LE « COUP DE GRIFFE A L'OURS
— Ah! monseigneur, répondit le général, il ne s'agit que de s'entendre !
Il résultait clairement que pour le moment rien n'était encore à faire avec la Suède. Cependant l'arrivée des flottes alliées et d'un corps français fut saluée avec enthousiasme à Stockholm : à peine la nouvelle du débarquement de nos soldats aux îles d'Aland y fut-elle connue que des bateaux remplis de touristes se dirigèrent de Stockholm sur ces parages. Le premier de ces navires, transportant sept à huit cents flâneurs, vint échouer sur un rocher et menaçait de couler lorsque, à ses signaux de détresse, arriva une frégate française qui le tira de ce mauvais pas.
Les îles d'Aland étant tombées en notre pouvoir par suite de la capitulation de Bomarsund, le général Baraguay-d'Hilliers et le général sir Harry Jones s'enquirent des intentions de leur gouvernement à leur égard.
Napoléon III, alors à Biarritz, télégraphia en ces termes au maréchal Vaillant, ministre de la guerre, à Paris :
« Il faut compromettre la Suède; tâchez que ma commande de pelisses ne soit pas inutile. »
Et le jovial ministre traduisit en ces termes la pensée impériale aux généraux :
« Tâchez que la Suède donne un coup de griffe à l'ours. »
Notre ministre des affaires étrangères, chargé également d'envoyer à notre représentant à Stockholm les mêmes instructions, le faisait plus explicitement :
« Il faut mettre le roi Oscar en demeure de garder notre prise. Compromettre la Suède est le seul but de l'expédition. ».
12 CANIIOBEKT.
Ainsi renseigné, le général Baraguay-d'Hilliers envoya son aide de camp favori, le capitaine Mélin, offrir au roi notre conquête, avec l'assurance que, s'il consentait à la garder, le corps expéditionnaire hivernerait en Suède et serait suivi au printemps de toute une armée.
Le Roi refusa :
— Ce serait de suite une déclaration de guerre de la Russie à la Suède; mais, ajoutait-il, j'espère que les événements marcheront de telle façon que, lorsqu'au mois de novembre vous serez sur le point d'évacuer les îles, les conditions que j'ai posées se seront effectuées : alors rien n'empêchera plus la conclusion de mon alliance.
Devant ce refus nos troupes, après avoir détruit les forteresses par la mine, furent ramenées en France sur les bâtiments anglais, et jusqu'au printemps de 1855 tout demeura calme dans le Nord.
Au printemps, les flottes alliées — une escadre anglaise et une division française — y reparurent, et leur présence excita de nouveau les sentiments patriotiques des Suédois. Les manifestations de l'opinion furent même si vives que le gouvernement se décida à demander aux États le vote d'une augmentation du budget de la guerre.
A la nouvelle de ces dispositions belliqueuses, Napoléon III chercha à reprendre des négociations avec le roi Oscar. Parmi les étrangers qui étaient à ce moment même accueillis et choyés aux Tuileries, se trouvait un officier suédois, sportsman célèbre par son élégance et le luxe de ses écuries, le comte Bark. S'il est aujourd'hui oublié, le souvenir de sa femme, née Napoline