‹ Le Maréchal Canrobert, souvenirs d'un siècleChapitre 53 sur 255 · LE VIEUX DUC DE BROGLIE. J · texte numérisé non relu

LE VIEUX DUC DE BROGLIE. J

tine, et deux cousines de l'Impératrice, Mme Sclafani et Mlle de la Paniega ; cette dernière, qui devait épouser le maréchal Pélissier, parut pour la première fois dans le monde à un bal du comte de Hatzfeld, conduite par Mme de Montijo mère.

Les distractions offertes aux diplomates ne furent pas limitées aux réunions purement mondaines, bals, dîners ou raouts. Ainsi les dernières séances du congrès, « celles où l'on parla des nationalités » , coïncidèrent avec des réceptions à l'Académie et avec des représentations dramatiques sur un théâtre de société, celui du comte Jules de Gastellane, le dernier des théâtres particuliers qui aient jeté de l'éclat.

La réception du vieux duc de Broglie à l'Académie eut lieu le premier jeudi d'avril. Ce fut un événement parisien.

Au cours de son discours, le duc parla de « l'œuvre réparatrice du Consulat » ; puis il fit l'éloge du roi Louis- Philippe, dont il avait été le conseiller et le ministre, et termina par cette péroraison qui reportait ses auditeurs à l'histoire romaine :

« L'empereur Sévère surpris par la mort... voyant s'avancer le centurion qui venait lui demander le mot d'ordre, se leva sur son séant et lui dit d'une voix ferme : « Travaillons, laboremus. »

« Ce fut sa dernière parole.

« Que ce soit aussi la mienne en ce moment ; que ce soit la nôtre aussi longtemps qu'il sera donné à chacun de nous de vivre et d'élever une voix entendue de notre pays. »

Les chefs des anciens parais virent dans cette péroraison une critique du régime impérial et triomphèrent

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bruyamment dans les salons : « S'ils avaient pris Sébastopol, ils n'eussent pas été plus glorieux » , disait d'eux le vieux maréchal de Gastellane.

Napoléon III sut, en cette circonstance, avoir le dernier mot. Le jour où le duc de Broglie lui était présenté, selon l'usage, il le reçut avec son amabilité et sa simplicité habituelles et, après des compliments sur ses ouvrages, il lui dit : « J'espère, monsieur le duc, que votre petit-fils sera aussi académicien, et qu'il fera l'éloge du 2 Décembre comme vous venez de faire celui du 18 Brumaire. »

« Pour nous autres soldats, disait le maréchal Ganrobert, le duc de Broglie était un homme d'honneur à fortes convictions et par-dessus tout un brave.

« Il n'avait pas craint, lors du procès du maréchal Ney, de dire à la face des renégats de l'empire et des ultras de la royauté que c'était une faute et une iniquité de condamner à mort le brave des braves. Et presque seul au milieu d'un courant irrésistible, dans une Assemblée aussi violente que la Convention aux pires moments de la Terreur, il avait voté contre la culpabilité du maréchal.

a Gomment M. Napoléon-Désiré Nisard, qui recevait le duc de Broglie, n'a-t-il pas rappelé ce fait dans son discours? Il y aurait trouvé matière à un beau morceau d'éloquence. »

Le lendemain de la réception académique, le comte de Gastellane ouvrit les portes de son hôtel et de son théâtre. Ses représentations jouissaient d'une grande réputation depuis le commencement du siècle : la duchesse d'Abrantès et Mme Sophie Gay en avaient été les directrices et Flotow y avait fait représenter quel-

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