PARMENTIER A VENISE
courir, eut-il atteint la voiture et sauté dedans, que le cocher, fouettant son cheval à tour de bras, partit à fond de train, laissant hurler les tedeschi.
Rentré à l'hôtel après un long détour, le commandant jugea prudent de filer par le premier train à Venise où il se rendit de suite chez notre consul, M. Herbet. Cet agent était à l'affût des moindres indices : au moment où le commandant arrivait chez lui, il venait de se procurer le rapport que des officiers du grand étatmajor prussien envoyaient à M. de Moltke sur l'armée autrichienne d'Italie qu'ils évaluaient seulement avec les garnisons à 100,000 hommes. Quelques jours auparavant, accompagné d'un ingénieur français, sous prétexte de visiter le bâtiment de guerre anglais le Terrible commandé par le capitaine Glass, il était monté dans les hunes d'où il avait reconnu toutes les nouvelles défenses élevées par les Autrichiens. Il était un point, cependant, sur lequel il n'était pas plus fixé que le général La Marmora et l'amiral Jurien de la Gravière, qui avait commandé l'année d'avant la croisière de l'Adriatique : c'était la profondeur des passes. Les parcourir en gondole et interroger les gondoliers fut le but du commandant Parmentier pour la journée du lendemain. Il obtint de cette façon tous les renseignements qu'il désirait, et il rentrait à Turin le 9 février.
Il eut, dès son arrivée, deux conférences avec les généraux La Marmora, Gialdini, Menabrea et le comte Pollon; le lendemain, M. de Gavour l'accapara dans un tête-à-tête de plusieurs heures, et l'interrogea sur une foule de détails; puis il lui déclara ne redouter qu'une seule éventualité, celle de la prise de Turin par les Autrichiens. « Il faut que vos troupes soien
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prêtes à accourir au premier signal, pour qu'elles devancent les Autrichiens à Turin. Insistez encore auprès du général Niel dans ce sens. » Et là-dessus, il congédia l'officier qui rentra en France.
Le général Niel est déjà revenu à Paris, et tous les jours il travaille avec l'Empereur. Il lui fait part des impressions qu'il a recueillies à Turin ; il fait grand éloge de l'armée sarde : « Le soldat est bon, discipliné et résistant. Les officiers sont instruits et distingués; presque tous appartiennent à la noblesse savoyarde ou piémontaise dont les ancêtres ont depuis huit siècles versé leur sang aux côtés des ducs de Savoie, et tous ne demandent qu'à suivre cette glorieuse tradition sous les ordres de Victor-Emmanuel qui est adoré de son peuple. L'administration est bonne, les magasins bien fournis; une seule chose semble manquer à cette armée : la confiance en elle-même. Les officiers et soldats, encore sous le coup de la défaite de Novare, redoutent de se retrouver seuls en présence de leurs vainqueurs ; mais doublés d'une armée française ils resaisiront leur moral et constitueront une armée de premier ordre. »
L'Empereur, dans ses conversations de tous les jours avec son aide de camp, laisse voir les difficultés qui viennent se dresser contre son projet. L'Angleterre devient de plus en plus soupçonneuse, et, ce qui est surtout grave, l'Allemagne prend fait et cause pour l'Autriche. C'est au delà du Rhin une fureur, une rage contre la Révolution italienne et les projets ambitieux du tyran français qui veut libérer un peuple.
Il me s'agit donc pas de s'engager à fond en Italie : on ne peut disposer sur les Alpes que de la moitié