les pria d'attendre dans un salon qu'il eût arrangé la chose.
A peine les Prussiens étaient-ils partis qu'une gaieté folle s'empara des membres du congrès. On eût dit des collégiens en rupture de surveillance. M. Walewski et M. de Bourqueney se démènent à qui mieux mieux pour obtenir de leurs collègues un arrangement. Ils les prennent un à un, emmenant les Anglais d'un côté, les Autrichiens et les Russes d'un autre, tandis que, dans le grand salon, il ne reste que les Turcs en face des
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Italiens. M. de Gavour est le plus exubérant de ces collégiens : « Coucou... — Ah! le voilà. — L'attraperat-il? — Il ne l'attrapera pas. » Le grave lord Glarendon s'en donne aussi à cœur joie. Il entr'ouvre la porte du salon où il est, passe sa tète et lance des mots pleins d'humour. Au bout d'une heure, il a une idée lumineuse : « Si l'on coupait la séance en deux? » Les Prussiens seraient censés n'être arrivés que pour la seconde séance, « leurs malles n'étant pas encore défaites au moment de la première ». M. de Manteuffel consent alors à revenir, quoique assez grognon et assez tardivement, ce qui fit dire à Aali-Pacha u qu'il lui avait fallu moins de temps pour venir de Berlin à Paris, que de la rue de Lille au quai d'Orsay » .
M. de Manteuffel, du reste, plut beaucoup à ses collègues. Il était simple, poli, d'une haute intelligence et capable, comme M. de Gavour, de fournir une somme considérable de travail. Quant à M. de Hatzfeld, c'était un grand seigneur fort goûté à Paris. Ses réceptions, rue de Lille, dans l'ancien hôtel du prince Eugène, étaient des plus belles et, dans tous les mondes, on était flatté d'y être invité.
Il avait épousé l'une des filles du maréchal de Castellane.
Les séances du congrès n'avaient lieu que tous les deux jours ; mais tous les soirs c'était un grand dîner suivi de soirées, avec bals, soupers et cotillon. Les maîtresses de maison n'allaient pas jusqu'à demander aux membres du congrès d'avoir des jambes pour danser, mais elles exigeaient d'eux de l'appétit. Plusieurs, n'ayant pas un estomac de nature à suffire