‹ Le Maréchal Canrobert, souvenirs d'un siècleChapitre 94 sur 255 · THIERS ET NAPOLÉON III · texte numérisé non relu

THIERS ET NAPOLÉON III

de l'armée. Le reste formera une armée d'observation sur le Rhin, indispensable, en raison de l'invasion allemande qui se prépare.

La création d'une armée sur le Rhin amène l'Empereur à confier au général Niel qu'il a demandé conseil à M. Thiers. » L'historien illustre et national» s'est mis au travail ; il a eu plusieurs conférences avec M. Walewski qui est son ami intime ; ensemble ils ont compulsé la correspondance de Napoléon et examiné les cartes, et M. Thiers a mis sur pied un projet inspiré des quatre campagnes de Napoléon : Rivoli, Marengo, Austerlitz, Wagram. Sa conclusion se résume à ceci : « Pour réduire l'Autriche, il faut prendre Vienne, et pour atteindre ce but il faut, comme Napoléon, faire deux armées, l'une d'Italie, l'autre du Rhin, qui marcheront simultanément contre la capitale autrichienne. »

On sait aujourd'hui que le plan de l'empereur d'Autriche était également de mener une double campagne et qu'il préparait deux armées, celle d'Italie, déjà à peu près réunie, et une autre armée, bien plus considérable, à laquelle il espérait pouvoir joindre les contingents de l'Allemagne, destinée à opérer sur le Rhin, sous son propre commandement et celui de l'archiduc Albert.

Napoléon III avait donc raison à ce moment de tenir compte du conseil de M. Thiers.

Cependant, le général Niel est, justement, convaincu que les premiers coups seront portés en Italie et que la capitale du Piémont sera menacée; aussi apporte-t-il à l'Empereur, le 1er mars, un projet de concentration de l'armée en Italie : « L'armée piémontaise, dit-il, doit éviter tout engagement à condition

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de couvrir les débouchés des Français (Gênes et Suse). Elle devra avoir : 1° une division devant Gênes, à Novi; 2° deux divisions, à Casai et Alexandrie; 3° deux divisions, la cavalerie et les volontaires, sur la Dora, pour garder Turin et le débouché des Alpes par Suse. Il faut retrancher la position de la Dora, car c'est là que sont les plus gros dangers. D'après les généraux sardes, les Autrichiens ne peuvent arriver sur la Dora que huit jours après avoir passé la frontière. De notre côté, nous aurions en huit jours 48,000 hommes à Suse, et en quinze jours 132,000 hommes. Ainsi l'on peut conjurer le danger. »

L'Empereur, après avoir lu ce mémoire, murmure en remuant la tête : « Quand on demande un travail quelconque, il n'y a que des officiers d'armes spéciales capables de le faire ; mais si on donne un grand commandement à l'un d'eux, tous les officiers de troupe se mettent à crier. »

Gomme les prévisions du général Niel peuvent être inexactes ou exagérées, l'Empereur les fait contrôler par le général Frossard qui les discute dans une note datée du 13 mars. Il faut être cependant fixé d'une façon absolue, alors; le colonel Saget est envoyé pour examiner les débouchés des Alpes et pour régler les itinéraires des troupes, et l'intendant Ganderax est chargé d'étudier le moyen de les faire vivre durant leur passage. Tous deux doivent agir dans le plus grand secret.

Tandis qu'ils accomplissent leur tâche, il est d'autres officiers qui voyagent en Autriche et cherchent à s'informer des forces de notre futur adversaire. D'abord c'est le capitaine de vaisseau Roussin, le fils de l'amiral

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