‹ Le Maréchal Canrobert, souvenirs d'un siècleChapitre 95 sur 255 · MISSIONS SECRETES · texte numérisé non relu

MISSIONS SECRETES

Roussin, qui a forcé le Tage. 11 commandait la station navale du Danube; il est rappelé en France avec l'ordre de remonter le Danube, et il doit dans son voyage s'enquérir de toutes les ressources de l'Autriche et des préparatifs qu'elle fait. Et puis c'est le commandant Karth que nous avons vu si troublé devant l'Impératrice, qui est envoyé en Lombardie et dans le quadrilatère : il agira sous un faux nom et déguisé afin de se procurer des indications. Pour soudoyer des espions, corrompre de hauts personnages capables de lui livrer les secrets les plus importants et pour voyager et vivre lui-même, il a touché 1,500 francs. Réellement, on n'a pas été généreux!

Il semble qu'à la fin de mars et dans les premiers jours d'avril l'Empereur ait été plus préoccupé de diplomatie que de guerre. Pendant ce temps M. de Cavour, au contraire, se remue plus que jamais : tantôt il commande en France 80,000 mètres de drap, tantôt 10,000 carabines; tantôt, malgré le texte formel de la convention militaire, et au risque de blesser la Russie avec laquelle cependant il eût voulu s'allier, il appelle des volontaires de toute l'Italie. Ceux des diplomai s accrédités à Turin qui habitent la place d'armes voient chaque matin des gens d'assez mauvaise mine venir s'exercer au maniement des armes; tous ont à leur boutonnière une petite médaille sur laquelle est écrit : Unita delV llalia.

Ce sont les volontaires qui ont droit de parcours sur les chemins de fer sardes et sur la compagnie Rubattino et qui viennent s'enrôler. M. de Gavour compte que ces indisciplinés feront quelque coup qui contraindra l'Autriche à la guerre : il donne leur commandement

au général Gialdini, avec cette lettre : « Le général Cialdini opérera dans les Apennins de manière à contraindre les Autrichiens à l'attaque. Nous avons besoin de prouver à l'Europe que nous ne sommes pas provocateurs, mais, au contraire, que nous sommes provoqués. C'est la mission qui lui est confiée... Que voulezvous, cher général, pour soustraire la Péninsule à l'oppression, nous devons user de stratagèmes. Dorénavant notre but doit être d'amener l'Autriche à nous attaquer. »

Bientôt à Gialdini il substituera Garibaldi, qu'il fera nommer par le roi général-major. Il rêve des prodiges pour les volontaires : il dit qu'ils sont les petits poissons qui, dans la mer, précèdent toujours les bandes de requins... et plongé sur les cartes il étudie l'itinéraire qu'ils devront suivre : « Il faut que nous commencions et que nous ayons tiréle canon avant l'arrivée des Français, » répète-t-il.

Le mois d'avril s'avance. L'Empereur croit-il réellement à la paix, ou veut-il seulement calmer les colères de l'Angleterre et de l'Allemagne qui l'accusent des plus noirs desseins? En tout cas, il arrête les commandes d'approvisionnements, même les fournitures d'équipements et d'habillements pour les corps de troupes. Arrivé au moment de faire la guerre il hésite, il cherche à reculer le moment décisif ou à l'éviter comme un individu prêt au suicide, avant de se jeter dans un précipice sans fond, s'arrête, irrésolu, effrayé, pris de vertige, devant le vide.

L'hésitation toutefois dura peu, car L'Autriche par un coup de tête invraisemblable enleva à Napoléon III toute incertitude en déclarant la guerre au moment où

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