‹ Le Maréchal Canrobert, souvenirs d'un siècleChapitre 62 sur 255 · E CABINET NOIR · texte numérisé non relu

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rait que certains bâtiments étaient tellement infestés qu'il était devenu nécessaire de les brûler; sans cela leurs équipages seraient morts en peu de temps.

« Je connais des intendants, disait M. Thouvenel, notre ambassadeur à Gonstantinople, que je pourrais nommer, qui auraient mérité d'être pendus et j'aurais voulu assister à leur supplice. »

Le ministre de la Guerre était fort désireux que ces détails ne fussent pas connus en France. Les journaux ne publiaient alors que les articles autorisés parle gouvernement; il n'y avait donc rien à craindre de leur côté, mais les correspondances particulières étaient plus gênantes. Toute lettre venant de Grimée était communiquée de proche en proche, commentée, répétée, et souvent avec amplification. Il fallait parer à ce danger.

Il fut décidé qu'on ouvrirait toutes les correspondances venant du théâtre de la guerre : ça aurait l'avantage de montrer ainsi l'esprit de l'armée et de faire savoir ce que les communications officielles cachaient.

Le décachetage se fit ouvertement à un tel point que certains généraux ne se gênèrent pas pour en parler à l'Empereur. Le général Forey ne lui écrivaitil pas :

« Ma correspondance adressée à une intime amitié a été décachetée et communiquée à Votre Majesté, qui l'aurait traitée de bucolique? »

Le maréchal Vaillant allait plus loin : il faisait des réprimandes aux officiers dont il lisait les lettres. Ainsi, ayant vu une correspondance où le capitaine Bocher se qualifiait, ainsi que quelques-uns de ses camarades, de fusionniste, il lui adressait ce conseil :

HO CAINROBERT.

« Paris, le 31 juillet 1855.

« Mon Cher Capitaine,

« Vous écrivez de très mauvaises lettres dans lesquelles vous vous vantez de faire de la propagande contre le gouvernement ; et cependant vous avez prêté serment à ce gouvernement. Je ne voudrais pas être obligé de sévir contre vous ; j'aime mieux vous prévenir franchement de la situation fâcheuse dans laquelle vous vous mettez. Je suis sûr qu'il m'aura suffi défaire appel à vos sentiments d'honnête homme et de brave soldat pour que vous soyez plus circonspect à l'avenir.

« Croyez-le bien, mon cher camarade, le devoir est un ; il n'y a pas deux manières de le comprendre et de le remplir. Interrogez votre conscience, et si elle ne vous fait pas quelques reproches, si vous êtes heureux de la position équivoque dans laquelle vous vous mettez, je serai forcé de croire que les mots et les choses n'ont plus la même signification ni la même valeur que quand j'étais, comme vous, capitaine. Vous m'accuserez réception de cette lettre qui est du reste toute confidentielle.

« Croyez à mon attachement.

« Le maréchal, ministre de la Guerre, « Signé : Vaillant. »

Les lettres des simples soldats étaient aussi ouvertes et leur analyse prêtait quelquefois au ridicule. Le ministre de l'Intérieur, un jour, envoya une demande de renseignements au maréchal Pélissier sur un chasseur d'Afrique du 4e régiment, qui avait écrit « qu'une

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