LE DIMANCHE DES RAMEAUX
(11 avril), la question de savoir s'il faut rappeler les hommes en congé... » Le conseil, comme l'Empereur, hésite par crainte d'effrayer l'Europe ; et, pendant les jours qui suivent, l'Empereur se retire à Villeneuvel'Étang avec l'Impératrice. Déjà au 15 avril, date où nous sommes, il est arrivé d'Algérie plus de 20,000 hommes, lorsque le 16 part une dépêche ordonnant de suspendre les transports en cours. L'Empereur croit-il que l'acceptation par M. de Gavour de la proposition de désarmement faite par la Prusse et l'Angleterre assure la paix? C'est invraisemblable, car, au colonel Saget qui part à Turin assurer les approvisionnements, il dit, le 14 avril : « Quand vous verrez le roi de Sardaigne, dites-lui que j'espère encore éviter la guerre ; mais si, malgré mes efforts, l'Autriche attaque le Piémont, je tiendrai la promesse que j'ai faite d'aller à son secours. Il faut dans ce cas que notre marche soit rapide comme la foudre; c'est pour la faciliter et enlever tous les obstacles qui pourraient la ralentir que vous allez à Turin. »
A Paris on espère la paix; sauf le prince Napoléon et son entourage, personne, surtout les militaires, ne souhaite cette guerre que l'on juge intempestive et maladroite.
Le 17 avril est le dimanche des Rameaux : à onze heures a lieu aux Tuileries la messe à laquelle assistent les souverains. Là, suivant l'habitude, ils passent en sortant, par une galerie où sont rangées les personnes qui viennent les saluer, ou leur faire des demandes. Ce jour-là, la galerie est pleine d'officiers : au premier rang on distingue le grand général de La Motterouge, dont la figure épanouie et rougeaude exprime la bra-
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voure autant que la loyauté. Les souverains sont annoncés : l'Empereur s'avance au bras de l'Impératrice. Sur sa figure, impossible de lire la guerre ou la paix. Le maréchal Magnan, en grand uniforme, ouvre la marche. Il aperçoit le général de La Motterouge, il lui fait signe d'approcher, et le nomme à l'Empereur. Le général salue et dcrrande un commandement en cas de guerre. Et l'Empereur, fort aimablement, lui répond : « Mais la guerre n'est pas imminente. Parlezen au ministre de la Guerre qui est là. » Et il passe à un autre. Le général de La Motterouge va au maréchal Vaillant et lui répète les paroles de Napoléon III. Le maréchal riposte d'un air bourru : « Qui est-ce qui vous a dit que l'on ferait la guerre? Si vous le savez, vous, je ne le sais pas, moi! » Le ministre est agacé depuis quelque temps par les demandes continuelles des officiers et par les réprimandes de l'Empereur qui lui reproche de ne pas assez cacher les préparatifs. Deux jours auparavant ayant rencontré le général Trochu, retour de Saumur, où il était allé acheter deux chevaux d'armes » pour la guerre en expectative avec l'Autriche » , il lui avait dit : « Ah çà, vous déclarez donc la guerre, jeune homme? Sachez que je ne suis avisé de rien. »
Aux Tuileries, sauf la présence d'un nombre d'officiers plus grand que de coutume, rien ne dénote quelque chose de particulier. Paris a son aspect des jours de fête. Le soleil, par moments, perce les nuages; dans la matinée, la foule se porte autour des portes des églises pour acheter des buis bénits, et, dans la journée, elle est joyeuse aux Tuileries et aux Champs- Elysées où les promeneurs viennent chercher un avant-