APRÈS LA TEMPETE, UNE EMBELLIE
après, un sous-officier, armé d'une lanterne sourde, introduit le général dans l'hôtel du ministre et le conduit par un escalier dérobé dans la chambre où le maréchal Vaillant, assis dans son lit, lui dit en lui tendant les dépêches : «Lisez... Vous voyez, il faut partir. J'ai télégraphié à Ducrot et à Bourbaki, il faut que vous soyez demain à Lyon. — Mais, monsieur le maréchal, ce n'est pas si grave; et puis... vous me reprochiez de parler de guerre il y a deux jours, si bien que j'ai écrit à Ducrot vos propres paroles pour le refroidir. » Le maréchal, s'agitant sur son lit les dépêches à la main, ne veut rien entendre : « Partez, partez immédiatement, il faut que vous partiez » , répète- t-il, et c'est ce que fait le général Trochu.
La dépêche du ministre, relative à l'envoi des divisions Renault et Bourbaki à la frontière, arrive à Lyon au milieu de la nuit ; on réveille le maréchal de Gastellane qui se met à traduire et sans désemparer transcrit les ordres : « Ça se gâte » , pense-t-il.
Au matin, tout est encore changé : le Moniteur publie une note pacifique, et le ministre de la Guerre, pour éteindre l'effet de sa dépêche nocturne, envoie au maréchal de Gastellane cette prose météorologique et émolliente :
« Les affaires paraissent s'être un peu calmées ce matin ; le vent, après avoir soufflé la tempête toute la nuit, s'est apaisé. Nous sommes dans une embellie; néanmoins je fais partir Bourbaki, Trochu, Ducrot... C'est l'Empereur qui a dicté les ordres d'hier au soir. »
Les trois généraux partent sans perdre une minute, craignant d'arriver trop tard : leur étonnement est complet quand au sortir du wagon, à Lyon, ils sont
reçus chez le maréchal de Castellane. « La guerre est loin d'être déclarée » , dit ce dernier, qui leur montre le bulletin au beau fixe du maréchal Vaillant. « Si Ion réunit votre division à Briançon, c'est pour ordonner sa dissolution le jour où le désarmement sera décidé; ce sera un acte d'assentiment à cette mesure.
« Je n'ai pas voulu envoyer vos quatre régiments dans les hautes vallées des Alpes encore sous la neige. J'ai demandé au ministre confirmation de ses ordres. Je n'ai encore rien reçu ; vous pouvez donc attendre ici. »
Depuis le 15, on était à la paix à Paris et à Londres. Dans la soirée du 20 seulement, l'Empereur apprend d'une façon positive l'envoi d'un ultimatum au Piémont. Alors, il ordonne aux divisions Vinoy et Forey, qui sont à Paris, de se tenir prêtes à s'embarquer à la gare de Lyon, et il fait envoyer au maréchal de Castellane cette dépêche : « Les choses se présentent sous un aspect très sombre aujourd'hui. Brûlez ce billet qui est pour vous seul. »
Malgré tout, ne voulant pas brouiller les cartes, il fait publier une note pacifique au Moniteur le matin du 21 ; mais, à huit heures, il reçoit la confirmation de l'agression de l'Autriche, et, à huit heures et demie, il signe l'ordre de mettre toute l'armée sur le pied de guerre, tandis que le prince Napoléon télégraphie, sous son chiffre particulier, à M. de Gavour la dépêche suivante : « L'Empereur vous prie d'attendre le dernier délai pour répondre à Y ultimatum afin qu'il ait le temps de vous secourir. »
Le ministre donne à la fois confirmation au maréchal de Castellane de concentrer les deux divisions à la