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CHAPITRE VI

LE ROI VICTOR-EMMANUEL ET LE MARÉCHAL CANRORERT OU COMMENT TURIN FUT SAUVÉ

Le maréchal Canrobert part pour Turin. — II reçoit en gare les instructions du ministre. — Il ne doit pas dépasser Turin. — Il doit remédier au désordre, — Les Alpes. — Traversée du mont Genis. — Les Savoyards. — Rêveries. — Le lac bleu. — Le chevalier Clerc. — A Turin. — « Gomment va l'Empereur? » — Le roi Victor-Emmanuel. — Sa ressemblance avec Henri IV. — Sa haute idée de lui-même et de sa noblesse. — Y a-t-il eu substitution d'enfant au berceau? — Avec les palefreniers. — En bottes vernies dans un bassin. — La Rosina. — Le tambour-major des grenadiers de la vieille garde. — Adoration du clergé italien pour Victor-Emmanuel. — Un cabinet de travail transformé en tir au pistolet. — Sur la Dora. — Pigeons voyageurs. — Comment sauver Turin? — Le maréchal Canrobert décide un mouvement en contradiction avec les ordres de l'Empereur. — Une visite nocturne. — Décision prise d'accord par le Roi et le maréchal Canrobert. — M. de Cavour, habile acteur. — Le capitaine Brady. — Bonnets à poil et éventails en papier. — Le pensionnat de petites filles. — La graine d'oignon. — Trahisons et complots. — Dans un parterre. — Ginéas et Pyrrhus. — Arrivée du maréchal Canrobert à San Salvator. — Dans la voiture du Roi. — Un ver luisant pris pour un phare. — Les Autrichiens marchent sur Turin. — M. de Cavour furieux contre le maréchal Canrobert. ■ — Le Roi reste calme et M. de Cavour fait partir le trésor de Turin. — Le Roi d'accord avec le maréchal Canrobert, en désaccord avec M. de Cavour. — « Tâtez-moi ça! »» — La décision du maréchal Canrobert porte ses fruits. — Les Autrichiens renoncent à l'offensive. — Erreur fatale dans la transmission d'une dépêche.

Les troupes françaises étant en route pour franchir les cols des Alpes, le maréchal Canrobert résolut de quitter Lyon, où il se trouvait depuis quatre jours,

pour aller à Turin sur le théâtre même des événements. Il s'embarquait le 28 avril à sept heures du soir à la gare de Perrache, en compagnie du général Niel, du commandant Berthaut et du capitaine Gorbin, lorsqu'on lui remit un pli du ministre de la Guerre. C'étaient les premières et les seules instructions écrites et détaillées qu'il recevait. Elles méritent d'être reproduites :

« Paris, 27 avril 1859.

« Monsieur le Maréchal,

« Il est important que vous soyez fixé sur la part que vous devez prendre aux opérations de la campagne.

« La première question à traiter est celle du droit au commandement, dans le cas de réunion des troupes alliées. L'intention de Sa Majesté est que cette question ne reçoive pas de solution absolue, bien que Sa Majesté comprenne les avantages qu'il y a à laisser le commandement dans la même main; mais elle entend que vous prêtiez le concours le plus loyal aux généraux piémontais... Les circonstances auxquelles je fais allusion sont celles-ci : l'ennemi marche sur la Dora pour s'emparer de Turin.

« Si ce mouvement s'opérait avant la concentration de vos divisions à Suse, vous ne serez point en état de porter secours aux Piémontais.

« Avant toutes choses, l'Empereur ne veut pas que ses troupes soient engagées par détachements ou sans qu'elles n'aient reçu leur organisation complète.

« Jusqu'à ce jour il ny a pas eu de plan de campagne

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