LE DUC D'ORLEANS A SON PERE
efforts que lorsque la situation de la division de Constantine sera changée et qu'au lieu d'un bivouac malsain cette province sera devenue une caserne salubre. Le climat est sain : seules les conditions dans lesquelles sont placées les troupes sont funestes.
« On peut disposer de la vie des hommes de toute manière pour un intérêt public; mais on ne peut, par économie ou par d'autres motifs pires encore, condamner à mort chaque année des milliers de soldats : quand on déclare que l'on est en Afrique pour des siècles, on ne peut laisser une armée sans lits, sans matelas, sans hôpitaux, sans médicaments.
« C'est surtout cela que je tiens à faire changer, et vous comprendrez, Sire, que je ne néglige aucun effort pour y parvenir. Je mettrai ma gloire à ce que l'amélioration du sort du soldat date du voyage du Prince royal. Je mettrai plus d'ambition à la conquête d'un matelas et d'un toit pour les malades qu'à la conquête dune place forte. Ma plus belle campagne sera celle qui me fera obtenir quelques milliers de lits et de mètres courants de baraques pour des soldats français servant activement leur patrie. A Paris, je veux me rappeler bien plus les soldats d'Afrique que les choses que nous avons faites ensemble, et j'ose me flatter, Sire, que vous approuverez la persévérance que je mettrai à ce que mon voyage n'ait pas été stérile pour une armée que j'aime et que j'estime tant.
« Daignez, Sire, etc.
« Ferdinand-Philippe d'Orléans.
« Lîwaret de Marseille, le 14 novembre 18î>i). »
132 CAINKOBEUT.
Ce cri dune âme révoltée et impatiente de faire éclater la vérité alla se perdre avec la plainte des mourants des hôpitaux d'Algérie, et il en fut si peu tenu compte que, si le Prince royal eût été en Grimée, il eût encore écrit la même lettre indignée.
On sait quelle affection le maréchal Canrobert portait à ses soldats qu'il appelait ses enfants. Dans chacune des dépêches qu'il adresse au ministre, il ne cesse de demander des sabots, des couvertures, du lard, ou des conserves de légumes; et, dans son désespoir de demeurer impuissant à soulager tant de souffrances, son cœur trouve des accents d'éloquence pour parler de choses aussi terre à terre.
Du reste, il ne s'en tenait pas aux paroles, il prêchait d'exemple. Lorsqu'il eut une baraque en planches, il la donna pour en faire une ambulance, demeurant tout l'hiver sous une petite tente comme ses soldats et, tant qu'il fut général en chef, il disposa intégralement de son traitement pour adoucir le sort des malades et des blessés.
On eût pu croire que la prise de Sébastopol, avec la fin du siège, allait permettre à l'administration d'assurer le bien-être de l'armée dont les pertes seraient ainsi diminuées. Il n'en fut rien; jamais la mort ne fut plus terrible, et cependant il eût été facile de conserver la plupart de ceux qui succombèrent durant cette période ; ce qui se passa dans l'armée anglaise en est la preuve.
L'armée anglaise, lors de son arrivée en Grimée, n'était pas préparée à la guerre. Elle demeurait telle qu'elle était restée depuis Waterloo. Ses canons étaient ceux qui avaient servi à cette bataille ; ses généraux