NAPOLÉON III, VAILLANT ET PÉLISSIER
maréchal Vaillant qui la garda chez lui, sans la communiquer à personne..
De qui émane cette lettre ? Vraisemblablement d'un diplomate, alors à Gonstantinople, de tout temps lié avec le prince Napoléon, qui a laissé un nom connu comme savant, et a longtemps siégé à l'Institut.
Le maréchal Vaillant ne pardonna pas au prince Napoléon d'avoir fait connaître cette lettre : il était, au dire du maréchal de Castellane, un ministre commode et non pas un ministre utile ; il n'admettait pas que l'on entretînt l'Empereur de choses desagréables, et à partir de ce jour il ne parla plus au prince Napoléon.
L'Empereur, bouleversé de ces révélations, envoya au maréchal Pélissier cette dépêche, le jour même de la signature de la paix :
« Paris, 30 mars 185G.
« L Empereur au maréchal Pélissier,
'« Mon Cher Maréchal,
« La paix est faite, et bientôt la patrie reconnaissante pourra montrer sa tendresse à ses nobles enfants, qui ont tant souffert pour sa gloire.
« J'envoie Morand pour charger Espinasse d'une mission à laquelle j'attache un grand prix, car vous ne vous figurez pas tous les bruits que l'on fait courir à Paris sur l'état sanitaire de mon armée en Crimée, et, sans prêter l'oreille à tant d'exagérations, je veux savoir à quoi m'en tenir. Je compte sur vous pour faciliter au général Espinasse sa mission.
« Napoléon. »
148 CANROBEUT.
Quand, à Constantinople, l'épidémie avait pris une proportion inattendue, et que l'on avait vu les hôpitaux présenter le spectacle que nous a décrit la lettre adressée au prince Napoléon, le général Pariset, qui avait le commandement supérieur, se décida à prendre une mesure d'initiative que l'on ne saurait trop louer. Il viola les règlements en conférant de sa propre autorité au docteur Baudens tous les pouvoirs de l'intendant, et celui-ci effrayé de la responsabilité qui pesait sur lui, autant que conscient de l'impossibilité où il était de remédier au mal, ne souleva pas d'objections.
Une fois maître du service de santé, le docteur Baudens fit construire ou approprier des bâtiments sur le Bosphore et dans diverses îles de l'Archipel, et de suite s'occupa d'y établir des malades et de désencombrer les hôpitaux.
Grâce à cette mesure, à l'évacuation de locaux infectés, à des prescriptions hygiéniques et à une nourriture meilleure, il parvint à vaincre l'épidémie.
A la fin de mai, le général Espinasse put constater les salutaires effets de l'administration du docteur Baudens : les hôpitaux étaient propres ; les malades avaient touché des fournitures de literie, des effets et du linge ; et, par-dessus tout, ils n'étaient plus empilés les uns contre les autres.
Malheureusement, le docteur Baudens avait gagné la maladie qui devait l'emporter, et il succomba en rentrant en France, comme le docteur Scrive. Cent vingt médecins militaires, le tiers du personnel médical de l'armée d'Orient, moururent également, soit pendant la campagne, soit peu après.
L'entretien matériel d'une armée n'est pas le seul