‹ Le Maréchal Canrobert, souvenirs d'un siècleChapitre 67 sur 255 · PÉLISSIER · texte numérisé non relu

PÉLISSIER

Il aurait pu ajouter qu'il rapportait outre ses canons de nombreux trophées : d'abord ces milliers de pièces de siège qui avaient défendu Sébastopol, le grand pavillon qui flottait sur les bâtiments de l'amirauté — il est maintenant derrière l'hôtel de la chapelle des Invalides — les deux pavillons de la forteresse de Kinburn ; une croix de pierre sculptée, que Souvaroff avait fait élever au centre de cette citadelle lorsqu'il s'en était emparé; les deux sphinx de pierre qui ornent l'entrée de la rue des Tuileries du côté du pavillon de Flore; une énorme cloche qui est encore aux tours de Notre-Dame, et enfin deux bannières vénérées de longue date dans le sud de la Russie, que le général d'Allonville avait prises dans l'église d'Eupatoria. Conservées depuis lors dans le trésor de Notre-Dame de Paris, sur la demande de M. Sadi Garnot, président de la République, ces bannières ont

été rendues par le cardinal Richard, archevêque de Paris, à S. M. le tzar Alexandre III. Cette attention délicate au moment où les peuples commençaient à se témoigner leur sympathie réciproque, un mois avant la visite de l'amiral Gervais à Gronstadt, toucha profondément le tzar. « Rien ne peut mieux servir à nous rapprocher, disait-il à M. de Laboulaye, notre ambassadeur, qui lui faisait connaître l'intention de M. Garnot. Ces bannières jouissaient d'une grande vénération et leur restitution produira un effet énorme en Russie. » Et lors de sa venue à Paris, en 1896, le tzar Nicolas II ne manqua pas de dire au cardinal Richard combien son père avait été satisfait de la façon dont on avait agi en cette circonstance.

La paix amenait le licenciement de divers corps, entre autres du 4e chasseurs d'Afrique. Le maréchal Pélissier demanda que son aigle fût déposée au musée d'artillerie. Le général de Bressolles, directeur de l'artillerie, répondit favorablement et décida que cet étendard serait conservé au musée avec le drapeau du 47e qui avait été planté par le colonel Combes sur la brèche de Gonstantine. Telle est l'origine de l'exposition des aigles de nos régiments dans les musées militaires.

La guerre ne devait guère nous servir d'enseignement : l'administration de l'armée avait été pitoyable, l'organisation également, et, cependant, rien n'allait être changé.

L'intendance, après s'être montrée incapable, s'attribua tous les mérites dans des rapports officiels, et mit une arrogance particulière à réclamer des officiers et sous-officiers des papiers de comptabilité de toutes

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