‹ Le Maréchal Canrobert, souvenirs d'un siècleChapitre 97 sur 255 · MISSION DU GENERAL FROSSARD · texte numérisé non relu

MISSION DU GENERAL FROSSARD

cherché, sous des motifs futiles, à empêcher ou retarder le débarquement de nos troupes que le roi Victor- Emmanuel attendait avec impatience. Si notre flotte paraît trop puissante, le gouvernement anglais pourra intervenir et s'emparer de la Sicile, de l'Egypte, ou s'allier à l'Autriche. « C'est même inévitable si vos succès sont par trop écrasants » , déclare lord Gowley.

Aussi Napoléon III se contente pour le moment d'envoyer quelques bâtiments rapides faire le blocus des ports autrichiens de l'Adriatique. La flotte partira plus tard lorsque l'armée, après avoir conquis la Lombardie, entrera en Vénétie. C'est donc la Vénétie surtout qui préoccupe Napoléon III, quand il part commander son armée.

L'imagination de l'Empereur a beau s'envoler vers les dômes d'or de Saint-Marc, la question la plus importante, pour le moment, est de savoir si les deux parties de l'armée française pourront se concentrer avec l'armée sarde et si celle-ci ne sera pas complètement mise en déroute par l'armée autrichienne avant l'arrivée des Français.

Sur les prières de M. de Cavour que le prince Napoléon transmet aux Tuileries, l'Empereur fait venir le général Niel, son confident ordinaire, le 23 avril au soir : « Vous allez appeler le général Frossard, vous lui donnerez l'ordre de partir ce soir même pour Turin. Le colonel Saget, qui y est déjà, a examiné la position de la Dora et déclare que, défendue par quarante mille hommes, elle est inexpugnable. En conséquence, il ira la reconnaître avec le colonel Saget et il s'entendra avec le général La Marmora pour la faire fortifier. Il mettra le maréchal Ganrobert au courant de ce qu'il

fera, lui communiquera ses observations et l'avertira des moindres mouvements de l'ennemi en lui indiquant ce qu'il jugera le mieux à faire. Il s'agit de sauver la capitale de nos alliés et de réussir à nous joindre à eux, et cette mission est si importante que je ne crois pas que le général Frossard puisse rendre un aussi important service pendant toute la campagne. »

Le général Frossard, le hussard de génie que nous avons déjà vu en Grimée, ingénieur admirable et superbe entraîneur d'hommes, donnant l'exemple du savoir, du courage, de l'entrain et de la persévérance, toujours au travail et au feu, sans jamais se décourager, est un grand serviteur du pays. On a cherché à le représenter comme un courtisan léger, lui qui, avec l'Empereur, était brutal de franchise jusqu'à être cassant. Au cours des événements que nous allons raconter, nous aurons l'occasion de montrer les services considérables qu'il rendit à son pays et de constater sa valeur incontestable, son honnêteté et sa rectitude de jugement. Lors de nos désastres, des accusations passionnées ont été lancées contre lui ; trop fier, trop sûr de sa haute valeur et de la netteté de sa conduite, il a dédaigné d'y répondre : il eût pu rétablir les faits et montrer sur qui devaient retomber les responsabilités que l'on cherchait à faire tomber sur lui. Il a eu raison de ne pas répondre, car maintenant l'histoire dégagée des passions et mieux instruite rend justice à ses mérites et à ses actes.

Aussitôt arrivé à Turin, le général Frossard se présente au général La Marmora et à M. de Gavour, et leur dit qu'il vient pour fortifier la Dora; le Roi en est fort étonné et il montre au général deux dépêches qu'il

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