CENT MILLE FRANCS D'APPOINTEMENTS
mais, si c'eût été plus important, il aurait sans doute agi de même.
Le maréchal Vaillant, au camp comme aux Tuileries, demeurait le confident de son souverain. Un matin l'Empereur lui confia combien il se félicitait de la création du camp et de la constitution de la garde en corps d'armée : « Il faut organiser ainsi les autres troupes et donner des grands commandements aux maréchaux Pélissier, Baraguay-d'Hilliers, Ganrobert et Bosquet qui n'en ont pas... et relevant la tête : « — Quels appointements faut-il leur attribuer? — Cent mille francs, Sire. — Eh bien, réunissez-les et parlez-leur de ce que je viens de vous dire. »
Le ministre s'inclina, mais ne réunit pas ses collègues.
Napoléon III avait souvent des idées justes ; mais trop bon, trop timide ou épuisé par la maladie, il manqua de l'énergie suffisante pour en exiger l'exécution.
Personne mieux que lui qui avait étudié, durant ses années de prison, l'organisation de l'armée prussienne, ne comprenait la nécessité du service obligatoire et d'une armée à contingents régionaux. Dès 1853, il avait fait travailler le colonel Trochu à cette organisation; cependant ni après la guerre de Grimée, ni après celle d'Italie, ni après Sadowa, il n'eut le courage d'imposer son idée, qui si elle eût été appliquée, nous eût sauvés en 1870.
Sans doute, la question des grands commandements serait tombée à l'eau comme celle de l'armée, sans le crime d'Orsini. Quarante-huit heures après l'attentat en effet, l'Empereur reprit avec son ministre sa conversation du camp de Ghâlons :
« Vous n'avez pas encore consulté les maréchaux sur les commandements que je désire leur conférer?... Les événements d'avant-hier rendent cependant indispensable de le faire. Réunissez-les d'ici deux jours; communiquez-leur mes projets, et venez me rapporter ce que vous aurez décidé avec eux. »
Le 21 janvier 1858, à dix heures du matin, les quatre maréchaux Pélissier, Baraguay-d'Hilliers, Canrobert et Bosquet étaient dans le cabinet du ministre qui leur exposa ainsi le but de la réunion :
« L'Empereur m'a ordonné de vous réunir pour vous faire part de ses intentions. Il désire créer de grandes positions à votre intention et faire de vous ses lieutenants en temps ordinaire et les dépositaires de son pouvoir en cas de troubles. Il y aurait cinq grands commandements : un à Paris, un à Nancy, un à Lyon, un à Toulouse et le cinquième à Tours. En dehors du commandement des troupes, vous auriez les pouvoirs judiciaires et politiques les plus étendus : les préfets, les procureurs et les commissaires de police vous adresseraient leurs rapports. »
A ces mots, le maréchal Pélissier bondit sur sa chaise : « Nous prend-on pour des policiers, pour des espions? Veut-on nous faire transmettre des dénonciations, nous faire les agents de mesures louches, nous faire appliquer la loi des suspects? Nous sommes des militaires... Que l'on confie cette mission à d'autres, mais pas à des maréchaux de France !... »
Tous les assistants ayant été du même avis, le ministre congédia les maréchaux et fournit les observations à l'Empereur qui n'insista pas sur les pouvoirs politiques. Une difficulté subsistait. Deux commande-