NAISSANCE DU PRINCE IMPÉRIAL
à tant de grands diners, durent demander grâce durant quelques jours.
Le soir du 15 mars, les membres du congrès en étaient à leur dix-septième grand dîner officiel qui avait lieu chez M. Baroche, président du Conseil d'État. On venait de sortir de la salle à manger et Ton prenait le café lorsqu'un officier d'ordonnance, arrivé en toute hâte, manda immédiatement M. Baroche aux Tuileries. Mme Baroche excusa son mari en annonçant à ses hôtes que l'Impératrice était sur le point de devenir mère et que M. Baroche, devant être témoin de la naissance de l'enfant impérial, était obligé d'être en permanence aux Tuileries.
Dès le matin de cette journée, l'Impératrice avait ressenti les premières douleurs; cependant, elle n'avait cessé de circuler dans sa chambre, où se trouvaient sa mère, la princesse d'Essling et l'amirale Bruat, avec les docteurs Dubois, Jobert de Lamballe et Gonneau. Cette chambre, tendue de bleu, avait deux grandes fenêtres qui donnaient sur le jardin; au fond, entre deux portes de communication, était le lit. Dans un petit cabinet de débarras attenant à la chambre, attendaient la princesse Mathilde et la princesse Murât. De temps en temps, l'Empereur se rendait de son cabinet auprès de l'Impératrice.
A,u moment où M. Baroche, tout essoufflé, montait l'escalier des Tuileries, un mouvement extraordinaire régnait dans le palais.
Les longs corridors sombres et étroits du Palais, dont les tapis moelleux éteignaient le bruit des pas, étaient parcourus en tous sens par des gens pressés qui, dans la quasi-obscurité, se heurtaient à des cent-gardes
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figés comme des cariatides géantes, aussi immobiles qu'elles, au milieu de cet affolement.
L'accouchement paraissait devoir être difficile. Dans la chambre de l'impératrice, les médecins s'agitaient, parlaient entre eux de chloroforme et de forceps. L'Empereur, ému, était près de l'Impératrice, l'encourageant. A un moment l'un des médecins, M. Jobert de Lamballe,se trouva mal et eut une indigestion; il fallut le soigner et l'emmener dans une pièce voisine où il se remit et s'excusa longuement de l'inopportunité de son malaise. Sa pâleur, ses yeux hagards donnaient à sa tête de maître d'hôtel un aspect piteux.
Vers trois heures du matin, l'enfant vint au monde et les gouvernantes le présentèrent à l'Empereur qui était dans le ravissement. A peine l'eut-il vu et eut-il su que c'était un fils qu'il se précipita, en proie à une exaltation exubérante, dans le palais, où attendaient les plus grands dignitaires, en criant : « C'est un fils! c'est un fils! » Il se jeta sur les premières personnes qu'il rencontra et les embrassa à cœur joie, les serrant contre lui, répétant toujours : « C'est un fils! je suis bien heureux! » Après quelques minutes, l'Empereur reprit son calme et, s'adressant à l'auguste assemblée : « Je ne puis vous embrasser tous, mais je vous remercie de l'intérêt que vous me témoignez. » C'était dans le palais une joie universelle. Seul, le prince Napoléon était renfrogné; jusqu'alors, il était l'héritier du trône, ses espérances s'envolaient. — Pour ce qu'ils valaient, les droits au trône ! — Sur le moment, lorsque MM. Fould et Ltaroche vinrent lui présenter l'acte de naissance à signer comme premier prince du sang, il les envoya promener dune verte façon