‹ Le Maréchal Canrobert, souvenirs d'un siècleChapitre 5 sur 255 · SYMPATHIES SUÉDOISES · texte numérisé non relu

SYMPATHIES SUÉDOISES

On allait manœuvrer dans les eaux suédoises et chercher à s'emparer d'un archipel qui, naguère avec la Finlande, avait fait partie de la Suède et qui, maintenant, entre les mains des Russes demeurait une menace perpétuelle aux portes de Stockholm.

A peine ce projet d'expédition fut-il connu qu'un mouvement violent se manifesta en Suède.

La presse et l'opposition parlementaire témoignèrent bruyamment leur sympathie aux alliés. Le prince royal — qui régna depuis sous le nom de Charles XV — se signalait entre tous par l'ardeur de ses sentiments : non content d'exprimer des vœux qu'il formait pour le succès de nos armes, il chargeait un certain M. Blanchard de faire secrètement des avances au gouvernement français.

« La masse de la nation Scandinave, disait M. Blanchard, voit dans les circonstances présentes une occasion unique de s'affranchir du joug moscovite et de recouvrer les provinces que la Russie lui a ravies. Ce sentiment a pénétré dans le cœur du roi Oscar, mais la réflexion modère les désirs de Sa Majesté Suédoise qui calcule ses ressources et pèse les conséquences d'une rupture avec son puissant voisin. Le Roi se préoccupe aussi des avantages dont les alliés rémunéreraient son concours. La Suède peut facilement fournir un contingent de soixante mille hommes, mais elle est plus riche en fer qu'en or, et l'entretien d'une armée sur le pied de guerre exigerait un subside d'un million par mois; en outre, le gouvernement suédois désirerait la promesse de la récupération de la Finlande dont la possession à l'avenir lui serait garantie par l'Angleterre et la France. Enfin elle voudrait avoir l'engagement que les

négociations relatives à la paix ne s'ouvriraient pas sans qu'elle y participât, quels qu'aient été les résultats de la guerre. »

Ces ouvertures ne déplaisaient point à Napoléon III, et M. Drouyn de Lhuys, ministre des affaires étrangères, donnait au général Baraguay-d'Hilliers, commandant de l'expédition delà Baltique, les instructions suivantes :

a L'Empereur est disposé à s'allier à la cour de Stockholm, et si le moment des négociations en règle n'est pas encore venu, il vous autorise à stimuler le roi Oscar. Vous lui direz que le corps que vous commandez n'est que l'avant-garde d'une armée plus considérable ; vous rappellerez que les îles d'Aland n'ont été que depuis peu d'années seulement distraites de la Suède et que l'Empereur désire, aussitôt qu'elles seront prises, les remettre entre les mains de ses anciens propriétaires. Vous pourrez ajouter que la coopération de la flotte suédoise, grâce à ses nombreux navires sans cale, nous permettrait de retirer de la campagne des fruits que nous lui offririons volontiers. Vous parlerez, général, sur le ton de la franchise militaire; vous présenterez ces communications comme l'écho de vos entretiens personnels avec l'Empereur et vous les graduerez suivant la bienveillance des dispositions que vous rencontrerez. »

Muni de ces instructions, le général Baraguay-d'Hilliers se rendit directement à Stockholm, en compagnie du général Niel, et demanda à être reçu par le Roi.

A l'heure convenue, les deux généraux arrivaient au château royal. Tout d'abord le Roi prit la parole :

- — Je veux m'exprimer avec une entière franchise,

Page 1