LE POÈTE DES NAISSANCES PRINGIEUES
ils avaient recours à des moyens qui ne manquaient pas d'imprévu. Lors de la naissance du roi de Rome, racontait M. Mocquard, le secrétaire particulier de l'Empereur, un poète quelque peu râpé, apporta aux Tuileries une ode dont le refrain était :
Si l'étranger, comme un faux homme, Voulait un jour nous asservir, Autour du noble roi de Rome Jurons de vaincre ou de mourir!
On lui donna 3,000 francs.
A la naissance de « l'enfant du miracle (comte de Chambord), le même poète revint. Son imagination ne s'était pas mise en verve, il avait changé deux ou trois mots et le refrain de son ode se trouvait ainsi modifié :
Si, méditant notre ruine.
L'étranger veut nous envahir, Autour du fds de Caroline Jurons de vaincre ou de mourir!
Les employés de la liste civile, toujours immuables sur leur rond de cuir, malgré les révolutions, reconnurent vite la poésie et reçurent avis de donner, cette fois, 1,500 francs.
A la naissance du comte de Paris, notre poète revint encore aux bureaux du Carrousel. Le refrain était, cette fois, ainsi conçu :
Ah! si l'étranger, dans sa haine, Voulait un jour nous asservir, Autour du jeune fds d'Hélène Jurons de vaincre ou de mourir!
A ravènement de la République de 48, notre homme reparut encore avec un nouveau changement :
Si l'étranger, dans sa furie, Un jour voulait nous asservir, Nobles enfants de la Patrie, Jurons de vaincre ou de mourir!
Cette fois, les finances étant plus bas, il toucha 100 francs, « et, ajoutait M. Mocquard, depuis le 16 de ce mois, on surveille les gens qui présentent des poésies dans nos bureaux; mais, probablement, notre poète est mort, car on ne l'a pas encore vu, et, certainement, s'il eût vécu, il eût été d'une exactitude ponctuelle pour venir célébrer le nouvel héritier du trône... et toucher une gratification » .
Le surlendemain de la naissance du Prince impérial, il y eut un dîner intime aux Tuileries. En dehors des officiers et des dames de service, il n'y avait que deux invités, les généraux Ganrobert et Bosquet. L'Empereur les plaça à sa droite et à sa gauche. A peine à table, « il se mit à parler, dit le maréchal Ganrobert, de l'Observatoire et des dernières découvertes de M. Leverrier ; puis il passa en revue les questions scientifiques que l'Institut avait mises à son ordre du jour. Il s'étenditlonguement sur l'ouragan du 14 novembre 1854 dont nous avions eu tant à souffrir en Grimée. Il nous dit qu'il avait prescrit à M. Leverrier d'étudier ses causes et surtout de rechercher si les variations atmosphériques ne permettaient pas de prévoir l'apparition de tels cataclysmes. « M. Leverrier, nous dit-il, a écrit « à toutes les institutions météorologiques du monde « pour demander si, dans les huit jours qui avaient