L'AMIRAL VIRGIN A PARIS
Roi Charles, jeune héros!...
Arrière, Moscovites ! En avant, enfants bleus!
Le gouvernement commençait aussi à se départir de son recueillement; il envoyait en Grimée une mission militaire sous la direction du colonel du génie Kean ; puis il chargeait le chirurgien général Heiberg et plusieurs officiers et médecins de se rendre à Paris pour y étudier le service des ambulances et des hôpitaux; il faisait aussi demander le dessin de nos voitures du train et de nos caissons; enfin il commandait à l'usine Dotti, à Berlin, plusieurs milliers de havresacs et de casques.
Inutile de dire que Napoléon III satisfit immédiatement aux demandes suédoises et que les deux missions furent admirablement reçues à Paris et à Sébastopol.
En même temps, les relations personnelles de l'Empereur et du Roi prenaient un caractère d'amabilité particulière.
M. deNieuwerkerke, surintendant général des beauxarts, ayant demandé au ministre du roi Oscar à Paris un portrait de ce souverain, le baron Knut Bonde, grand chambellan et le familier le plus intime du Roi, fut envoyé pour apporter le tableau. Cette première amabilité fut immédiatement suivie d'une seconde. Le baron Bonde était encore à Paris que l'on y annonçait l'arrivée de l'amiral Virgin qui venait remettre à Napoléon les insignes de chevalier de l'ordre des Séraphins. L'amiral apportait en plus deux lettres autographes du Roi et du prince royal ; un état de situation de l'armée, de la marine et des arsenaux de la Suède et de la Norvège, et le plan des chaloupes canonnières
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sans cale en usage dans les bas-fonds de la Finlande et de la Baltique.
Pour répondre à l'envoi de Tordre des Séraphins, Napoléon III décida de faire remettre au roi de Suède et à ses fds la grand'croix de la Légion d'honneur et chargea de cette mission le général Ganrobert que la guerre avait particulièrement mis en vue.
En l'informant de la mission qu'il lui confiait, l'Empereur mit lui-même son aide de camp au courant des événements que nous venons d'exposer, puis il s'ouvrit de ses projets. L'irrésolution du roi Oscar venait surtout de la crainte où il était de voir les Russes s'emparer de territoires convoités par eux depuis longtemps, principalement de la baie de Varanger, dans la mer Glaciale, position aussi riche au point de vue de la pêche qu'importante au point de vue stratégique ; car de cet endroit où la mer, abritée des vents du Nord, reste libre toute l'année, la marine russe aurait un débouché sur l'Atlantique.
« Le roi Oscar, dit Napoléon III au général Canrobert, est resté et demeure encore sous le sentiment de terreur que lui a produit l'autocrate, et par moments même il en arrive à demander la reconstitution du royaume de Pologne pour repousser au loin dans le nord la puissance moscovite. Cependant il consent à signer un traité par lequel la France et l'Angleterre lui garantissent, sans limitation de temps, l'intégralité des royaumes de Suède et Norvège.
« Ce traité prédispose la Suède à se joindre à nous. Que l'Autriche se déclare en notre faveur, et la Suède suivra immédiatement son exemple; mais, à défaut de l'Autriche, il est un autre pays dont nous cherchons
CANRORERT ET L'EMPEREUR. 17
depuis longtemps l'amitié et qui pourrait joindre ses troupes aux nôtres : c'est l'Espagne.
« La reine Isabelle n'a pas eu à se louer de la conduite du tsar Nicolas à son égard. Dans un accès de colère que lui causait la nouvelle de la proclamation d'un gouvernement constitutionnel en Espagne, le tsar a jeté son collier de la Toison d'or dans les fosses du palais, et c'était un joyau célèbre qu'avait porté Charles-Quint !
« Le ministère, ou du moins les maréchaux Narvaez et O'Donnel voudraient rendre à leur patrie son ancienne splendeur et en cherchent le moyen. Grâce à eux les pourparlers se poursuivent entre Londres, Paris et Madrid depuis un an et ils paraissent maintenant devoir aboutir incessamment.
« Nous sommes d'accord sur les bases du traité à signer. Le contingent espagnol sera de vingt mille hommes sous les ordres du général Zavala. Nous donnons les garanties demandées, particulièrement celles relatives à Cuba, dont la possession est sans cesse menacée par des expéditions de flibustiers organisées par de grandes maisons de banque ou de commerce des États-Unis : l'Angleterre fournira les bâtiments nécessaires pour le transport des troupes, et mon gouvernement a déjà promis de s'occuper du relèvement des finances de l'État, de la création des chemins de fer et de la surveillance des carlistes sur la frontière. Cette année les Pereire ont envoyé, à ma demande, MM. Bixio et Duclerc créer le chemin de fer du Nord de l'Espagne et le Crédit mobilier espagnol. Enfin j'ai prescrit l'établissement d'un cordon militaire le long des Pyrénées pour surveiller les carlistes m 2
qui menacent de s'agiter et font des démarches auprès du roi Bomba et du prince Gortschakoff, à Vienne, pour obtenir quelque argent et des fusils.
« La situation en est là. Aboutira-t-elle ? Le duc de la Victoire, Espartero, chef du Cabinet, paraît peu soucieux de voir se réaliser cette alliance qui profiterait à ses adversaires, les maréchaux Narvaez etO'Donnel; et les carlistes, par un soulèvement fortuit, obligeront peut-être les troupes espagnoles à une immobilisation sur l'Èbre.
« L'Empereur ajouta qu'il me chargeait en outre d'aller en Danemark m'entendre avec les amiraux des flottes alliées sur la campagne future, et remettre au roi Frédéric VII le grand cordon de la Légion d'honneur : dans cette dernière partie de ma mission je devais m'arranger de façon à laisser supposer la conclusion d'un traité avec le Danemark; puis l'Empereur changeant alors de ton et, souriant, termina ainsi : « Vous ne manquerez pas d'être insinuant, aimable et « galant; d'abord avec la Reine, qui est ma cousine « germaine; mais aussi avec la Reine douairière, la « veuve de Bernadotte, la reine Désirée, qui fut la « fiancée de mon oncle Napoléon Ier.
« A peine lui aurez-vous été présenté qu'elle vous » parlera de son hôtel et de son jardin de la rue .* d'Anjou (n° 61). Elle vous demandera si ses poiriers a ont eu de beaux fruits cette année. Ne manquez pas « avant de partir de vous faire faire, chez Chevet, une .» magnifique caisse de poires, et alors vous pourrez i» répondre à la Reine que, prévenant sa question, vous « aviez cru qu'il lui serait agréable d'avoir un échantilk Ion des produits de son potager, et vous lui remet-