A LA DORA-BALTEA
vient de recevoir, et dans lesquelles l'Empereur lui conseille d'abandonner la Dora et de laisser les Autrichiens venir jusqu'à Turin : alors c'est au tour du général Frossard d'être surpris. Gomment expliquer la contradiction des ordres qu'il a reçus l'avant-veille avec les communications de l'Empereur à son allié? Le général ne peut que s'en tenir à ses instructions ; il va donc dans la journée à la Dora, et, le soir, il rend compte au maréchal Ganrobert et à l'Empereur de ses impressions. La ligne de défense est bonne, mais trop étendue; elle est abordable sur trois points où Ton a accumulé des ouvrages défensifs « bien entendus et déjà avancés » . « J'ai proposé quelques ouvrages complémentaires, écrit le général Frossard au ministre, et mes indications ont été suivies ponctuellement et immédiatement. Il n'y a que 17,000 hommes en ce moment sur la Dora. Le général La Marmora espère en avoir 26,000. Si une division française pouvait y être le 1er mai, il est probable que les Autrichiens ne pourraient forcer le passage, et il ajoute : « L'Empereur a pensé qu'il convenait de renoncer à défendre la ligne de la Dora, sauf à laisser l'ennemi s'avancer jusqu'à Turin. Ce serait une détermination bien grave. Les Sardes ont adopté et fortifié cette ligne de défense ; ils y ont mis leurs troupes et ils y ont amassé des approvisionnements. La retraite et l'abandon de la capitale, sans lutte vigoureuse, serait d'un effet désastreux sur l'esprit de l'armée et de la population.
« Ces considérations sont pour moi une raison de plus de penser qu'on doit résister sur la Dora, et cette résistance peut se faire dans de bonnes conditions. Je serais heureux d'y prendre part. »
Ainsi M. de Cavour avait convaincu, entraîné et amené à ses idées tous ceux à qui il avait parlé. Le maréchal Canrobert, en arrivant avec les instructions de l'Empereur qui lui prescrivaient de rester à Suse, allait donc se trouver en présence du Roi, de M. de Cavour et des généraux français et sardes tous d'avis de défendre la Dora. Nous allons voir comment il les retourna et comment sa décision sauva Turin et l'armée.