‹ Le maréchal DavoutChapitre 12 sur 52 · IV. i · texte numérisé non relu

IV. i

arniisticc, en attendant les décisions du congrès. Je ne puis croire, Mylord, que ma demande restera sans effet; vous prendriez sur vous une grande responsabilité aux yeux de vos nobles compatriotes. Au reste, nul autre motif que celui de faire cesser Teffusion du sang, et rintérêt de ma patrie, ne m*ont dicté cette lettre. Si je me présente sur le champ de bataille avec Tidée de vos talents, j*y porterai aussi la conviction d*y combattre pour la plus sainte des causes, celle de la défense de la patrie, et quel qu'en soit le résultat, je mériterai, Mylord, votre estime.

i( Agréez, Mylord, Tassurance de ma très haute considération.

« Signé : Prince d'EcKMuuL. »

Nous ajouterons que, à la page 253 de ce même volume, à la fin d'un discours, sans nom d'orateur, discours repoussant les innovations comme dangereuses en ce moment, mais pressant la constitution d'une troisième branche du pouvoir législatif revêtu du droit de traiter avec les puissances et de prévenir ainsi de nouvelles calamités, on trouve ces mots : « Reste à remplir un devoir envers un homme qui fut proclamé grand, et que la postérité jugera. Au moment où il dépose le pouvoir suprême sans réserve et sans condition, la nation lui doit un témoignage de reconnaissance ; et peut-être est-ce à Ton des ministres auquel il a révélé sa pensée, qui la servi avec fidélité , mais qui souvent lui a déclaré que, avant tout, il se devait à son pays, qu'il sera

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permis de provoquer l'expression des sentiments de l'Assemblée. »

Ce témoignage nous semble hautement flatteur pour le maréchal prince d'Eckmiihl.

Au début de la séance du 29 juin, un membre anonyme, — aucun nom n'est cité dans ces curieux procès-verbaux, — « déclare qu'il est chargé d'au- « noncer à la Chambre que l'armée est nombreuse « et animée du meilleur esprit. »

Le 30, un autre membre vient dire «que l'armée « sous Paris a manifesté un dévouement sans « bornes à la patrie '. »

Un compte rendu du ministre de la guerre rassure l'Assemblée sur les dispositions de toute la France. Le 30 juin, un officier général arrivant du camp sous Paris, après avoir parlé de l'entrain des troupes, ajoute « que le ministre de la guerre a déclaré « que, depuis l'arrivée du coi'ps du général Van- <c damme, la défense de la capitale devenait moins « difficile, et qu'il était possible d'appuyer nos légi- « limes prétentions. »

En lisant attentivement l'adresse [irésentée au nom de l'armée (campée à La Villettc sous Paris), à la Chambre des représentants, pitîce datée du 30 juin i8io, à trois heures après-midi, je ne reconnais pas le style du maréchal, et j'ajouterai que

* Certainement M. Thibaudeau, d'après lea alleffations du maréchal Grouchy.

lîiO LE MARECHAL DAVOLT.

les maiiifestutions politiques des corps armés lui déplaisaient trop pour que celle-ci pût émaner de lui*. Cependant, les représentants « ayant

I Le prince d'Eckmûhl lisait d*ordinaire quelque papier que ce fut avant de le signer, et il en devrait toujours être ainsi, puisque le général Freissinet ne craignit pas de publier ane fausse adresse écrite par son ordre au-dessus de la signature du ministre. Le maréchal pressé d*aller examiner les positions de Tennemi, ayant changé quelques phrases de la copie qu*on loi apportait, recommandant de transcrire celle-ci textuellement, traça son nom au bas de la page blanche et se hdta de monter à cheval. Grande fat la surprise et Tiudignation du ministre, quand il découvrit Tinqualifiable transformation de sa pensée; son premier mouvement, qui avait ses dangers à une telle heure, fut de démentir ce manifeste ; puis il coDiptfi^ selon sa coutume, sur la puissance de la vérité pour rétablir les faits. Plusieurs généraux absents protestèrent, mais les envieux, les mauvai», en quête de toute tache à une pure renommée, crièrent bien haut; et plus tard les naïfs, qui écrivent l'histoire sans approfondir les faits, se chargèrent de propager les calomnies. Le tort du maréchal fut de se montrer trop fièrement dédaigneux et de permettre à l'Assemblée, contre sea idées, (le rédiger une adresse à Tarmée. Il y a des circonstances fatales : les ponts de Bezons et de Chatou sautèrent parce que le prince trEckmûhl conHa Texéculion de cet ordre à un de ses aides de camp; le pont du Pecq demeura debout, l'officier envoyé par le commandant de place de Paris n ayant pas su ou pas voulu obéir : BlUcher put donc passer.

Dans le tome II de ses Souvenirs militaires le général Berthezène dit que Tennemi n'eût pas osé se transporter sur la rive gauche de lu tSeine, en présence d'une armée de 80,000 hommes, s*i7 7i>i2/fU la certitude qu'il ne serait rien entrepris contre lui, « A la vue de cette manœuvre, Napoléon qui était encore à Paris, sur de battre Tennemi, demanda au gouvernement provisoire la permission d'attaquer, déclarant qu il déposerait derechef le pouvoir après avoir rendu ce service à la patrie; mais Fouché, dont la trahison était patente, se garda bien de le permettre. » A la page suivante, il dit que les maréchaux ne voulaient pas combattre; la note de M. Clément dément celte assertion et prouve que le prince d'Eïckmûhl avait eu au moins lu même pensée que Napoléon, celle de combattre el d * vaincre. Pur malheur Fouché réussit à endormir l'esprit de

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décidé d'envoyer à l'armée, en la personne de son ^hef, les sentiments qui ont éclaté dans la Chambre et dont tous les cœurs demeurent pénétrés

résiitance. Page 403, Berthezène prétend que les soldats se soulevaient et demandaient comment leurs bras étaient devenus inutiles à la défende de la capitale : ^ Ils criaient de toutes parts que leurs chefs trahissaient et s'étaient laissés corrompre à force d'or; ils publiaient le tarif de chacun d'eux et l'austère probité du maréchal Davout ne pouvait elle-même échapper à leurs soupçons. » Page 407, fierthezène dit : « Aussitôt que l'armée s'était trouvée réunie sous Paris, Davout en avait pris le commandement. On devait s*attendre à quelque acte énergique de la part du vainqueur d'Auerstaëdt, mais il n'en fut rien; il ne vit de salut que dans la soumission, et se chargea de l'obtenir : Fouché avait soufflé sur lui!,. . » Hélas ! le serpent charme lentement le lion avant de l'enlacer dans ses replis tortueux. L'esprit de Fouché n'avait pas soufflé sur Davout, mais sa finesse de renard, en flattant la passion du maréchal pour la France, en lui répétant sans cesse que la soumission aux Bourbons était l'unique chance de salut pour le pays, l'Europe ne voulant plus de Bonaparte, a égaré son jugement. A l'armée Je la Loire, livré à lui-même, nous verrons le prince d'Eckmûhl prêt à rouvrir le feu.

Qui n'a lu enfin cette lettre fière et superbe par laquelle, défendant les généraux et les officiers qui ont obéi à ses ordres, il appelle toutes les proscriptions sur sa seule tête. Encore une fois, et par esprit de parti, le général Berthezène est injuste en disant page 412 : « Le maréchal Macdonald remplaça Davout dans le commandement de l'armée. Ni les services que ce dernier avait rendus à la cause royale, ni la lettre particulière qu'il écrivit à Louis XVIIl et dont M. de la Roche-Aymon fut porteur, ne purent lui conférer la confiance du monarque pour l'exécution d'une si importante mesure, mais ils lui valurent la faveur de ne pas être placé sur les tables de proscription. »»

Ici la vérité a obéi à la passion : l'tsprit le plus sage ne sait point être juste contre ses sympathies blessées; le général Berthezène oublie que le maréchal Davout n'avait pas prêté serment au Roi et n'avait pas trahi sa foi. . . Il oublie encore le long exil de Louviers, la privation de traitement et les vexations de tous genres imposées à un grand Français qui souff'rait incontestablement plus pour la France que pour lui-même.

pour riiéroïque dévouement des défenseurs de la patrie et de Tindépendance nationale; » nous ne serions nullement surpris que les termes d'une adresse ainsi terminée : « L'inexorable histoire racontera un jour ce qu'ont fait les Bourbons pour se remettre sur le trône de France ; elle dira aussi la conduite de Tarmée, de cette armée si essentiellement nationale, et la postérité jugera qui mérite le mieux Testime du monde, » n'aient été secrètement portés par les royalistes intransigeants au compte du prince d'Eckmtihl et ne lui aient valu, le procès du maréchal Ney venant en aide, l'exil de Louviers.

Remarquons que la Chambre des représentants* le 4 juillet 1815, après la lecture de la convention signée des membres du gouvernement provisoire. bien loin de protester, applaudit aux paroles du général Solignac, qui demandait qu*un témoignage éclatant de la reconnaissance nationale fut donné nux défenseurs de la patrie.

11 faut qu'on sache, disait-il, que c'est à l'attitude imposante de Tarmée, que c'est surtout à la manière (font elfe a, hier matin, présenté la bataille aux ennemis, qu*on a dû ceCte convention que, la veille, on n'était pas sûr de pouvoir conclure.

Et cette proposition obtint l'assentiment successif des deux Chambres et fut convertie en loi.

Le S juillet, le ministre de la guerre, nommé commandant en chef de Tarmée de la Loire par un arrêté de la commission du gouvernement, adressait atkx généraux une circulaire' dans laquelle nous signalerons ces lignes :

Les ennemis nous étaient supérieurs en nombre, et cette considération n'eût point été un obstacle ; mais les forces considérables sur lesquelles ils pouvaient se replier rendaient le succès même sans objet, tandis qii*un manque de réussite compromettait les restes de

Tarmée, livrait la capitale à tous les désastres de la guerre, et pouvait amener un jour la destruction de cette ville où sont réunis tant de grands intérêts, de liens de famille et de monuments de la gloire des armes.

On a rejeté toute proposition insultant à Thonneur de Tarmée et fait connaître à Tennemi que, plutôt que d'y consentir, nous saurions user de toutes les ressources que peut inspirer une juste indignation. Mais on a accédé à celles que vous trouvez ci-jointes, qui sont honorables , et dans un rapport convenable avec les circonstances...

Et voilà l'homme auquel l'esprit de parti a reproché de n'avoir pas tout bravé pour livrer une inutile bataille!... Si le ministre de la guerre était sûr d'écraser Blucher, qui avait commis la faute de s'isoler, il ne le pouvait qu'en se mettant en rébel-

* Archive» du ministère de la gruerre.

eoo LE MARÉCHAL DAVOLT,

lion contre lo gouvernement. Où aurait-il trouvé un appui ? Près de l'Empereur ? Il avait abdiqué !. . . Près des Bourbons? Certainement non. Le maréchal aurait donc dû pactiser avec Tanarchie, et c'est ce qu'il ne pouvait vouloir!... Nous saluons cette phrase du livre de M. de Chénier* intitulé Y Histoire du maréchal Davout, car elle est la vérité: « Lo prince d'Eckmiihl, comprenant peut-être seul alors rhonncur de son pays, eût été taxé d'être le suppôt de l'anarchie, Tinstrument des masses populaires, et ceux qui ont blâmé son inaction eussent été les premiers à lui reprocher le sang qu'il aurait fait couler. )î

En se retirant, le prince d^Eckmuhl songe à tout; il fait distribuer la gratification d'entrée en campagne aux officiers de Tannée de la Loire et ordonne, pour le sauver, d'emballer le musée d'artillerie, do le placer au milieu de l'armée jusqu'à ce qu'on ait pu le diriger sur La Rochelle. L'argent manquant, on allait abandonner ce projet, quand M. A. Montessuy, l'un des munitionnaires de l'armée et le fournisseur de l'hôtel des Invalides, vint apporter au ministre les 30,000 francs nécessaires pour rembaliago du musée, sans savoir si jamais il pourrait rentrer dans cette somme ; il faut avouer que de pareils dévouements à la chose publique sont trop rares !

« Pag»» 270.

Le fait suivant était raconté par M. Allart, administrateur des lignes télégraphiques, mort à Paris en 1852.

En 1815, lors du licenciement de Tarmée de la Loire, M. Allart, alors fort jeune, était employé au Conseil d'État et fut chargé de porter une dépêche importante au prince d'Eckmiihl, dont le quartier général était à Orléans : il partit à franc étrier.

L'armée française qui occupait la rive gauche de la Loire n'était séparée que par le fleuve de l'armée ennemie qui campait sur la rive droite, et la tente du maréchal était dressée tout près du pont d'Orléans dont 1-artillerie française défendait les abords, tandis que, de l'autre côté, la rive et la tète du pont étaient garnies de l'artillerie ennemie.

C'est ainsi que M. Allart atteignit la rive gauche et le quartier général de l'armée française. Il fut immédiatement introduit dans la tente du prince d'Eckmiihl, auquel il remit la dépêche dont il était porteur.

Pendant que le maréchal lisait, le jeune messager l'observait avec attention et il éprouvait une impression étrange et même un grand désappointement. Il se trouvait en présence d'un des plus illustres guerriers de ce temps héroïque^ et rien dans l'apparence du maréchal ne révélait yn des vainqueurs de l'Europe. Il était assis devant une table de travail , le front soucieux, courbé, on pourrait dire affaissé, et son regard impassible parcourait lentement la dépêche.

Après l'avoir lue, et sans lever la tête, il dit : « C'est bien; reposez-vous, et dans deux heures, soyez prêt î\ repartir. »

M. Allart ne bougeait pas.

« Est-ce que vous ne m*aTez pas entendu? reprit le maréchal d'un ton brusque accompagné d'un regard sévère.

— Je vous demande bien pardon, monsieur le maréchal, lui répondit le pauvre courrier improvisé qui pouvait à peine se soutenir sur ses jambes ; mais je prendrai la liberté de vous faire observer que je ne suis pas militaire, encore moins cavalier, et que je suis incapable de repartir à cheval.

— Eh! bien, dit le maréchal, on vous donnera une voiture. »

En ce moment, un grand tumulte se fait entendre autour de la lente. Un aide de camp entre précipitamment, tout essoufflé: «Monsieur le maréchal, s*écrie-t-il un bateau rempli de blessés français descend la Loire se dirigeant vers le quartier général : les Prussiens lui ont ordonné de s'arrêter, lui défendant le passage, et menaçant de le couler bas s'il fait un pas de plus. »

Alors, dit le narrateur, je fus témoin d'une scène que je n'oublierai jamais. Le maréchal se lève. D'un bond il est hors de sa tente ; il me semblait qu'il avait dix pieds de haut ; il s'avance tète nue> et, d'une voix de stentor : « Ganonniers, à vos pièces I »

« Monsieur, dit-il à l'aide de camp, franchissez le pont sans perdre une seconde, sans formalités quelconques ; criez au bateau de continuer sa route et dites aux Prussiens que, si le moindre obstacle est opposé, j'ouvre le feu. . . »

Quelques minutes après, ajoutait M. Allart, tout bruit avait cessé; les canonniers avaient éteint leurs mèches, le bateau ayant passé sans plus d'obstacle ; le maréchal était rentré chez lui et j'attendais ses dépêches; mais

j^éiais moi-même tellement surexcité que je crois que, s'il Teût fallu, je serais remonté à cheval *.

L'amitié que veut bien me porter la veuve de mon vieil ami, le baron Baude, Ta engagée à me communiquer quelques lignes de réponse à M. E. Quinel, que nous donnons ici avec reconnaissance et aussi avec bonheur : ces pages n*ont été ni publiées ni même terminées, mais elles émanent d'un homme qui savait voir et comprendre.

Laissons parler M. le baron Baude :

Quand une erreur historique est mise en circulation par un écrivain sans conscience et sans consistance, il est permis de la négliger ; quand elle se produit sous le patronage d'un homme du talent de M. Quinet, il est du devoir de quiconque aperçoit la vérité de la dire, et du devoir de quiconque a concouru à la propagation de Terreur de se prêter à la rectifier. Voilà pourquoi je m'adresse à vous avec confiance pour le rétablissement de la part qui revient au maréchal Davout et non pas Davoust, dans les événements qui s'accomplirent en 1815 entre la bataille de Waterloo et la rentrée du Roi Louis XVIll à Paris. M. Quinet, dans le remarquable récit inséré dans la livraison de la Bévue du !•' octobre dernier, n'a point parlé du maréchal d'après les documents originaux, mais d'après les bruits que firent circuler dans ces temps d'orage, Fouché d'abord, très habile à semer la méfiance et la discorde là où rien n'était possible sans confiance et sans union; puis, après Fouché, des personnes intéressées à donner à

1 Cette note a été écrite à ma demande, sous la dictée de M. Allart.

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leurs faiblesses des excuses et des complices. Ces bruiU, plus ou moins fidèlement recueillis, passent à la postérité et; s*il faut le dire, M. Quiuet, en les acceptant, a pour complice celui-là même qui en est la victime. Fier et réservé, nul n'a jamais tant observé que le maréchal Davout la maxime : « Fais bien et laisse dire. » Témoin de la préférence avec laquelle la multitude accueille le faux qui la flatte et le mauvais qui la perd, il professait pour elle un dédain qu'il étendait beaucoup trop loin et n'a jamais daigné répondre aux nombreuses imputations calomnieuses dirigées contre lui.

11 a beaucoup travaillé, mais pour sa famille et pour lui, et n'a pris la parole qu'une seule fois en 1814 sur Tordre formel que lui donna, au nom du Roi, le ministre de la guerre, de s'expliquer sur les accusations dirigées contre sa défense de Hambourg. Sa lettre au Roi est un chef-d'œuvre de clarté, de simplicité et porte une irrésistible conviction dans les esprits les plus prévenus.

La défense entreprise par mon vieil ami finît là; nous la compléterons en donnant la lettre adressée au ministre de la guerre de la seconde restauration par le maréchal prince d*Eckmuhl : elle le défend mieux contre la calomnie que ne le pourrait faire aucun écrivain.

LK MARÉCHAL PRINCK d'ECKMUHL AU MINISTRE DK LA GUERRE.

Bourges, le 27 juillet 1815.

Monsieur le maréchal,

11 vient de paraître ici une ordonnance à laquelle est jointe une lisle de pros(*ription qui a été criée et vendue

NOTICES ET PIÈCES HISTOHIULES. "iOo

publiquement dans Paris. Si je devais faire quelque foi, monsieur le maréchal, sur tout ce que vous avez dit aux généraux Gérard, Kellermann et Haxo, et que je rapporte ici : « Que Tarmée fasse une soumission pure et simple: comptez que le Roi fera plus que vous ne désirez; » si je (levais ajouter foi à ce que m*ont dit les différents officiers que vous m'avez envoyés, notamment M. Warin, votre aide de camp, qui m'a assuré, ainsi quà tous les généraux et officiers qui se trouvent au quartier général, « que Votre Excellence serait chargée de nous assurer que ces bruits, répandus relativement aux proscriptions annoncées, étaient tout à fait faux; qu'aucune persécution n'aurait lieu; que, dans les circonstances actuelles, quelques personnes seulement seraient momentanément privées de la faculté de rester à Paris et d'approcher du Hoi. »

Je me suis empressé de faire connaître ces détails dans toutes les divisions, pour détruire le mauvais effet qu'avaient produit des listes de cette nature que l'on avait déjà reçues, et des avis que plusieurs officiers généraux avaient eus de leurs familles, de perquisitions faites dans leur domicile à Paris.

Si je devais, dis-je, ajouter foi à tous ces discours, je devrais supposer que cette liste de proscription est fausse et seulement l'effet de la malveillance. Vos discours, monsieur le maréchal, sont rassurants, mais trop d'indices prouvent qu'ils sont dénués de fondement et que Votre Excellence a peut-ôtre été elle-même induite en erreur, et qu'il est évident que l'on va ajouter à tous les maux qui pèsent sur notre malheureuse patrie les vengeances et les proscriptions. 11 est de ces dernières contre l'injustice desquelles j'ai personnellement

sm LE MAftL«.flAL DaVOITT.

L :*!i:\ihJi*^': >t ^ .i;?. ôtst^ Fartic^ f. le» iiom> des gélitT^n *1lLt. «jnoKXT. C3aaMi d Laborde. S'Qs v sont n^* >.•!.* ^iiu ?-.>ifCcxk «B pmâ. Saint-E^priL, à Lyon, £r>roeATX -K T :«lj:ic«^. c «$4 lae eineor. puisqu'ils nont !àr. rL >i»KJ ux i-rcne^ que je l«iir ai adressés en ma c ..Li:^ Crfr siSii?i:«t ôf li jpKne. D faot donc substituer

La sjfsM' lÔD^njiùi'iL peot >*ap|iliqi]er au général AL.i. ï .. c^ p>:«s-rr.t pc^r sa<»Ddaite à Lille: au Cvî . irel Muô: 1. p>ar ccùc qull a leoue à Valeociennes; ku zéii ^ràl LaicaT*}^^. qui ne pjurail aT*>ir contre lui que «a pa*:ir-.-at:«:*zi de la Tendée.

Je ^'.'i? ^c: «.-rite liste le Dom de Dejeao fils : jMguore >i on a Toulu parier du ^néral Dejean* fils de Finspecleur jjféDéral du sénie. Si on Toit un pareil nom sur une litU de pn>scnptiun. il n*y a pas de raison pour que t'ju^ n'y > i^rnt mis. puisque cet officier général était en inactivité de semce à rêp]K]ue du 24 oiars, et qu'il n'a fizuré dans aucun acte.

Ne prenez pa<. monsieur le maréchal, ces réflexions comme étant dictées par l'humeur. Elles sont Teffet de la profonde douleur que j'éprouve pour les maux qui vont foudre sur notre malheureuse patrie.

Du reste, l'armée est soumise, et j'oserais répoudre que tous les ordres que vous donnerez de la part du Roi seront exécutés avec abnéf:ation et dévouement.

Vous connaissez assez l'armée française, monsieur le maréchal, pour savoir que la plupart des généraux qui sont indiqués dans les ordonnances du Roi, du 24 juillet, sont distingués par de grands talents et de bons services.

Le général Drouot, qui y figure, a toujours mérité, par son caractère et ses vertus, l'estime générale.

Puissent ces réflexions, monsieur le maréchal, porter Votre Excellence à faire les plus vives représentations au Hoi à cet égard.

11 ne me reste plus qu'à réitérer à Votre Excellence que je donne définitivement ma démission de général en chef, et la demande que je lui ai faite d'envoyer ici des commissaires pour Texécution des ordres qu'elle a donnés et sera encore dans le cas de donner pour la dislocation et le licenciement de Tarmée.

Plusieurs généraux proscrits connaissent maintenant le sort qui les attend, et vont prendre le parti de s'y soustraire.

Puissé-je attirer sur moi seul tout l'efl'et de cette proscription ! C'est une faveur que je réclame dans l'intérêt du Roi et de la patrie.

Je vous somme, monsieur le maréchal, sous votre responsabilité aux yeux du Roi et de la France, de mettre cette lettre sous les yeux de Sa Majesté.

J'ai l'honneur d'être, monsieur le maréchal, avec une haute considération, votre très humble et très obéissant serviteur.

Le maréchal de France, Prince d'ËcKMUHL.

A la suite de celte belle et lière lettre qui défend hélas ! tant d'ingrats, nous croyons devoir donner quelques pièces, à peu près toutes inédites, qui sont de nature à éclairer Fhistoire, car elles disent ce qui a été, et non pas ce que Técrivain, selon que souflle le vent de sa fantaisie, veut qui ait été I

'im LE MARÉCHAL DAVOUT.

LE MARÉCUAL DAYOUT, PRINGK d'eCKMUHL, AU MARÉCUAL OUDINOT, DUC DE REGGIO'

Paris, ^1 marg 1815.

Mon cher maréchal, tu dois connaître et tu as pu juger par les pièces publiées les événements et leurs résultats.

Il faut que tous les Français se rallient pour prévenir la guerre civile et repousser Tétranger. Ce n^est pas dans le cœur d'Oudinot qu'il est besoin de rappeler ces sentiments. Je suis informé par un général, que nons estimons Tun et Tautre, que séparé de la garde àChaomont, ton unique dessein était de reporter sur les places frontières, déjà menacées et convoitées par Tétranger, les troupes que tu avais déjà mises en mouvement sur une autre direction : j*ai reconnu dans ta résolution de ne souffrir, sous aucun prétexte, une invasion du territoire, ton dévouement à l'intérêt commun de la patrie.

Les ordres que je te transmettrai de la part de rEmpereur n'auront d'autre motif ni d'autre but : il me tardera, et comme ton ami et comme ministre, d'en pouvoir donner, je dirai mieux, d'en réitérer l'assurance.

Amitiés.

Le maréchal prince d'EcKMùuL.

i Nou.s (levous la conimuuicutiun de ces quatre lettres à la ;/rucieusc uliligeancc <lc M">c Perron, tille du maréchal duc de Uoggio.

LE MARÉCHAL OUDINOT, DUC DE REGGIO, AU MARÉCHAL DAVOUT, PRINCE d'eCRMUUL

Mars 1815, Metz.

Mon cher maréchal, en retournant sur nos places fortes, je n'ai eu, ainsi que tu le juges bien, d'autre but que celui de les conserver à la France, et d'employer tous mes moyens pour que Télranger n'y pénètre sous aucun prétexte, môme en petite portion. Ses menaces sur la frontière viennent de me porter à les déclarer en état de siège ; et ce, après avoir pris Tavis des notables civils et militaires qui, en assemblée, ont arrêté unanimement qu'il y avait urgence.

Me voilà donc bloqué, au milieu des partis, et dans une situation pénible à soutenir, par la divergence des opinions. La Providence et leur confiance me sauveront, j'espère, de ce pas. Quant à mes principes, tu les connais, mon ami, et tu ne te compromettras jamais en en répondant, car ils sont aussi purs que les actes de toute ma vie.

A propos de cela, je reçois du général Loison une lettre curieuse : il me mande, entre autres choses, que TEmpereur, se souvenant de mes vieux et loyaux services, oublie le passé. Oh I je demande en quoi l'Empereur aurait à me reprocher; car, outre ma conduite entière pendant son règne, ma fidélité constante ne lui a rien laissé à désirer de moi. Depuis, je suis fidèle à mon nouveau maître ; il n'y a pas lieu à me faire entrevoir une grâce, dont, d'ailleurs, je ne voudrais jamais, si j'avais été un instant coupable ; car l'existence me serait à charge, si elle était entachée

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