‹ Le Maréchal Canrobert, souvenirs d'un siècleChapitre 55 sur 255 · CAVOUR, PERSIGNY ET WALEWSKI · texte numérisé non relu

CAVOUR, PERSIGNY ET WALEWSKI

de M. de Gavour passées au crible, il n'en est aucune acceptable. L'Empereur lui déclare qu'à son avis une seule chose est possible : porter la question italienne au congrès et demander à l'Europe de l'étudier. Sur ce, Napoléon III congédie ses visiteurs et fait connaître sa décision à M. Walewski. Ce ministre démontre à son souverain que le congrès n'a aucun mandat pour traiter de ces questions; les plénipotentiaires se déclareront incompétents, et la proposition tombera à l'eau. Il lui fait voir combien ces projets de remaniements de la carte d'Europe inquiéteront les puissances; on ne croira pas au désintéressement de l'Empereur; mais, au contraire, on sera persuadé de ses désirs d'agrandissement, et au lieu de la confiance qu'inspirent la modération et la sagesse dont il a fait preuve jusqu'à présent, il ne trouvera plus que méfiance autour de lui. Rien n'y fait. Napoléon écoute son ministre en roulant sa cigarette et en tournant sa moustache; il a pris sa décision, elle est irrrévocable.

M. de Gavour redoute fort la perspicacité de M. Walewski. Il faut absolument le faire tomber, et voilà ce qu'il invente : l'ambassadeur de France, à Londres, est, en ce moment, M. de Persigny, « la mouche du coche enfermée dans un tambour » . Il s'agite, se remue, dit un tas d'inconséquences; c'est un grotesque qui arrive aux réceptions officielles la figure en sang des coups d'ongles de sa femme. Il est plein de dévouement pour Napoléon III; mais, à la façon d'une maîtresse jalouse, il n'admet pas qu'un autre que lui puisse servir loyalement et utilement le souverain.

Lui seul, et c'est assez. Il est furieux de voir M. Walewski ministre des Affaires étrangères. Au

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mépris des règles il envoie directement des rapports à l'Empereur qui a le tort de les accepter et d'y répondre.

M. de Gavour, qui sait tout cela, profite de la situation pour écrire au marquis d'Azeglio, ambassadeur de Sardaigne à Londres : « Ne pouvez-vous pas enrôler Persigny dans la croisade que nous menons contre Walewski? pourquoi ne pas lui glisser à l'oreille quelques faits, encadrés des jurons soldatesques de Persigny? ça pourrait produire de l'effet sur l'Empereur. »

Et M. de Persigny donne à fond dans ce piège : il en écrit à l'Empereur sur le compte de M. Walewski. C'est un torrent. Auprès de Napoléon III, ces flots d'injures n'ont aucune portée ; mais l'ambassadeur de France à Londres se remue dans les clubs et les salons, clabaudant, récriminant contre son ministre, cherchant à le calomnier. M. Walewski, au courant de la conduite de son subordonné, se contente de mépriser ses divagations et de l'abandonner au ridicule dont il se couvre. La société anglaise s'amuse, en effet, des histoires de notre ambassadeur et de sa moitié. A un dîner chez la Reine, l'ambassadeur arrive seul et excuse sa femme qui est malade, dit-il. Il y a une heure que l'on est à table ; Mme de Persigny se présente à l'improviste, toute parée, et s'adressant à la reine Victoria : «Votre Majesté me pardonnera, mais c'était aujourd'hui le jour du déjeuner du grand boa du jardin zoologique, et je n'ai pas voulu manquer ce spectacle; c'est ce qui m'a mise en retard. »

Une autre fois, chez lord Malmesbury, elle arrive les yeux rouges, furieuse, lançant des gros mots à son

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