LES GRANDS COMMANDEMENTS
ments (Paris et Lyon) avaient déjà leur titulaire, il en restait trois et il y avait quatre maréchaux à pourvoir.
L'Empereur et le ministre ne savaient comment faire.
Le décret créant les grands commandements avait paru au Moniteur, on attendait le nom des titulaires. On commençait à croire qu'il n'entrerait jamais en vigueur, on parlait de la démission du ministre de la guerre et l'on prononçait le nom de son successeur, le général Niel. Gomment Napoléon III, dès 1858, ne saisit-il pas l'occasion qui s'offrait à lui de mettre le général Niel dans les fonctions auxquelles il semblait destiné?
La face de l'histoire eût été changée. La guerre d'Italie eût été une épreuve utile et, grâce à la ténacité et à la volonté du général Niel, l'armée eût été réorganisée et reconstituée sur un autre pied et son matériel refait dès 1866. Il fallut encore huit ans et des événements menaçants pour que l'Empereur se décidât à ce choix. Alors, il était trop tard. Le maréchal Niel n'avait plus que deux ans à vivre!
C'était à la suite du conseil des ministres convoqué pour le 21 février que devait avoir lieu la retraite du maréchal Vaillant.
Au jour fixé, les ministres arrivent chez l'Empereur qui ouvre la séance en donnant la parole à M. Walewski.
Le ministre des Affaires étrangères parle des difficultés en cours avec l'Angleterre et fait savoir que notre ambassadeur à Londres, M. de Persigny, plus exalté que jamais, ne se contente plus d'être la risée de la société, mais que, par ses incartades et ses maladresses, il aggrave la situation déjà si tendue. D'un jour à l'autre, les ministres de la Reine peuvent ne plus
vouloir négocier avec un tel fou. Si l'Empereur ne le rappelle pas maintenant, il y sera contraint un peu plus tard. Et M. Walewski, à la surprise universelle, propose, pour le remplacer, le maréchal Pélissier.
Alors, personne ne faisant d'objection, le ministre de la Guerre se trouve sorti de l'impasse où il était.
Le soir, le maréchal Pélissier, appelé aux Tuileries, eut une longue conférence avec l'Empereur.
Il fit bien quelques difficultés ; mais le vieux bouledogue savait qu'avec ses gros mots et ses bourrades il était un des plus fins et des plus délicats diplomates que l'on pût trouver et que personne ne saurait mieux que lui aplanir les obstacles ; et puis il savait aussi que son nom seul et sa gloire étaient un programme d'intimité avec notre alliée de Crimée. Aussi accepta-t-il.
Quelques jours après, apparaissait la nomination des maréchaux. Paris et Lyon conservaient leurs titulaires, le maréchal Ganrobert était nommé dans l'est à Nancy, le maréchal Bosquet à Toulouse et le maréchal Baraguay-d'Hilliers à Tours. Quant à la réorganisation de l'armée, dont la nomination des maréchaux dans l'esprit du souverain était le point de départ, on n'en parla plus.
Napoléon III s'occupait alors de transformer son artillerie. Il était attentif à toute invention; à l'Exposition de 1855, il avait acheté tous les modèles de fusils se chargeant par la culasse, et, aux Tuileries, son cabinet était plein d'armes, de mémoires ou d'épurés de balistique, de profils et de coupes d'engins de guerre.
Depuis la fabrication des premiers canons rayés lors