‹ Le Maréchal Canrobert, souvenirs d'un siècleChapitre 88 sur 255 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Napoléon III stratégiste. — Son caractère. — Son état-major. — ■ Le maréchal Vaillant. — Son cheval blanc. — Son insuffisance. — Plan de campagne. — Souscription anonyme. — Le général de Mac- Mahon, le duc d'Aumale et le comte de Chambord. — Mission du général de Mac-Mahon en Italie. — Ses deux gardes du corps. — Il les sème à Venise. — On fouille les effets de la comtesse de Mac- Mahon. — L'Empereur va au camp de Chalons où commande le maréchal Canrobert. — Il ne lui dit rien de ses projets. — Le capitaine Laussedat à Vérone. — Mme Lausscdat cache les plans de son mari dans son chapeau. — Le commandant Karthet les épaules de l'Impératrice.— Qu'elle est belle! — Traité d'alliance. — Mariage du prince INapoléon et de la princesse Clotilde. — Discussions violentes entre le comte de Cavour et le général Niel. — Il y a dix ans que j'attends, moi! — Le major Borson. — Voyage du commandant Parmentier à Vérone. — Un aimable cicérone. — Venise. — Jugement du général ISiel sur l'armée sarde. — Menaces de l'Allemagne. — Napoléon III fait demander un plan de campagne à M. Thiers. — Projet du général Niel. — Note du général Frossard. — Missions secrètes. — Quinze cents francs pour acheter des espions. — Les volontaires. — Rêves de M. de Cavour. — Les petits poissons. — Un revenant. — Plan de campagne demandé par l'Empereur à Jomini. — Plan de Jomini. — Menaces de l'Angleterre. — Mission du général Frossard. — Le général Frossard. — Son entretien avec le roi. — Il visite la Dora- Baltea. — Contradictions de l'Empereur.

Napoléon avait écrit un ouvrage sur l'histoire de l'artillerie ; il avait étudié Jomini et les livres de M. Thiers; il connaissait les théories et les règlements militaires. Au camp de Chalons et au champ de courses de Longchamp, il avait pris l'habitude de commander les manœuvres avec précision. Il était suffisamment instruit en fait de théorie ; son oncle n'en savait pas tant que lui en 1796.

196 CANHÔBÈtlT.

Mais Napoléon 111 n'avait rien do l'homme de guerre. Sa nature douce et sentimentale le poussait à s'apitoyer sur toutes les souffrances, et s'il eut envie de commander une armée en 1859, ce désir se changea, dès le premier champ de bataille, en dégoût profond. La vue du sang, les cris des blessés, les plaies hideuses lui firent une telle horreur que, malgré son sang-froid habituel, il en vint quelquefois à perdre toute autre faculté que celle de déplorer le sort des victimes qu'il voyait moissonnées devant lui.

A la guerre comme en politique, quoique irrévocablement fixé sur son but, il hésitait sur les moyens à prendre pour l'atteindre et il en changeait continuellement. Le reproche le plus grave que l'on ait à faire sur son commandement en Italie est celui d'envois perpétuels de contre-ordres pour modifier ou arrêter des mouvements déjà en cours d'exécution. Il n'avait pas non plus la science, que Napoléon Ier possédait à un si haut degré, celle de discerner les aptitudes de chacun, et il en résulta que le choix de ses conseillers et de ses lieutenants ne fut pas toujours adroit.

Il avait d'abord à se constituer un état-major pour l'aider, le suppléer, exécuter ses ordres et, au besoin, les provoquer, il désigna comme chef d'état-major le maréchal Randon; puis, huit jours après, le maréchal Vaillant. Il eût été difficile de faire un plus mauvais choix.

L'Empereur avait cinquante et un ans — cinq ans de plus que son oncle à Waterloo — il faisait la guerre pour la première fois, et il prenait comme aller ego un vieillard de soixante-dix ans insouciant, qui n'était militaire que de nom, qui n'avait jamais su faire manœuvrer une troupe et qui ne pouvait plus monter

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