‹ Le Maréchal Canrobert, souvenirs d'un siècleChapitre 6 sur 255 · LE ROI OSCAR · texte numérisé non relu

LE ROI OSCAR

dit-il : ce n'est pas moi qui ai cherché à entrer dans votre alliance; on m'en a fait la proposition et je ne puis l'accepter avant d'être certain que l'Allemagne marchera avec vous. Je n'obtiendrai le concours des États de mes deux royaumes qu'en leur présentant la guerre comme une coopération à une coalition européenne constituée avec le but déterminé de refouler la Russie et de la mettre dans l'impossibilité de recommencer à écraser ses voisins du Nord. Tant que les Russes conserveront Saint-Pétersbourg, il leur sera facile, dès que vous ne serez plus là, de fondre sur la Finlande... Je puis mettre en campagne soixante mille hommes. Il me faut deux mois pour les réunir et l'aide des marines alliées pour les transporter en Finlande. J'ai demandé un subside de dix millions, j'aurai besoin en outre de plusieurs autres millions. Dans le cas d'une coalition européenne, mais dans ce cas seulement, la Suède fournissant soixante mille hommes et la France autant, nous porterions nos efforts contre Saint-Pétersbourg. Si je demande autant de forces, c'est que la Russie est capable de nous opposer cent cinquante mille hommes de ses meilleures troupes. Certainement la Suède aurait un rôle important à jouer; mais comme elle est plus rapprochée de Saint- Pétersbourg que les autres puissances, elle est aussi plus exposée que celles-ci aux ressentiments du tsar. Ce n'est pas moi qui ai proposé la conquête de la Finlande, et comme je dois avant tout me préoccuper des intérêts de mes peuples, je ne peux pas perdre de vue que, tant que la Russie restera aussi puissante à Saint- Pétersbourg, la conservation de la Finlande après l'avoir conquise, même avec votre concours, me sera

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impossible... Avec cent vingt mille hommes on peut faire une campagne heureuse en Finlande ; mais il faut pour cela que la Russie ait été battue ailleurs. En un mot, la guerre dans le nord ne peut être que la suite d'une campagne menée victorieusement au sud. Dans tous les cas, mes vœux seront pour vous.

— Si telles sont les intentions du Roi, objecta le général Niel, Votre Majesté ne craint-elle point qu'elles aient été mal transmises à l'Empereur?

— On a confondu mes désirs et mes sympathies avec mes projets.

Puis, en manière d'excuse, il ajouta :

— J'avais cru d'abord que les événements marcheraient plus rapidement ; ce n'est pas moi au reste qui ai cherché à faire l'alliance. Mais je ne puis me contenter de promesses et de plans de campagne : il me faut un traité formel et des faits accomplis.

De tout ceci il résultait que le Roi avait connu les ouvertures faites par son fils et qu'il se réservait l'occasion d'en profiter si les alliés venaient, par quelque éclatante victoire, à triompher de l'armée russe.

Aussitôt après avoir vu le Roi, les généraux se rendirent chez le prince royal avec qui ils passèrent la soirée. Le prince fut aussi ardent dans ses paroles que son père avait été réservé.

— Allez de l'avant et nous vous suivrons, répéta-t-il aux généraux français.

Pour lui tout était facile. Le général Niel lui ayant parlé des difficultés de l'attaque de Sveaborg, le prince lui répondit :

— Mais c'est très simple... Vous oubliez que je suppose que l'on a commencé par s'emparer de la Finlande.

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