LES HOPITAUX ANGLAIS
et beaucoup de ses officiers de troupes avaient fait les guerres de la Révolution et de l'Empire : l'un d'eux avait même été au siège de Toulon.
Bref, c'était l'armée de Waterloo qui ressuscitait, à laquelle il ne manquait qu'un homme : Wellington, et qu'une qualité : l'habitude de faire campagne.
L'armée anglaise n'avait pas d'organisation sanitaire : ni ambulances, ni train d'équipages; aussi, à la bataille de l'Aima, tandis que nos voitures et nos soldats, habitués aux guerres d'Afrique, relevaient les blessés en l'espace de cinq heures, les Anglais mettaient quarante-huit heures à ramasser les leurs.
Les correspondants des journaux anglais signalèrent ces détails, et ne manquèrent pas non plus de faire le tableau des bâtiments bondés de blessés pêle-mêle avec des cholériques.
« Le Colombo, écrit l'un d'eux, quitta la Crimée le 24 septembre : il emportait 27 officiers et 526 soldats blessés; la moitié seulement avaient pu être pansés. Il n'y avait que 5 chirurgiens à bord. Le bâtiment était couvert de corps couchés. Le pont en deux jours est devenu une masse de putréfaction. Les blessures d'armes à feu non pansées avaient engendré des myriades d'animalcules qui débordaient jusque dans la nourriture du bord. Les exhalaisons putrides étaient telles que les officiers et les matelots sont tous demeurés malades après la traversée.
« Toutes les couvertures ont été jetées à la mer comme hors d'usage : trente hommes sont morts avant d'arriver à Gonstantinople. »
Les hôpitaux présentaient un aussi triste spectacle. Les soldats y étaient apportés dans les effets où ils
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avaient été blessés, sans possibilité de rechange ; on les serrait les uns contre les autres. Les locaux n'avaient aucune des conditions requises pour servir d'hospices, même pas d'écoulement pour les eaux ou d'évacuation pour les immondices; l'aération y était nulle, de telle sorte que les murs furent vite saturés de matières organiques et que rats et vermine pullulèrent. La mortalité y fut effrayante. Elle s'éleva à 39 pour 100 par mois, soit 415 pour 100 par an. La totalité eût péri, donc, plus de quatre fois dans l'année.
Aux cris d'alarme des journaux, le gouvernement anglais et l'opinion s'émurent. Sir Sidney Herbert pria, le 15 octobre, miss Nightingale de se mettre à la tête des services hopitaliers. Cette jeune fille, jolie, riche, avait voyagé sur le continent pour étudier les meilleures organisations hospitalières et venait de créer un hôpital modèle qu'elle dirigeait elle-même.
Elle accepta et, le 24 octobre, elle partit avec quarante dames et sœurs hospitalières, catholiques et protestantes, qui vena'ent se consacrer, sous ses ordres, aux soins des malac es.
En même temps ^ue sir Sidney Herbert envoyait miss Nightingale en Orient, il demandait à notre ministère de la Guerre la série de nos règlements sur le service de santé. Il faisait mieux encore : il demandait que les rapports et les propositions de notre médecin en chef, le Dr Scrive, et de nos inspecteurs généraux lui fussent également envoyés.
Une fois en possession de ces règlements et de ces rapports, il en prescrivit l'application, et, pour que tout fût fait avec confort, il ouvrit à l'ambassadeur à Gonstantinople, lord Strafford, un crédit illimité,