‹ Le maréchal DavoutChapitre 18 sur 52 · ANNEE · texte numérisé non relu

ANNEE

Avant de revenir, pour ne plus les quitter, aux papiers intimes du prince d'Eckmiihl, nous avons pensé qu'il était bon de publier les documents officiels en notre possession, une connaissance plus grande des circonstances auxquelles les lettres du maréchal à sa femme font allusion étant de nature à en augmenter l'intérêt.

Le maréchal, après son retour de Hambourg, a si peu quitté la maréc^hale que nous n'avons, pour ainsi dire, aucune lettre de Tannée 1814; les deux ou trois billets qui portent cette date nous ont, cependant, paru dignes d'intérêt par le calme dont ils témoignent, et nous les donnerons ici. Quelques lecteurs se souviendront peut-être de Fimmense succès d*un article publié dans la Revue des Deux Mondes, par M. Guizot, sous le titre quelque peu

décevant de L'Amour dans le Mariage, car soûl le titre parlait d'amour. Cette autobiographie du maréchal Davout, écrite, à son insu, par lui-même, aurait certes de grands droits à un tel titro. Les lettres que nous publions donnent hautement raison à celte parole d'une étude que Ton a trouvée 1res audacieuse : << L'homme a besoin de s'appuyer eu paix aux nobles amours pour pouvoir se dévouer librement au devoir, et se jette plus vaillamment dans les grandes luttes de la vie, quand il sait qu^un lovai sourire l'attend chez lui *. »

Les pages qui composent le présent livre prouvent avec une irréfutable éloquence que cette étude', en exaltant la bienfaisante puissance de Taraour dans le mariage, ne racontait, en somme, que le poème intime d*uu grand soldat et d'un grand caractère, sous le voile de Tanonvme.

Nous espérons que les dupes innocentes des faux ju&rements émis sur le maréchal prince d'Eckmuhl, en lisant les lettres rapidement écrites par lui à sa femme sous l'impression des sombres jours de 18U et 1815. se transformeront en amis de la mémoire d un homme qui appartient désormais k Thistoire. Les derniers malveillants ne sauraient plus être que des jaloux, se refusant, de parti pris, à laisser pénétrer la lumière dans leur esprit.

LE MARÉCUAL DAYOUT A LA MARÉCHALE.

Savigny, le 14 décembre 1814.

Frédéric ne m'a pas rapporté de clef, ma chère amie; il retourne à Paris demain avec mes chevaux de selle : je désire que tu trouves h t'en débarrasser bien promptement.

Je ne t'envoie plus de lettre pour le payeur pour mes appointements, Guerrier m'ayant dit que c'était inutile.

Je désire bien apprendre, mon Aimée, sinon la vente de notre hôtel, au moins la certitude que tu le vendras : trouves-tu î\ te défaire de notre argenterie?

J'envoie mille caresses à nos petites et à leur excellente mère; je ne supporterais pas longtemps sans toi, mon Aimée, la solifude. C'est ce que j'ai éprouvé aujourd'hui. J'ai, depuis que je suis réuni à toi, contracté le besoin d'être près de toi : reçois l'assurance de mon amour.

Les joies de la famille, du home, endorment les tristesses de ce cœur généreux qui écrit à sa femme, après seize ans de mariage, en véritable amoureux.

Le 15 novembre 1814, de Savigny, le maréchal adressait à sa femme les lignes suivantes qui nous semblent faire également honneur aux deux époux :

Je partage tout à fait, mon Aimée, ton opinion sur

^ IjLli'liAL JaTôCT

r*. iLr^jh: uur «. iiisï-duiwaiL II i'^Lj* ^•i-^lc la faire. J -Il eirr^r ■jariii^'f jtiîiïU:* «17 I»* 3»*-Li.-r: ZLiiï nos opi-

ik::— #r. J^î îïiL- t à-Tir. itn.-îi rK ;:'L rn-e j* doi> faire i^"i=;' ftii nu* le TiiT^aïi*. Ti zk tjt •!:> rit-n de me> ij,:. iriû«Tit*qK*. i* bîsr?t ]it**a >:'ir îr lirtr de g^oe. ri j. -r- î.iiâiae. Iïïa«»r«eî-a T^a.!.*^ ;.:- îMel. lonar-

?'Lj m aL^iirr-Hm**!" ht r»>j*r^ el: -laiiTtur, et plus ; ir^ ^«i.TT.ii.-*. kx !-.a:nir?- *'k:!^«:cr la teadresse du HsLT^iîii*. I«iJ:^ :t*o* 3bkEf^ àèîire- AÂn que M. de i*^r.iL*ir uz î** 5:raik:s«e p«:<]it d'une nêi^rfiHMation a.-.Trr:aua»f. j* jrâ*:* >rEi(kniâhl envoie à sa frTTTT'f rri i.»* îizflrï^î «cerner d'écrire, une page : ^ -i jr.rf ir <îr:>fr- r *u> .'"•»i-/./»irr^. afin de lui

^*l:I.^ i;-^::f- •^:<tde* 1-e* teltres de celte convspoDliz.<^ fwrr ''rf-r? •f-i C9*>ddieiuie ne sont point égra- IfZL-f-: rî-ntr^r-ir-t?*. mai* efles acquièrent un irii-i rrli lif l-eur multiplicité et leur unité de ^' •—--:>■ •.>!. -r -.vniraizit pas sa nature pendant -.1 riin cr Krî^ie. et Time noble, grande, affec- --T-5-7. pe^'or-z^ssAnte. et même tendre, qui léni^nf AÎ-sî niîvement d*elle-mème et de son :L'i~iJ!irlr \Kzrz^ dans toutes les circonstances, ^ Ai"-:: A 2<i oAU5^ Irs ciPUTS Capables de sentir, les

esprits dignes de comprendre, et finit par inspirer d'enthousiastes sympathies.

Pour l'observateur, rien n'est insignifiant en fait de nuances, et nous ferons encore une fois remarquer que, si le prince d'Eckmùhl néglige rarement de dire : « ton hôtel, ton Savigny, ton argenterie^ tfis chevaux, » jamais il ne manque à répéter : « Jios enfants. » Il se sert même du pronom possessif personnel avec une tendresse jalouse, et, plus d'une fois, nous avons lu avec une bien vive émotion : « Mes enfants. . . , ma Joséphine. . . , ma Louise. »

Les lettres du maréchal à sa femme se font rares en 1815, et, cependant, les deux époux se voyaient peu fréquemment; les nécessités du service ayant obligé le prince d'Eckmùhl à habiter le ministère de la guerre, et la maréchale étant demeurée dans son hôtel de la rue Saint-Dominique. Nous transcrivons avec respect ces paroles d'un billet daté du 30 juin 1815 : « C'est le plus grand sacrifice que je puisse faire à ma patrie, que de ne pas m'occuper d'un être qui m'est si cher. » La France avait besoin de tous ceux qui pouvaient la servir, et le maréchal était tout à la France.

LL U.a£*:iAL DAVOTT.

Z-n 3iiiii:Kîer? it ia pt/àm^ fe iS avril 181a, le nar^-OiaL ru * -ftst e>j«diê à trob heures du malin

-<; irni!*» ««ise^ ^j*a; «le me taire connaitre que -"Liiiicr^^ir n uiDiÂM i l»zi liL-* uDr demande pour D aar?r jt iTTfii* t»* iiKi«Là2.S £»i'Qêral à Desessart; sa- •a*iar -^iii£ t* liiL^ij rae ta en êpr»>oTeras, je mettrai ic uii-:iin II* iituis^MA 'LL15 >:«<;« demande : elle sera

Al ji.'.itHL bf «* i»iri*à2iij travaux, le maréchal i-oLLiiD* Df* ii:«rT-?îj?* d-*-? faifans du fiarc de Savifi - it*rtî** i '^:«i'L rr-cT^* da lemps pour tout I

w a iiKL.v. j» . aut A q*irre benrts da soir.

Wa iif ïTî AJiii«- ^ rtf«.> «àe rÊCevcâr ta lettre à l'heure

.1 ^ LT.cfiyti^ ZL »Js:(L3f*. Tàî tié c»:'ntrarié : le motif

L*:*L.,i i "iOf '.-azTkrji^ : j^ ^cpp>>$e. cepeDdant. que

/:i»csai:s.c»:ir w nrc* i^zrsê'pâine n'aura pas de suite.

;.f -. MLTio* li T.'tïc» qae tu rwlames ; elle t arrÎTen

•' 1^ n«irx ime jt «ctk ^ iK-mme ton frère Jieut^ :.Li: ^'l'icL. - ; kiUrSiCJj^ ic^i^rdliai. je me réserrais :■: -^ L*.iL23tz rfc* 2»:c2r* itr-civelle en tVmbrassant. : :. i-z A stisâiî:o:a oe p^>^TeIlir hier soir notre belle- -.•» i: i-: i::':vl:'Î1x: U ae:>e-

Ht 'if "v A.'îi'fsf- î îi-t que j"aie la conviction que . . t;: :;> >-^ — •'- ^^i-r^cr et mon attachement pour

avoir été, malgré mes occupations, si longtemps sans te donner signe de vie : il faut aussi que je t'apprécie tout ce que tu vaux. C'est le plus grand sacrifice que je puisse faire à ma patrie que de ne pas m'occuper d'un être qui m'est si cher. Nous touchons au moment, je l'espère, de la fin de mes sacrifices. Le sort de notre patrie va ôlre décidé probablement demain. Wellington fait un mouvement et arrivera demain sur les hauteurs de Montrouge. Le corps du général Vandamme y est aujourd'hui, je vais le renforcer demain, et j'espère que la plus juste des causes, celle de notre chère patrie, prévaudra sur l'habileté de Wellington. Adieu, mon Aimée, je t'embrasse de toute mon âme, ainsi que mes enfants.

Tout h toi pour la vie.

Ton bon et fidèle Louis.

Cette lettre sent la bataille, et certes le prince d'Eckmiihl croyait combattre le lendemain, c'est-àdire vaincre. Cette lettre accentue la note de M. Clément.

Obligé de quitter Paris, le prince d'Eckmiihl, dans une lettre sans date, mais qui a dû être écrite le 8 ou 6 juillet de son château de Savigny-sur- Orge, cherche à calmer sa femme par une feinte tranquillité d'esprit et même à la distraire par un compliment :

J'ai beaucoup couru dansSavigny, j'ai admiré ce que tu as fait à la petite cour; cela est d'un excellent effet et donne une nouvelle preuve de ton bon goût. J'envoie

2» LE MARÉCHAL DAVOCT.

-^i^f* à nos enfants, j'y comprends celui qui c>; >ur le ^Ani de faire s»>n entrée dans le monde el ôr> :vil--rrs à leur bonne mère.

Le m'>i pjssant toujours en dernier lieu dans Fesi.riî du maréchal, il offre de partager le peu d'ar- -rent qu'il emf»orte avec lui : le cœur de rhomme, -. mrsur^ que nous apprenons à le connaître, nous >riiiW»> vraiment supérieur encore au génie du solci:. Tout oe qui touche à ces jours de deuil, pendant Irsquris l'êtrans^^r foulait le sol de la patrie, ren:::A:î: les entrailles, je copie ce billet sans indica* :: . r. d«? Heu. mais qui a dû partir encore de Savîwr.v :

Ml -ièr^ Aimée, je sui> sans nouvelles de toi. Je :.'.-> i l':n>;Anî p-^ur Etampes: j'espère là recevoir la

.:^:ll^ îr î .^n heureux accouchement. Si les circon- -:..:: t> rj-ilheureuses où se trouve mon pays occupent

:v...,t::^ partie de mes affections, le reste esteiclusi-

A;r-i::i: i ma Aimée et à mes enfants : si quelque

h >: uie >:ul:eat, c'est IVspoir de notre prochaine

:x .:::: :.. Jt : eux rie mille baisers el autant de caresses

,\ V.: N : ::f.i::;s, y compris celui que tu ne tarderas pas à

Lo inartvhiil, s;ichant que la lettre qu'il écrivait à >.i femme |HHivait tomber en d'autres mains, ne lui l^rio que do Saviimv: mais, venu chez lui de Long-

jumeau, première halte de Vennemi, il appela les généraux Gérard, de Valmy et Haxo, et tint conseil afin de trouver le moyen de faire reconnaître Tarmée existante comme Tune des institutions politiques de la France, et d'obtenir un acte qui la mît légalement sous la protection des principes généraux du droit public. Cet avis adopté, les trois chargés d'affaires des intérêts de Tarmée partirent ; mais le gouvernement avait changé et il fallait désormais une soumission pure et simple au Roi. La première adresse du 14 juillet fut refusée comme trop fière; le maréchal et tous les généraux l'avaient signée.

L'énergie et le patriotisme du prince d^Eckmiihl étaient redoutés, et les dénonciations contre lui pleuvaient de Blois, de Tours, de Bourges. On le faisait espionner et surveiller, car on craignait toujours de sa part un coup de main. C'était cruellement le méconnaître ; il n'aurait tiré l'épée que pour empêcher les étrangers d'abuser de l'occupation.

Il défendait la neutralité des ponts, la liberté des communications contre les étrangers campés de l'autre côté de la Loire, pendant que Louis XVHI invoquait la convention signée par le maréchal pour défendre les musées et protéger les monuments de Paris.

Les alliés pillant et ravageant, le général Achard, commandant le département de la Mayenne, reçut un ordre énergique du général en chef des armées

de la Loire et des Pyrénées, portant la date du là juillet 1815. qui se terminait ainsi: a La défense du département est confiée aux habitants et aux rassemblements qui existent dans ce département; ils doivent tourner leurs armes contre les troupes étrangères qui ravagent notre malheureuse pairie, (/est pour y mettre un terme que je réunis sur la rive gauche de la Loire tout ce qu'il y a de troupes de Ugne disponibles. »

Le maréchal prince d'Eckmuhl et le rassemblement de ces vaillants débris do la Grande .Vi'raée suffirent pour arrêter les dévastations des alliés. .\ ce généreux élan patriotique; le gouvernement répondit par un ordre, reçu le 17 juillet, de faire prendre la cocarde blanche à Tannée.

Le prince d'Eckmiihl était à cheval, et suivi de son état-major il passait en revue un détAchemenl «juand cette dépêche lui parvint; la froissant avec violence, il prit le galop pour se placer en face des troupes, et, tirant son épée, d'une voix habituée à se faire obéir, il cria aux soldats : a A vos rmif/s /...)) puis. . . il n'ajouta rien !

Quel combat dut alors se livrer dans ce grand cœur do soldat assiégé par les souvenirs de gloire d'un passé si récent, mais, à ce moment encore sans doute arrêté par Tidée de la Franco. Avant de rentrer sous sa tente, cédant à un violent mouvement d'iiuligiiation et de colère, le maréchal saisit delà

main gauche Tépée qu'il avait tirée et la brisa sur le pommeau de sa selle. Les officiers de son état-major comprirent qu'un grand malheur planait sur Tarmée.

Après quelques jours, le maréchal, sentant le danf»;er de la résistance en face de Tennemi, qui se souciait peu du trône des Bourbons, mais beaucoup de se venger de la France, s'appliqua à faire accepter à Tarmée le grand sacrifice qu'on lui imposait ; et il fallut toute son énergie pour étouffer les germes de rébellion, sans perdre de vue Tennemi toujours au guet. Le prince d'Eckmiihl tenait donc son année sur le pied de guerre et gardait le trône faiblement protégé par Bliicher, qui ne dissimulait pas son désir de réduire la France à ce qu'elle était deux siècles en arrière.

Les royalistes de la vieille Armorique voyant les Prussiens marcher vers l'Ouest s'émurent et envoyèrent au général Lamarque une députation pour lui offrir de combattre sous ses ordres contre l'ennemi commun. On sait avec quel élan le prince d'Eckmiihl répondit à cette démarche. Ah ! pourquoi, au lieu de lui ôter son commandement, le Roi n'accepta-t-il pas cette alliance bénie contre ceux que l'on appelait les Alliés! Henri IV et saint Louis l'eussent provoquée en grands Français qu'ils étaient, et de ce jour l'union de tous les partis, faite au nom de la France, aurait évité les malheurs de

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l'avenir ; mais c'était là une politique de grands cœurs et non d'émigrés, de flatteurs et de courtisans.

Accablé de dégoûts par Tinfluence de ces derniers, le prince d'Eckmiihl envoya sa démission le {9 juillet; on ne l'accepta pas, on avait besoin encore de son influence sur l'armée. Le comte d'Erlon, renseigné de Paris, craignant les haines dont il était l'objet, écrivît le 23 juillet au maréchal qu'il allait s'expatrier ; voici la réponse que lui fit le 24 le prince d'Eckmiihl :

Je reçois à l'instant votre lettre. Ce que vous médites de l'esprit des troupes m afflige pour l'honneur de l'armée et de notre malheureuse patrie. J'aurais cru que ce qui restait du 1" corps était animé du feu sacré; ce feu sacré existait dans les troupes du corps d armée de ce numéro que je commandais ; là, les généraux, 1^* oni<icrs et les soldats ne délibéraient pas ; là. la con- Ihuuo était entière entre le chef et ses troupes. El * (inolle épiKjnc. j'ose le dire, lai-je plus méritée qu'au-jourd'hui, où je sacrifie repos, famille et existence c^ rainour de ma patrie et à l'honneur de rarmée?Ce qu^ vous me mandez est décourageant pour le chef; mai# je trouverai, dans mes sentiments et dans mon caraot6re, la force d'àme nécessaire dans cette circonstance.

lo maréchal prescrivit au ^tMiéral Delcanibre de oacher ce départ; il ne le put faire longtemps, et le général Gérard, alléguant ses blessures, refusa ce

commandement. Les craintes du général d'Erlon n'étaient pas vaines; une ordonnance du 24 juillet, que nous ne qualifierons pas, vint leur donner trop raison !

On sait par quelle lettre^ le prince d'Eckmiihl réclama la responsabilité des actes dont on voulait châtier ses subordonnés. Aucune réponse ne lui fut faite et on continua à traquer les proscrits. L'armée de la Loire ne fut point ingi*ate; les généraux, dépouillés de leurs commandements, témoignèrent presque tous au général en chef des plus ardentes sympathies. « Le vertueux Drouot, » l'histoire lui donne ce nom, écrivit au maréchal : « que son plus grand désir était d'avoir mérité so7i estime. » Le général Vandamme, toujours si ombrageux, lui adressa de Chàteauroux, le 29 juillet, la lettre que voici :

Je remercie beaucoup Votre Excellence des explications qu'elle a la bonté de me donner sur Tordonnance royale du 24. Les démarches qu'elle a faites sont dignes du beau caractère qu'elle n'a cessé de montrer. Elles ne peuvent qu'augmenter la gratitude que l'armée a tant de motifs de conserver à Votre Excellence.

C'était à un homme en défaveur que Ton écrivait ainsi ; or, ce sont là les bonnes louanges^ les seules

^ Nous avons donné dans les documents officiels de ce quatrième Tolume, page 204, la lettre adressée par le maréchal princfi d*Eckmûhl au ministre de la guerre.

flatteuses, les seules faites pour plaire au maréchal Davout, exilé, disgracié, privé de ses trailemeals, quand Fouché était tout-puissant. Il faut que les calomniateurs comptent largement sur la méchanceté et sur la sottise humaines pour avoir osé songer à l'accusation de traîtrise, alors qu'il s'agissait du maréchal Davout ! Le maréchal Macdonald, duc de Tarente, successeur du prince d'Ëckmiihl, arriva à Bourges le 1" août, et le commandement lui fut remis par un de ces ordres du jour tels que savais les dicter le cœur du prince d'Eckmûhl.

Revenons, après cette explication nécessaîï"*^' à la correspondance intime du prince d'EckmiJ l*^ ■• 'Le 7 juillet, d'Etampes, à onze heures du sob^*"» le maréchal écrit :

Ma bien bonne Aimée, je n'ai point eu de tes iio^' velles depuisbierdans l'après-midi, que tu m'annonc;**''^ éprouver des douleurs d'accouchement. Juge de m* •" impatience et de mes inquiétudes. Charge le colonel ^^^ Castres de me donner de tes nouvelles plutôt d<-*^*^ fois qu'une; il me semble qu'il pourra trouver fari^^* ment à m'cnvoyer, par l'intermédiaire des généri**^*^ alliés, ces lettres, qui se borneront à me parler do ^^ santé et de celle de nos enfants.

Torturé par Tinquiétude, le maréchal, en sonJ^.** son cœur, croit au cœur des autres: une telle mesu^* était diflicile à faire égale.

Angerville, le 9 juillet.

J'ai reçu hier soir, ma chère Aimée, la lettre de mon cousin qui m'annonce ton heureux accouchement; j'ai éprouvé une satisfaction que je ne me croyais pas capable de sentir dans la cruelle situation où se trouve notre patrie, ce qui doit te convaincre, mon Aimée, combien tu possèdes une grande partie de mes affeclions. J'envoie mille caresses à cette petite fille*, je lui porterai autant de tendresse que si c'était un garçon; j'en désirais un pour notre gros Louis, afin qu'il fût mieux élevé, l'expérience prouvant que rien n'est si difficile à bien élever qu'un fils unique ; nous ferons l'un et l'autre notre possible pour qu'il soit une exception à la règle.

Tu me demandes, mon Aimée, le nom à donner à notre fille, je désire que ce soit un des noms de ma grand'mère maternelle, à la mémoire de laquelle tu sais que je porte un attachement religieux. Je ne me souviens pas de ses noms, mais tu les trouveras dans nos papiers, soit dans l'extrait mortuaire de ma mère, $oit dans ton contrat de mariage. Ma sœur connaîtra

1 L'enfant qui naissait à Paris, hôtel d'EckmÛhl, le 8 juillet 1815, dans ces cruels jours d*angoisse, est l'auteur de ce recueil. Avec quel élan de reconnaissante admiration je trouve mon père, toujours sage et bon, expliquer pourquoi il désirait un second flls et pro* mettre de m'aimer comme si j'étais un garçon. Il m*est encore impossible de ne pas faire remarquer que mon père choisit mon nom, quand toutes les autres fois il avait écrit à la maréchale de ^aire tout ce qu'elle voudrait à ce propos,

La grand'mère du maréchal s'appelait Adélaïde, comme sa mère ; fai donc été baptisée sous le nom d' Adélaïde-Louise'; pourquoi le nom de Louise est-il le nom que Ton m'a fait porter? J'eusse pré* féré Vautre pour plus d'un motif.

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