MISS NIGHTINGALE
où miss Nightingale pourrait puiser sans compter.
De son côté, l'initiative privée agissait de pair avec le gouvernement : à l'appel des journaux, plusieurs millions furent aussitôt réunis, et des dons en nature vinrent remplir les magasins de Gonstantinople.
Ces mesures permirent à miss Nightingale d'occuper de nouveaux locaux, d'éviter tout encombrement, d'édifier à côté de chaque hôpital une cuisine et une buanderie, et aussi de distribuer du linge propre et d'en entretenir chaque malade.
Le transport des blessés anglais, de Grimée, s'était d'abord fait par nos soins; ainsi, du 1er décembre 1854 au 20 janvier 1855, nos cacolets et nos voitures emmenèrent 8,000 soldats anglais de leur camp au port de Balaclava. Dans le courant du printemps, le War office créa le train des équipages et l'Amirauté, de son côté, organisa des bateaux-hôpitaux. Dans son rapport, le Dr Baudens raconte qu'étant allé visiter, avec son collègue, l'inspecteur général sir John Hall, une frégate de 500 lits, il constata que le confortable y était poussé si loin qu'on avait installé à bord une étable, avec plusieurs vaches, pour que le lait ne manquât pas aux malades pendant la traversée . Et ayant demandé combien une frégate de ce tonnage transporterait d'hommes valides : a Sept cents Anglais, répondit sir John Hall, et quinze cents Français, parce que votre administration les met en presse. »
Et, à propos de cette réponse, le Dr Baudens rappelle l'axiome anglais : « Le soldat est un capital » , et souhaite que, chez nous, l'administration de la Guerre le médite souvent.
Le Dr Baudens aurait pu encore ajouter que l'idée
des frégates-hôpitaux revenait au maréchal de Saint- Arnaud qui, sur la proposition du Dr Scrive, demandait de Varna, le 3 septembre 1854, l'aménagement en hôpitaux de tous les vieux bateaux à vapeur.
Malheureusement, le ministre delà Guerre ne montra pas cette lettre à Napoléon III, car celui-ci eût ordonné, sans réplique possible, de satisfaire à la demande du général en chef.
Pour compléter l'ensemble des mesures sanitaires de l'armée anglaise, le premier ministre, lordPalmerston, donna l'ordre à lord Raglan d'obtempérer, ainsi que le chef du commissariat, à toutes les demandes de miss Nightingale ou à celles des médecins.
Le résultat obtenu par cet ensemble d'efforts fut immense : la mortalité de l'armée anglaise de Grimée tomba à un chiffre inférieur à celui de la garnison de Londres, et dans les six derniers mois les pertes se réduisirent à 2 pour 100 de l'effectif tandis que, dans l'armée française, elles s'élevaient à 22 pour 100, soit près du quart de l'effectif.
Ce résultat, nous ne saurions trop le répéter, les Anglais l'avaient obtenu en appliquant nos règlements et en adoptant les propositions de nos médecins, tandis qu'en France les mêmes rapports étaient enfouis, sans avoir été lus, dans des cartons de bureaux où ils demeurent encore intacts, sous une poussière épaisse, comme le témoignage irrévocable de la prévoyance et de la science du corps médical français.
Dans l'armée française, officiers et soldats qui, pour la plupart, avaient fait la guerre d'Afrique, se débrouillèrent suffisamment au début ; mais lorsque arriva le choléra l'insuffisance des secours se fit