CAVOUR DEMANDE DES SECOURS
goût du printemps. Nulle part on ne pense à la guerre.
Au delà des Alpes, Turin offre un spectacle bien différent. Gomme à Paris, la matinée est consacrée par la population aux cérémonies religieuses; mais, l'aprèsmidi, le bruit se répand que les Autrichiens, sans déclaration de guerre, ont passé le Tessin : on a vu de farouches hussards, Pandours, Croates ou Tatars, non loin de la capitale. Les ministres inquiets se réunissent et parlent de transporter le trésor, les diamants de la couronne et les plus belles pièces des musées à Gênes. Le plus inquiet est M. de Gavour. Il a poussé les choses à ce point qu'il a mis son roi et son pays dans une situation où ils seront irrémédiablement perdus si le succès n'est pas éclatant. Quelle catastrophe si les Autrichiens s'emparaient de la capitale, et, se plaçant entre les Alpes et Gênes, venaient à empêcher les Français de débarquer et de passer les montagnes ! « Les troupes ont reçu l'ordre ce matin de ne plus bouger, écrit le colonel Saget, de Turin, au général Niel. Le ministère est sens dessus dessous : on parle de la démission de M. de Gavour, et le général La Marmora est très découragé. »
Dans l'après-midi de ce dimanche des Rameaux, M. de Gavour envoie cette première dépêche à son ami, Massimo d'Azeglio, qui est à Paris : « Je te prie d'agir d'urgence auprès de l'Empereur et du prince Napoléon, afin que la division Bourbaki soit à Briançon prête à passer la frontière au premier avis. »
M. d'Azeglio court aux Tuileries; il communique sa dépêche à l'Empereur qui lui répond : « Vous pouvez compter sur moi, j'ai déjà envoyé, avant-hier, le colonel Saget pour tout préparer. J'ai 36,000 hommes
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à Lyon : vous serez secourus immédiatement, si vous êtes attaqués. » D'Azeglio, tranquillisé, télégraphie les paroles de l'Empereur; mais, avant qu'elles soient arrivées, M. de Gavour, à six heures du soir, est pris d'une nouvelle terreur, et il envoie au prince Napoléon une dépêche affolée : « L'armée autrichienne se masse sur le Tessin pour se jeter sur le débouché des Alpes. »
^e télégramme arrive, vers neuf heures du soir, au "Palais-Royal; le prince Napoléon traverse la rue de Rivoli et entre chez l'Empereur : « Il faut agir, dit le prince ; il faut rapprocher deux divisions sur la frontière. » L'Empereur ne fait aucune objection et écrit au maréchal Vaillant de mettre en mouvement deux divisions d'avant-garde : l'une ira à Briançon, l'autre à Grenoble. Dans l'enveloppe, il joint à son petit mot la dépêche de M. de Gavour.
Le maréchal, après avoir lu le tout, écrit la dépêche suivante au maréchal de Gastellane :
« 7 avril, 11 h. 45, soir.
« Faites partir la division Renault pour Grenoble ; concentrez la division Bourbaki le plus près possible de Briançon. »
Le ministre s'avise alors que cette division Bourbaki, dont M. de Gavour parle dune façon si précise, n'a pas de chefs. Le général Bourbaki n'est toujours pas prévenu. Le ministre lui envoie un télégramme, ainsi qu'au général Ducrot qui est à Orléans : tous deux doivent aller à Lyon prendre le commandement qui leur est réservé; ensuite, le ministre envoie un planton réveiller le général Trochu qui est à Paris. Une heure