INSOUCIANCE DE L'ADMINISTRATION
sentir. Il n'y avait pas un médecin pour 1,000 hommes. La proportion des vétérinaires était plus élevée, la conservation des chevaux ayant été considérée comme plus intéressante que celle des hommes. Les cantines d'ambulance n'avaient point de médicaments et les hôpitaux pas de caisses de chirurgie. A Gonstantinople, le Dr Scoutteten, médecin en chef de l'École de Strasbourg, en arrivant à son poste, ne trouvant aucun instrument de chirurgie, dut aller au bazar de la ferraille acheter de ses deniers trois caisses d'outils du dix-huitième siècle.
En Bulgarie et en Dobroutcha, le médecin en chef, le Dr Scrive, signale l'absence de tout moyen de secours et l'insuffisance des mesures de prévoyance ; il se plaint que l'on ait établi des hôpitaux sans consulter les médecins : les locaux qui ont été choisis l'ont été en contradiction avec les lois élémentaires de l'hygiène.
Quand le Dr Michel Lévy est envoyé en inspection, il insiste sur l'urgence des propositions du Dr Scrive, et il fait voir l'anomalie d'une organisation qui place les médecins sous les ordres des intendants et ne leur permet de prescrire ni un traitement, ni une mesure d'hygiène de leur autorité.
Les résultats de cette situation absurde sont flagrants.
Un jour, à Gonstantinople, l'intendant donne des ordres pour le chargement d'un transport de blessés, sans en aviser les médecins qui attendent le convoi dans un hôpital où il n'arrive pas : il en résulte onze décès.
Une autre fois, on dépose par la neige cinq cents malheureux sur les quais de Gonstantinople; quatre
d'entre eux meurent sous les yeux de M. Scoutteten qui, alors, ordonne de lui-même l'évacuation de ces malades sous un couvert : cet acte d'humanité est puni, comme ayant été exécuté sans avis préalable de l'intendant.
Ce même Dr Scoutteten demande plusieurs fois pour ses malades une boisson ou une soupe chaude le matin : l'intendant y consent, mais retranche en échange vingt-cinq grammes de viande de la ration des malades. Le docteur en réfère au général Ganrobert qui se fâche de son côté et fait annuler la décision de l'intendant; mais celui-ci parvient à obtenir le rappel du D1 Scoutteten, en faisant observer qu'un médecin n'a pas le droit de correspondre avec le général en chef, sans passer par l'intermédiaire de l'intendance.
Du reste, l'intendance en Orient fat sans cesse audessous de sa tâche. Lors du débarquement, elle avait pris en main le service du Bosphore. Ce fut un désordre épouvantable et le maréchal de Saint-Arnaud ordonna qu'elle passât ses fonctions à la marine : immédiatement, au gâchis succédèrent l'ordre et la régularité.
Par deux fois l'intendance laissa l'armée sans nourriture : il fallut s'adresser à la marine qui fournit les rations pour empêcher les soldats de mourir de faim.
Les intendants devaient signer les feuilles d'admis sion dans les hôpitaux ; mais s'ils étaient à dîner ou à dormir, on ne devait pas les déranger et les moribonds attendaient.
M. Girette, directeur des Messageries maritimes, se plaignit plusieurs fois que, par suite de ce sans-gêne, plusieurs malades étaient morts à bord de bateaux de la Compagnie amarrés depuis plusieurs heures : il décla-