‹ Le Maréchal Canrobert, souvenirs d'un siècleChapitre 71 sur 255 · ÉCLATE · texte numérisé non relu

ÉCLATE

Le rêve de Napoléon III. — L'Italie. — Il faut en chasser l'Autriche.

— L'Empereur y pense. — Création du camp de Ghàlons. — L'Empereur l'inaugure et y commande les manœuvres de la garde impériale. — Le roi Jérôme menacé d'être fusillé. — Vandamme à Kulm.

— Scélérats. — «Me prenez-vous pour un conscrit?» — Cent mille francs d'appointements. — Le maréchal Pélissier ne veutpas être un policier.

— Les grands commandements. — Le maréchal Pélissier est nommé ambassadeur à Londres; le maréchal Canrobert commandant à Nancy le maréchal Bosquet, à Toulouse; le maréchal Baraguay-d' Milliers, à Tours. — Invention du canon rayé. — Lords anglais à Gompiègne. — Plombières. — 1er janvier 1859. — Premiers préparatifs de guerre. — Grand secret. — « Pas de bruit, surtout. » — Laissons couler le sable dans le sablier. — Gris de colère du prince Napoléon. — Pas de télégrammes à l'Empereur, ça gêne le ministre. — «Je suis sué de rage. »

— Le dimanche des Bameaux. — Alerte à Turin. — M. de Gavour demande des secours. — La tempête s'apaise au matin après avoir sévi toute la nuit. — Le maréchal Canrobert est appelé à Paris d'urgence. — Il est chargé de commander les corps d'armée qui passent les Alpes. — Bien n'est encore décidé. — Le maréchal Canrobert doit faire franchir la frontière à son corps d'armée sur-le-champ. — On manque de tout. — Inquiétudes de M. de Gavour. — Le maréchal Canrobert met ses troupes en mouvement et se rend à Turin.

Le congrès était fini. Les plénipotentiaires allaient quitter Paris et c'était, ce soir-là, la dernière réception que Napoléon III leur donnait aux Tuileries.

M. de Gavour guettait un moment propice pour entretenir l'Empereur; croyant avoir saisi l'occasion il m. 11

162 GANROBERT.

s'approcha du souverain et le remercia de sa bonne volonté pour l'Italie opprimée. L'Empereur l'entraînant lui dit : « L'Autriche ne veut se prêter à rien. Elle est prête à faire la guerre plutôt que de consentir à la cession de Parme en votre faveur. Je ne puis lui poser un casus belli en ce moment ; mais rassurez-vous, la paix actuelle ne durera pas longtemps... Allez à Londres... voyez Palmerston, tâchez de le gagner et avisez-moi de suite. » Et l'Empereur, ayant serré la main au ministre sarde, sortit par une issue dérobée et pénétra dans son cabinet. Excepté au centre, où une lampe à réflecteur métallique placée sur un bureau projetait une lumière intense, cette pièce était dans une profonde obscurité.

A peine entré, Napoléon III se dirigea dans le fond vers une commode adossée au mur; il ouvrit un tiroir où il plongea la main qu'il retira pleine de cigarettes.

L'agitation, le bruit, les lumières de tout à l'heure avaient disparu. C'était maintenant dans le palais le calme et le silence absolus. L'Empereur, accoudé sur la table, le regard perdu et fixe, fumant lentement une cigarette, s'était mis à rêver.

L'Italie... c'était à l'Italie qu'il était tout entier.

Dès son plus jeune âge, depuis le moment où il avait commencé à raisonner, il s'était cru appelé par le destin à venger Waterloo et Sainte-Hélène et à détruire les traités oppresseurs de 1815, en libérant les peuples asservis et tout d'abord ceux de l'Italie. Si, jusqu'alors, il avait été empêché de se donner à l'accomplissement de son œuvre, maintenant qu'il était le plus puissant souverain d'Europe il pouvait s'y consacrer. Il ne se cachait pas les difficultés qu'il allait rencontrer; mais,

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