ÇA GÊNE LE MINISTRE
Cavour qui s'empresse de les divulguer, tandis qu'en France on veut les garder secrètes : on arrive ainsi à ce résultat que les gens qui devraient ignorer nos préparatifs les connaissent et les croient considérables, tandis que ceux qui devraient les connaître les ignorent. Ainsi, le général Bourbaki demeure dans sa garnison de Besançon sans se douter de rien.
Le maréchal Vaillant continue à entremêler de recommandations restrictives les ordres qu'il envoie au maréchal de Gastellane, si bien que celui-ci ne peut pas faire grand'chose.
« Les affaires ne s'aggravent pas, lui écrit-il le 20 mars; je crois même qu'elles tendent à se calmer... Mais il faut une division prête à passer le mont Genèvre. Du reste, le congrès qui va se réunir nous laisse du temps devant nous. » Le 21 : «Les choses ne prennent pas une tournure plus belliqueuse... mais il faut organiser les régiments à trois bataillons et être prêt à partir. » Le 28 : « Vous allez organiser une cinquième division à Lyon et une sixième dans le Midi. Mais ne faites aucun déplacement, ce serait tout démasquer, ça donnerait lieu à des récriminations diplomatiques auxquelles il serait difficile de répondre. »
Pendant la première quinzaine d'avril, les dépêches ne discontinuent pas; mais elles sont aussi contradictoires et, à chacune d'elles, le maréchal de Gastellane demande si, oui ou non, il faut exécuter l'ordre envoyé.
Le ministre, à la fin, lui répond ainsi : « Envoyez le moins possible de télégrammes. L'Empereur les reçoit : cela m'oblige à des courses et des explications qui me font perdre du temps. »
Le 8 avril, les agences apportent les termes d'un
ordre du jour virulent que le général Giulay aurait fait afficher à Milan :
« Soldats autrichiens,
« L'Empereur vous appelle sous les drapeaux pour abattre une troisième fois l'orgueil du Piémont et aller arracher à leurs tanières les fanatiques destructeurs de la tranquillité de l'Europe. Marchez contre un ennemi toujours mis en fuite par vous!... »
Ce morceau oratoire est connu, le jour même, de Victor-Emmanuel, qui envoie à M. de Gavour ce billet amusant :
« 8 avril.
« Mon cher Cavour,
« L'ordre du jour est une vraie déclaration de guerre. Je crois qu'il en sera 6ni des conférences. Je suis tout sué de rage. Je vous prie d'envoyer une dépêche au prince Napoléon, en mon nom, et en chiffres, ainsi conçue :
« Je t'envoie l'ordre du jour donné à l'armée autri- « chienne; fais les réflexions que tu crois. »
« Cher Gavour, écrivez-moi quelque chose. Je voudrais déjà tirer le canon ce soir.
« Votre,
« Victor -Emmanuel. »
Au reçu de la dépêche de Victor-Emmanuel, l'Empereur s'émeut; il écrit lui-même au maréchal de Gastellane : « Je vous envoie la proclamation affichée dans les casernes de Milan. Gela me paraît grave : il faut îedoubler d'activité. Je poserai au conseil, lundi