EN REVENANT
la Sardaigne acquiesçait aux demandes de pacification de l'Europe.
Pris à l'improviste, certes Napoléon Tétait : nul préparatif n'était fait, et bien plus, quoique Napoléon III eût pensé depuis longtemps à un plan de campagne, sauf à ce qui concernait la concentration de ses troupes, rien n'était arrêté sur la conduite de la guerre ; mais voilà que par le fait du hasard l'armée étant déjà en marche, il pense à s'adresser à un survivant de la grande épopée, au maître par excellence de la stratégie que l'on croit mort depuis longtemps et qui, en cette circonstance, apparaît comme un revenant sortant du tombeau pour apporter à Napoléon III le plan de la fameuse marche de flanc, par Magenta, sur lequel on a tant discuté depuis.
C'était le dimanche de Pâques, 24 avril, au sortir de la messe de la chapelle des Tuileries. L'Empereur, parmi les officiers venus pour lui demander à être employés à l'armée, distingue le commandant du génie de Gourville, arrivé de Rennes le matin; il va à lui et, le prenant à part : « Je voudrais bien avoir l'opinion du général Jomini, votre beau-père, sur les premières rencontres que nous allons avoir avec les Autrichiens qui sont sur le point de passer le Tessin et le Pô. » Le commandant de Gourville s'incline et se rend de suite chez son beau-père qui habite Passy, rue de la Pompe. Le général Jomini a quatre-vingts ans et il souffre chaque hiver d'une bronchite chronique qui le tient à la chambre; il lui faut cependant, étant général russe, pour satisfaire au désir de Napoléon III l'assentiment de l'ambassadeur du Tsar à Paris, le comte Kisseleff. M. de Gourville va immédiatement à l'ambassade d'où
il rapporte l'autorisation et le général Jomini se met au travail.
Il n'y a que trois opérations possibles : attaquer Plaisance par la droite pour y passer le Pô, ce qui est très dangereux; attaquer au centre, manœuvre compromettante et sans grand avantage en cas de succès; enfin marcher par la gauche et déboucher à Magenta en tournant l'armée ennemie : c'est le meilleur parti à prendre, et Jomini insiste beaucoup sur les chances de réussite qu'il présente.
L'Empereur, après avoir essayé successivement les mouvements prévus comme défectueux dans les deux premières hypothèses, renonça ensuite à leur exécution et se décida seulement, le 26 mai, à suivre le conseil du grand stratégiste.
Napoléon III ne voulait pas s'arrêter à la conquête de la Lombardie; il avait promis à M. de Gavour, à Plombières, de ne déposer les armes qu'après l'expulsion totale des Autrichiens de la Péninsule : « Il faut que l'Italie soit libre des Alpes à l'Adriatique » , avait-il déclaré dans sa proclamation. Mais la Vénétie avec son quadrilatère l'effraie; les derniers jours de son séjour à Paris se passent en conférences avec des amiraux. Il veut opérer un débarquement à Venise, et il ordonne de le préparer. Il commande des batteries flottantes et des canonnières armées de pièces de 24 se chargeant par la culasse sur le modèle de la Guêpe que les Parisiens ont admirée tout le printemps le long du quai de Billy où elle était amarrée. Cependant, au dernier moment, il suspend l'ordre du départ de la flotte, L'Angleterre est menaçante. Elle propose à l'Autriche de neutraliser l'Adriatique; plusieurs de ses bâtiments, à Gênes, ont