IV
Li. ftABÉClAL OAVOCT.
iT!^ M. ^ pnDoe dX&slin;* deux secrétaires^ de li ■j-iiTinit ûfc» fèzn pvlèrMit successivement et iiec Oit rruiDi VÈMOÈOt. — Os exprimèrent Tun et Tautre J L^s gi'l iàlààH awver bataille, ne fûtrce que poor . L 'i.ij^cr ôt itifi arxDes. — L'un de ces orateurs' ayint ux-r >;a ôs^Ki^rî pi»iioncé quelques mots qui semli^iasoi ir^^ inifr atiaque contre M. le prince d'Eckionhlf :.£iiUr-:i « iSLtsL'd.tX $« levant immédiatement demaoda il ]»Lr:xti hvf»: EXie çrande viTacité.
^ :.: cl'^ £l£nc«ait point qu'on répandait dtoi ?*ij".? jt zcL-i qu'il n'était point disposé à se battre; que : f-ii.-. ziMt :rfàae calomnie contre laquelle il protestait îii ;.'z;s< îe^ 5:-.-v<s de son àme. — 11 ajouta qu^il oe it:=.i^ iki'^ kû ontraiie, qu a se battre et quïl était prêt i ^irr.* î»à '.aille dès le lendemain, si le gouvernement
vr.> :.Lr:lT^ ayant été prononcées avec beaucoup de ."ILt;:: et l'aoocnt de la plus grande loyauté, le duc i*.*:rkZi\è craint qu elles ne produisissent sur les =:f =:r:v5 du conseil un effet contraire à celui quil rij^i:>sjL:t désirer : il essaya, en conséquence, d emba^ rass^r le prince d'Eckmûhl, le sommant en quelque >: Tte de dire si. en demandant avec autant d^assurance à I:\rer bataille, il croyait pouvoir répondre de la tIctoire. . . — Ce sont ses propres expressions.
Mais le prince d'Eckmûbl, sans se laisser déconcerter par une pareille question, répondit: « Oui, monsieur le président: j ai une armée de 73,000 hommes, pleins de courage et de patriotisme, et je réponds de la victoire et de repousser les deux armées anglaise et prussienne,
> M. le comte Forbin-Janson et M. Thibaodeau. * M. Thihaudeau.
û je ne suis pas tué dans les deux premières heures.» Cette réponse fit une très vive impression sur le conseil, dont la majorité des membres aurait probablement exprimé une opinion conforme au vœu du prince d'Ëckmûhl, si M. Garnot, Tun des membres du gouvernement, n*eût pris la parole en ce moment.
M. Garnot, qui portait un habit de simple garde na* tional, tout couvert de poussière^ fil un discours dont M. Clément qui écrit cette note se rappelle entièrement la substance et même les paroles.
Il dit qu'il descendait de cheval et venait d'inspecter, pour la seconde fois, les travaux entrepris pour la défense de Paris; qu'il n'était pas suspect dans l'opinion qu'il allait exprimer, car il avait voté la mort de Louis XYI et n'avait à attendre que des persécutions et Fexil de la part des Bourbons qui, par l'appui des armées coalisées, étaient à la veille de rentrer dans la capitale. . . mais qu'il était Français avant tout, et qu'à ce titre il se croirait coupable, s'il conseillait une résistance qui serait inutile et aboutirait, en définitive, au siège de Paris *.
< M. de Chénier dans son Histoire du maréchal Davout, pages SiO et 611, donne une autre explication des paroles de Carnot, qu'il pense avoir été induit en erreur par les discours de son ami Fouché, lequel accusait afin de n*étre point accusé. Il n'est nullement bnpossible que cette version renferme la térité; nous croyons, cependant, devoir nous en tenir à Topinion discutée avec M. Clément [du Doubs) . Le prince d'Eckmûhl, en rentrant au ministère, agité, troublé, répondit aux questions de son fidèle aide de camp de Trobriand : « Personne ne veut prendre de responsabilité. Eh! bien, je la prendrai, moi, s'ils me laissent faire I » Hélas! Pourquoi le naréchal n'a-t'il point obéi à son instinct? Quelle page il aurait ajoutée à son histoire en rendant à la France le plus éminent serrice! H y a des heures fatales en lesquelles Tâme hésitante, par bonnéteté même, perd sa force et laisse passer Theure d'agir.
îv^ LE MâRÉCBAL DAVOUT.
11 repr^<enU avec beaacoap d'énergie la responsabilité qui pêserail sur ceux qui auraient exposé auxhorrvur» d'un ^ièçe une capitale renfermant une population aussi nombreuse, tant de richesses, de monumenls, etc. 11 ât entendre qu'il y avait trahison évidente, car Paris n'était défendu que sur les points où il ne pouvait être attaqué, et qu'il était absolument sans défense sur les points vulnérables. — D'ailleurs, les subsistances n'é* taiect point assurées et les approvisionnements de guerre manquaient tout à fait.
En cet état de choses et tout en rendant justice an patriotisme du prince d'EckmûhP, M. Gamot déclara que«en soc âme et conscience, il regarderait comme an crime d'avoir contribué à exposer Paris à un siège, attendu qu'il était sans défense.
Ces paroles prononcées avec calme et une véritable conriction. et surtout de la bouche d*un homme dont on connaissait l'austérité de principes et le dévouement à son pays, produisirent sur l'assemblée une vive et douloureuse impression. La délibération cessa à Tinstant et chacun se retira avec un profond sentiment de tristesse... Mais celui qui écrit cette note et qui siégeait entre les deux maréchaux d*£ckmûhl et d'Essling est resté convaincu de la loyauté et du patriotisme dn prince d*Eckmuhl et n'a pas douté un instant, après 1 avoir entendu, de sa ferme résolution de livrer bataille a'ïï y eût été autorisé. 11 est probable que tous les hommes graves et sans passion présents au conseilpa^ tageaient cette opinion.
M. Clément guidé par Tamour de la vérité et par ses
* Ce que la note ne dit pas, c'est que la trahison avait iadiqné &UI alliés les |>oiQta vuluérables de Paris.
NOTICES ET PIÈCES HISTORIQUES. i8l
sympathies pour le sentiment filial de M"' la marquise de Blocqueville,néè d'Eckmuhl, a rédigé celle note pour elle, mais non pour recevoir la publicité.
Signé : Cu.-L. Clément.
Paris, 20 juin 1855.
P.'S. Il n'est pas inutile d'ajouter, comme complément de cette note, que M. le prince d'£ckaiûhl, après avoir prononcé le discours mentionné ci-dessus, et comme ayant un pressentiment que sa conduite, pendant les Cent Jours, pourrait être incriminée, avait dit à M. Clément, en lui serrant les mains avec émotion : Je vous pji£, monsieur, de vous rappelé?* les paroles que je viens de faire entendre. Peut-être serai-je un Jour dans le cas d'invoquer votre témoignage, au sujet de ce qui se passe ici en ce moment.
Signé : Ch.-L. Clément.
En lisant cette note, un mot impossible à laisser passer inaperçu venant à me frapper au cœur sans troubler ma foi en Thonneur de mon père, je demandai des explications au doux et craintif vieillard qui avait bien voulu récrire pour moi \
> Quelques années plus tard, les obscurités de la note de M. Clément frappaient de même M. Quinet qui voulut bien me soumettre ses doutes dans une lettre datée de Veytaux, canton de Vaud, 14 décembre 1861 : « Il y a deux choses, me disait-il, qui détonnent dans cette note. Carnot fait entendre qu'il y a trahison et personne ne prend la parole pour lui demander de s'expliquer et de dire qui il prétend accuser *.
« Il déclare de plus que la défense est impossible et le maréchal,
* M. Quioet oublie que toutes les personnes présentes à la séance se nommaient tout bas ceux que l'orateur savait inutile de désigner.
« Carnot fit entendre quil y avait trahison évidente, cv Paris n'était défendu que sur les points ou Von suppomi
dont Topinion est tout autre, ne lui répond rien et laisse le coiu«l 86 séparer sur cette impression d'absolu découragement qui ne pouvait manquer d'aboutir à la capitulation. Peut-être M. Clément a-t il omis ou oublié, après quarante ans, quelques détailiqni expliqueraient les obscurités de son récit. »
J'ai dit plus haut comment j*interrog^ai Tezcellent Tieillard fçà. redoutait de compromettre son repos et d*arfliger quelques fitmilles en répondant plus nettement; cependant, pressé de qneitions, il me répondit un jour : « Chacun savait que le reproche de trahison s'adressait à Fouché, puis encore à un autre *. On croyait généralement que le sort de la France ne dépendait plus do sort d'une bataille. Carnot ayant parlé, le maréchal se rendit, mais nos pas sans avoir poussé le cri de lion aux abois {textuel) que j'ii pour vous écrit. >»
On avait démontré au prince d'Eckmûhl, à l'aide de trop éloquentes preuves, que Paris ne voulait plus de l'Empereur, et il avait fiai, assez justement, ce semble, par le croire. Les lettres de M. le général Haxo projettent quelque lumière sur cette heure sombre; nous regrettons de n'avoir pu les communiquer à M. Quinet, mail elles n'étaient point alors en notre possession. Elles répondent aux paroles suivantes, que nous extrayons de cette même lettre de l'illustre auteur de la Philosophie de V histoire.
« Mon récit est très bref, sans doute, mais j'ai craint en l'étendant davantage d'y mêler des faits incomplets que l'avenir achèvera d'éclairer. J'ai passé avec une extrême rapidité sur ces derniers événements qui m'étaient douloureux à moi-même, Après avoir cherché avec religion la vérité pendant de longues années, je l'ai dite telle qu'elle m'a apparu, avec regret, avec tristesse, car j'ea suis encore, madame, à regretter que le maréchal Davout n*ait paa entrepris de nous sauver sans Napoléon. Cette gloire était digne do tenter cette âme tière. Vous avez entrevu ma sympathie à travers les rigidités de l'historien, c'est là, en effet, ce que je désirais. »
Avant de continuer à citer M. Quinet, cette parole me remet en mémoire le jugement d'un autre historien que je transcris textuellemeni : «> A plusieurs points de vue, le héros d'Auerstaëdt, de tant d'immortelles journées, l'emporte même sur Napoléon. Son caractère était plus ferme, son jugement était plus droit et plus profond. Sa modestie égalait l'orgueil de Napoléon . Si, sous certains rapports,
* Le princ > de Talieyrand.
quil ne pouvait être attaqué et ie trouvait absolument sans défenses sur les points vulnh*ahUs, Trahison de la part de
•es facultés étaient moins brillantes, il me parait acquis à Thistoire qu elles étaient mieux équilibrées. Cette majestueuse figure, n*en déplaise à Tombre de Paoli, était encore plus taillée à l'antique que celle de Napoléon I*'. » Nous reviendrons maintenant à M. Quinet : « Je suis bien malheureux, madame, que tous ayes pu tous méprendre un seul instant sur la citation que j'ai faite de la lettre du maréchal BlOcher. Dieu merci, je n'accepte en rien les fureurs de langage du général prussien. En les rappelant, j*ai dit clairement qu'elles sont l'impression de la haine. Quant aux absurdes accusations de pillage, je les ai réfutées avec tant de force que j'ai pu craindre un moment de n'être point imprimé. Si j'ai rapporté les paroles adressées à l'envoyé de la Malmaison, j'ai aussitôt ajouté, ce que personne n'avait fait, que Napoléon a écrit plus tard, en quelques mots, à Sainte-Hélène, une défense du maréchal Davout*. J'ai voulu ainsi mettre impartialement la justification à côté du reproche ,
Permettez-moi d'ajouter que je n'ai jamais songé à traiter de parvenu un tel homme ; mais j'ai pensé comme vous, madame, et comme lui-même, que sa grande noblesse venait de lui. »
On sent vibrer l'admiration de M. Quinet pour le maréchal Davout, dans les trois longues et belles lettres que nous avons entre les mains, et nous avons la conviction que, si les papiers aujourd'hui déposés aux archives du ministère de la guerre lui avaient été connus, il aurait, avec bonheur, abjuré son erreur, afin de rendre justice à un grand patriote et à un véritable homme de bien ; car H. Quinet m'écrivait encore quelques jours plus tard, le 9, avec un réel amour pour la mémoire du grand soldat qu'il attaquait : « J'ai relu votre lettre la plume à la main; j'ai écrit, pour moi-même, en face de ma conscience, tout un cahier sur la situation, le caractère, les résolutions du maréchal, dans le peu de jours qui, après Waterloo, ont précédé la capitulation, et le résultat de ce nouveau travail est de me ramener à mon point de départ, j'arrive à la même conclusion : le marécha! a été enlacé par Fouché, le
* M. Saint-Denis, ancien valet de chambro de l'Eraperear, a légaé & la bihliothèqae de Sens le yolame des œavres de M. Fleury de Chaboulon avec les notes de TEmpereur, et le cri indigné par lequel il reproche à son ancien secrétaire des Cent<Jours • d'avoir calomnie tant de grands et illustret citoyens*'. •
• * Chercher à l'appendica. lettre D.
îU LE lASeCHAL DATQUT.
qui ? — De Foodié. marmium V. Oément. — Mais il ftizitici d'une disposition toote militaire. el Fonché ne cosnmindait pas les troopes. >
" Nul ne soneeait à accuser le maréchal Davoat, la C'jDTiction de sa loyauté était au fond de tous les cœurs, et. d'ailleurs. Camot, à llnstant même, venait de rendre au couraze et au patriotisme du prince d'Eckmfllil on éclatant hommase !. . . Fouché et çytlfues attires étaient an fond de la pensée de Camot qui, plus tard, ne ménazea plus ses paroles à propos de Fouché. >
M. Clément ne Toulait afiBiger personne et, s'il n*a rien émis qui ne sait la vérité, il n'a pas voulu troubler le repos de ses dernières années en disant toute la vérité. C'est ainsi que certains incidents, parfaitement connus des contemporains, se font obscurs pour la postérité.
lion par 1« serpent : an U«i d« n'éeovter qp» m gimode supériorité miliuire et morale, il •* cet Uiifé cmbamiser pnr les flleU des pT^m«es. Da jour oà il e«t entré en relnûons arec eu, il a perds ta force et sa roie.
Le récit de M. Clément pron^ne «ne èhose qne Ton Sfait
déjà araacée. qae le maréchal crojait à la TÎetoire, s*îl livrait la bataille. Poarqnoi n*a-t-U pas sniri son inspiration de soldat? Voila ce qne je me sais permis de déplorer et il le déplorait luimême, et cet area. plein de force, eoaTre miens, selon moi, sa mémoire que ne le feraient tons les plaidoyers de Thistorien*. •
Le prince d'Eckmûhl. en effet, regrettait parfois de n^aroir pas chasse l'ennemi des portes de la capitale; en lisant pins loin la note de M. Allart. on rerra que. dans nne antre occasion, le maréchal a eié au moment de recommencer la guerre, mais son bon sens, ion instinct politique, sa conscience surtout lui disaient : • A quoi bon?. . . Dans quel but taire couler de nourcan le sang de nos soldats?.. . »
* Chercher à Tâppendice. lettre P.
NOTICES ET PIÈCES HISTORIQUES. i85
Le fier honneur du maréchal Davout n'a pas daigné se défendre, il croyait à la justice de Tavenir et à la puissance du bon droit.
Le prince d'Eckmiihl pouvait en, effet, se renfermer dans un dédaigneux silence : c'est à l'histoire de le défendre. Napoléon, en ne l'attaquant pas, le justifie. Dans sa proclamation datée du golfe Juan, le !•' mars 1815, insérée au Moniteur du 21, l'Empereur ne craint pas de dire : « La trahison du duc de Raguse livra la capitale et désorganisa l'ai^mée... La défection du duc de Gastiglione livra Lyon sans défense à nos ennemis. . . La conduite inattendue de ces deux généraux qui trahirent à la fois leur patrie, leur prince et leur bienfaiteur, changea le destin de la guerre. » Plus tard, à Sainte-Hélène, il aurait parlé du troisième ingrat, si l'ombre d'un soupçon avait habité son cœur.
Maintenant c'est Fouché qui va servir la mémoire de celui qu'il avait envié et sans doute secrètement trahi. Nous allons transcrire quelques lignes d'une conversation du duc d'Otrante racontée dans les Soirées de S. M. Louis XVIIP.
N'employez, me fut-il répondu, ni Berthier, ni Marmont, ni surtout Ney. Le premier est nul, Tarmée regarde le second comme un traître, le troisième vous manquerait et répondra toujours à Tappel de Bona-
i Page 229, tome II.
:-«l EX l^BtCSAL DATOUT.
lasrj^ T:ii5 ^t^ t>D&i-:C. Tklor et Davoust*, « derf r-- irmu '*im: çEiaî ux aatrMw. . Si pourtant Sachet
Ajr*^ v^zîT 'iizé «* lune», noas dirons que. si le iLij^'2aZ biT^iit a été attaqué par quelques amis £•* M. Viit-i-r Ha^>. ou toîI eelui-ci invoquer les 3.Lr:îf** i I 3iîûtre de la euerre de 1815 conune un
« Lé ç^ayffal Haco. remplacé à ThionTllle par le rtz^nL Cnnû. après le débarquemeni à Cannes, est ziiz.i^ par le prixice dXAmnhL « Général, lui dit le zrji:«. T^ic^ liiez partir dans un quart d'heure ponr Tr::~7-Zf. t:ct le m*>nde tous t demande, la garnison, It-> zlz-Lii=.U. les autohtés et le général commandant :i ::-:>::z: il nV a qu'une Toix pour que tous en reprez.-is I-^ f :::Tr7n-*!nent: c'est un bel hommage rendu i T s :^'.e-:5 e: i ^otre conduite. • Lr >::.' zii^^e. le général partait pour ThiouTille'.
Pursque nous invoquons le bénéfice d*une parole de M. Vi:t.'»r Husro relative au prince d*Eckmûhl. nous demandons à citer une autre appréciation du poète philos^.'^phe. car elle a un rapport plus intimement prc'fond encore avec le maréchal Davout, quoiqu'elle semble d'abord ne le concerner en rien.
• ii y a des renommées qui trompent ; on ne sait
I Toujours cette même fiute Je la lettre S.
* Victor Hugo raconté, t*^ rolnme. paget 267 at 268.
pas toujours pourquoi de certains généraux, grands d^ailleurs, ont été si populaires.
a Turenne a été adoré de ses soldats parce qu'il tolérait le pillage : le mal permis fait partie de la bonté ; Turenne était si bon quil a laissé mettre à feu et à sang le Palatinat. »
L'histoire, aussi bien que Thumanité, a de ces aveuglements, on lit : Le bon Turenne. . . plus souvent encore, que le grand Turenne. .. et la sévérité de Davout, demeurée proverbiale, passe pour dureté!
Il y a positivement des personnalités auxquelles il semble difficile de rendre justice! Dans les Mémoires pour servir à r histoire de France ^ai 1815, livre remarquable, on parle de Tétonnante reconstitution de Tarrnée, on exalte les miracles opérés par le duc de Gaëte, ministre des finances, par le comte Mollien, ministre du Trésor, et une seule fois, sans le nommer, page 2S, on dit : « Le ministre de la guerre adopta la mesure de prescrire aux gardes nationales sédentaires de fournir cent mille habits et équipements pour Tarmée active. . . Tout le travail semble se faire de soi-même? On dispose, on organise. En deux mois le ministère de la guerre avait levé 414,000 hommes, près de 7,000 par jour. » Enfin le Mémoire ajoute : « Le comte Dumas avait porté la plus grande activité dans la levée de ces troupes, et, dans cette circonstance, il a bien mérité de la
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France. » Qui avait nommé le général Dumas? Le maréchal Dayout, son ami. . . le maréchal Davout qui est le nom véritable de cet on habile, ferme, énergique, que rien n'arrêtait quand il s'agissait du pays, de cet on incomparable, que j'ai retrouvé souvent dans le récit du siège de Hambourg! Mais ce récit-là le maréchal l'écrivait, et à lui seul le droit peut appartenir, quand il parle de lui-même, de ne point rendre à César ce qui revient à César.
L'auteur de ces Mémoires dit: « En 1809, le prince Charles, qui avait été battu à Eckmûhl et obligé de faire sa retraite, etc., etc.» Par qui le prince Charles a-t-il été battu ?. . . La haine envieuse est un grand hommage, et cet on, grandi encore par le silence de l'auteur des Mémoires, s'était heureusement déjà emparé de l'estime de tous les nobles cœurs. Mais attendez!... Voici le général Haxo qui dirige le système des fortifications de Paris. Il occupe Chaumont, achève le canal de TOurcq ! . . . Encore unhéros tombé des nuages : il est donc, en réalité, bien écrasant cet on pour que vous ne l'osiez nommer? Hélas! il a été un admirable ministre de la guerre, un grand organisateur, cet on, et si TEmperour, écoutant sa prière, lui eût donné un commandement actif, la bataille funeste de Waterloo aurait pu devenir une seconde bataille d'Âuerstaëdt! Je veux imiter mon cher héros et ne pas nommer
ceux qui ne furent point heureux \ mais supposezvous que lui eût laisser passer Bliioher?. . . Vraiment non ! Et combien différente eût été notre histoire, même notre histoire d'aujourd'hui !... Dieu seul sait ce qu'il veut, et sans répéter comme les Musulmans : « Ce qui est écrit est écrit, » je m'incline devant la sagesse mystérieuse dont les desseins ne sauraient être pénétrés par notre myopie morale, pas plus que les abîmes célestes par notre myopie physique.
Fidèle à notre système de donner le plus possible les pièces authentiques, nous faisons suivre ces notes de quelques extraits des procès-verbaux des séances de la Chambre de 1815*.
La séance du 33 juin est, d'ailleurs, d*un haut intérêt pour la mémoire du maréchal. Nous copions :
« M. le ministre de la guerre se présente dans TAs- (c semblée. Invité à monter à la tribune, il donne des « renseignements sur la situation militaire de la France,
1 Après avoir lu tout le long travail de M. le marquis de Grouchy, la conviction nous est venue que M. le maréchal de Qrouchy a scrupuleusement obéi à TEmpereur, dont le génie était certainement malade, comme le corps, au moment de la crise fatale de Waterloo. Nous dirons seulement que si à Eylau, si à Thann.. le maréchal Davout avait craint de désobéir aux ordres reçus, l'armée française était battue. Le maréchal comte de Grouchy, vaillant soldat autant que chef improvisé, a certainement fait tout son possible, et il serait aussi injuste de reprocher à un homme de manquer de génie que de reprocher à une femme de manquer de beauté.
* Voir les procès-verbaux des séances de la Chambre des représentants (du 3 juin au 8 juillet 1815), imprimés par ordre de la Chambre des députés, chez Henry, imprimeur de la Chambre, rue Oit-le-C<Bur.
ff desquels il résulte qu'une année de 60,000 hommes (c défend la frontière du Nord, qu*on peut la renforcer « d'un corps de 10,000, et la pounoir de âOO pièces de « canon.
« Le ministre donne Tespoir que des rorces res- « pcctables pourront appuyer utilement les négocia- « tions.
« Un membre désire qu'il veuille bien s'expliquer sur « le bruit qu'on a répandu d'une apparition de quel- <i ques troupes légères dans le voisinage de Laon.
« Le ministre répond que ces bruits sont aussi faux « que ceux qu'il a déjà démentis.
(( Un membre dit : que les communications tardives « faites à la Chambre, . . Aussitôt et de toutes parts, on « demande que l'orateur soit rappelé à Tordre.
(( Le ministre de la guerre veut expliquer qu'il n'a « mis aucun retard à communiquer les rapports reçus « de l'armée.
« On obseiTC au ministre qu'aucune explication n'est « nécessaire. L'orateur descend de la tribune.
« La Chambre arrête que le rapport des ministres « sera mentionné honorablement au procès-verbal ^ »
Dans cotte même séance, la Chambre décrète : « Les ministres actuels ont bien mérité de la pa* trie ; ils continueront leurs fonctions *. »
Un des membres de TAssemblée fait suivre alors ce décret de ces paroles : « Après avoir reconnu
* Procës-verbaux des séances de la Chambre dea représentants du 3 juin au 8 juillet 1815, pages 247 et 248.
* /6tV/., page 251.
que le gouvernement a fait tout ce qu'on pouvait » attendre de sa fermeté et de sa sagesse dans des circonstances aussi pénibles, la Chambre, passant à des considérations politiques, renvoie sa motion à une commission. » Un autre membre demande fc qu'une députation se rende à Tannée et lui u déclare que les représentants du peuple lui « seront constamment unis; un troisième dé- « puté souhaite que le témoignage de recon- « naissance soit étendu à tous les militaires. « L'ordre de rédiger une adresse en ces termes est « donné à une commission de trois membres. » L'adresse fut votée. On ne félicite pas une armée qui a si vaillamment défendu les approches de la capitale, on n'ajoute pas : « que c'est surtout à « Pattitude imposante de Farmée que l'on doit « d'avoir échappé à de grands malheurs et que « V armée a bien mérité de la patrie^ » sans qu'une partie du mérite de cette attitude ne remonte au chef.
Nous déplorons que les pièces relatives à la convention n'aient point été publiées sur l'heure comme le voulaient quelques membres malheureusement enchaînés par les scrupules des députés timides. Le résultat de cette publication aurait été d^épargner au général en chef la possibilité même d'une attaque.
Après une vive disctission, quelques représen^^
tants craignant le danger d'une députation directement envoyée à Tarmée, un des membres de TÂssemblée répondit que t armée devait être cmsidéi^e comme le premier appui de tindépendanct nationale, » et la députation fut décidément envoyée.
Une phi*ase de la déclaration des droits des Français rédigée en cette séance devrait être inscrite en lettres d'or sur tous les monuments de Paris. Voici cette phrase : « La liberté de chaque hidividu consiste à pouvoir faire ce qui ne nuit pas à autrui. » Ces mots remplaceraient triomphalement les paroles lugubrement railleuses de « liberté, égalité, fraternité, » providentiellement épargnées par Tincendie en 1871, sans doute à titre de cruolljB leçon I
Nous avons été charmée de trouver, dans cette même séance du S juillet, la proclamation de la commission du gouvernement français signée du seul nom du duc dOtrante!
La signature du prince d'Eckmûhl est également absente de la communication du gouvernement déclarant « que les puissances alliées se sont en- « gagées à replacer Louis XYIII à Paris et que le « Roi fera son entrée dans Paris le lendemain « 8 juillet. »
Le premier nom qui suit celui de Fouché est le nom de Caruot ; pourquoi n'a-t-on jamais reproché ni à Carnot, ni au comte Grenier, ni à M. Quinelte,
ni au duc de Vicence d'avoir participé à ce dernier acte du gouvernement provisoire, et a-t-on voulu en rejeter toute la faute sur le prince d'Eckmiihl, si ce n'est parce que Topinion publique est le résultat des frivoles et iniques mobilités de Thomme, cette inconséquence vivante dès qu'il s'abandonne à ses passions en repoussant le joug de la foi et de Thon* neur.
Nous lisons encore dans ce curieux volume, à la date du 1" juillet 1815 :
« Les travaux continuent: une foule de braves de « la garde nationale et des fédérés viennent aux avant- « postes affronter les périls. Le prince ministre de la « guerre, dans ces circonstances, a écrit à lord Wel- « lington une lettre conçue en ces termes :
« Mylord,
f< Vos mouvements hostiles continuent malgré les déclarations que les motifs de la guerre que nous font les souverains alliés n'existent plus, puisque TEmpereur Napoléon a abdiqué. Au moment où le sang est sur le point de couler, je reçois la dépèche télégraphique de M. le duc d*Albuféra, dont je vous transmets copie. Mylord, je garantis sur mon honneur cet armistice. Toutes les raisons que vous auriez de continuer les hostilités sont détruites, puisque vous ne pouvez avoir d'autres instructions de votre gouvernement que celles que les généraux autrichiens tenaient du leur. Je fais à Votre Seigneurie la demande formelle de cesser immédiatement toute hostilité et que Ton s'occupe d'un