LAISSONS COULER LE SABLE
vante : les Piémontais ont été battus et nous allons à leur secours.
« Il faut en conséquence demander au gouvernement sarde de réunir des approvisionnements sur la route du mont Genis. Le général Niel est pour cela à Turin. Vous, prévenez Gastellane. »
Et, alors, le ministre écrit au maréchal de Gastellane : « Voici ma pensée la plus secrète : que devrionsnous faire pour être en mesure de porter deux bataillons de chasseurs à pied à Turin par le mont Genèvre et le mont Genis si Ton réclamait de là-bas des secours immédiats. »
Le maréchal répond en envoyant les itinéraires; le ministre en les recevant est pris de la crainte de s'être trop avancé et il télégraphie au maréchal Castellane :
« Paris, 25 février.
« Ne nous hâtons pas; nous aurions peul-être à revenir; laissons couler un peu de sable dans le sablier. »
Cependant l'Empereur s'ouvre de ses projets à l'un de ses aides de camp, le général Espinasse : il lui annonce qu'il commandera l'avant-garde de l'armée destinée à débarquer à Gênes : elle se composera de troupes d'Afrique, dont le 3e zouaves ; mais après cette confidence il se tait, et au moment de la guerre c'est Bazaine qui commande l'avant-garde, et les régiments promis au général Espinasse sont donnés au général d'Auternarre et placés en réserve.
Du reste, à partir du 25 février, il n'est plus question de préparatifs, et un mois se passe sans que l'Empereur parle de guerre : il semble se ranger à l'avis de ses
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ministres, particulièrement de M. Walewski qui lui montre toute l'Europe prête à se joindre à l'Autriche ; il est tellement impressionné de l'attitude des puissances qu'il demande à Turin de remettre la guerre à l'année suivante. M. de Gavour s'y oppose et, à la fois, le prince Napoléon, le docteur Gonneau et Mme Cornu assiègent l'Empereur de leurs objurgations : le docteur Gonneau et Mme Cornu agissent discrètement, sans bruit; mais le prince Napoléon s'emporte, il ne décolère pas, il tempête : « Les ministres trahissent l'Empereur; ce sont des... ! » Un jour où il reçoit au Palais- Royal le général Niel, avec qui il est en excellents termes, il se laisse tellement entraîner contre « ces ... de ministres qui trompent l'Empereur », que ses cris tournent aux rugissements : les vitres sont ébranlées et le général Niel va à la fenêtre voir s'il ne s'est pas formé un attroupement dans le jardin, devant le palais.
L'Empereur, dans son for intérieur, a pu hésiter un moment; en tout cas, il revient vite à son projet. Le prince Napoléon lui a remis, le 10 mars, une note apportée par M. Nigra, qui évalue à 177,000 hommes l'armée autrichienne massée sur le Tessin et prête à entrer dans le Piémont. Il n'a aucun doute sur l'exagération des chiffres qu'on lui communique; cependant il en parle au général Niel et, sur l'avis de ce dernier, il se décide à demander au général de Mac-Mahon, à Alger, de tenir quatorze régiments (30,000 hommes) prêts à être embarqués; il ordonne aussi de former à Briançon, sous les ordres du général Bourbaki, une division d'avant-garde qui accourra à Turin au premier danger. Ces décisions sont communiquées à M. de