A SON EXCELLENCE M. LE DUC D*OTRANTE
« Paris, le 27 août !81o.
u Monsieur le duc,
«J'ai l'honneur d'accuser réception tt Votre Excellence de sa lettre de ce jour, par laquelle elle mMnvite à faire faire la remise à M. le marquis de Vernon, des chevaux des écuries du Roi, qui m*ont été prêtés le 5 juillet dernier, par ordre de la commission du gouvernement.
» Ces chevaux mis à ma disposition, pour le service de Tarmée, tant pour moi que pour les généraux et officiers do l'état- major généra qui n'étaient pas montés, ont suivi le mouvement de l'armée au-
menls sur cette époque si troublée, nous devrons sauter du 27 juillet 1815 au mois de février 1816.
lielà de la Loire. Lorsque j*ai été remplacé dans le commandement , il j ont été, ainsi que tous les effets d'équipement et de harnachement, mis à la disposition de M. le maréchal duc de Tarente, qui m'a snccéilé.
•1 L'officier chargé de cette remise en a retiré des reçus que j'ai reclamés et que j'attends d'un instant à Tautre. Sitôt qu'il me seront parvenus Je m'empresserai de les adresser à Votre Excellence, ainsi ({iw les procès- verbaux de mort de deux ou trois de ces cliovauxi q'ji ont été forcés par des officiers chargés de missions cxtraoïilinaîres.
•* £n attendant, je prie Votre Excellence de vouloir bien donner ce» détails à M. le marquis de Vernon qui pourra réclamer ces chevaux à M. le maréchal duc de Tarente.
- AçréeZf monsieur le duc, l'assurance de ma haute considération.
« Le maréchal de France,
« Prince d'EcKMÎ hl. »»
L'exil à Louviers fut le châtiment de la déposition du maréchal Davout lors du procès du maréchal Ney. Il avait supplié la famille du prince de la Moskowa d'accepter le conseil de gueire; la maréchale et ses amis furent d'un avis contraire ; on obtint des désistements de tout le conseil, dont le prince d'Eckmiihl ne faisait pas partie, étant considéré comme exilé. Les lettres de nomination portaient toutes : « Votre nomination a lieu en t absence de M. le maréchal Davout, qui ne peut, par ce motif, être appelé à siéger au conseil. »
On redoutait justement Tinfluence du prince d'Eckmiihl, car il était persuadé qu'aucun soldat n'oserait condamner l'illustre et vaillant Ney, et il aurait su faire prévaloir son opinion. Les conseils légaux du prince de la Moskowa alléguèrent de ses droits à être jugé par la Chambre haute. Le maréchal Davout, en apprenant le succès de cette tentative, fut désolé et s'écria dans la violence de ses craintes : « Pas un seul, même Raguse, n'eût osé condamner un tel homme ! »
Les débats commencèrent le 4 décembre 1815, et le 8, le prince d'Eckmùhl, trop absent pour faire partie du conseil de guerre, fut appelé comme témoin à la Chambre des pairs.
M. Berryer, avocat de l'accusé, demandant des explications au maréchal Davout sur la convention conclue, M. Bellart, procureur général, violent dans
ses haines et terrible serviteur par suite, protesta vainement; il dut consentira laisser parler lo maréchal Davout qui raconta simplement les négocialions, terminant sa déposition par les mots que voici : <c J'ai dicté à M. Bignon le complément de son instruction : ce sont presque tous les articles dont on a donné connaissance. Entre autres, j'ai donné nominativement au général Guillemiiiot Vorlire de rompre les négociations, si les articles qui étaient en faveur de la ville de Paris, de ses habilaats et des autorités civiles et militaires étaient rejetés. »
M. Berryer, après plusieurs autres questions, demandant au prince d'Eckmiihl ce qui lui donnait l'espoir, dans le cas où la convention n'aurait pas clé protectrice des intérêts des habitants de Paris, do tirer parti de la position de l'aimée, le maréchal répondit : « J'avais sous mes ordres une belle armée. Si les Français sont prompts à se réunir, lorsqu'on leur indique un arbre, ils se rallient à plus forte raison devant la capitale de l'empire. J'avais une excellente infanterie, de la cavalerie, quatre à cinq cents bouches à feu. J'avais pour moi toutes les espérances qu'un général en chef doit avoir quand il donne une bataille. Si les conditions auxquelles je tenais essentiellement avaient été refusées, je passais la Seine dans la nuit du 3 au 4 juillet sur le pont de bateaux que j'avais fait jeter à cet effet au-doss<Mis
de celui dléna, en dehors des barrières, el j'attaquais Tannée prussienne en débouchant sur ses derrières par le pont de Neuilly, qui était fortement gardé et retranché. »
M. Dupin^ également appelé à défendre le prince de la Moskowa, à son tour pria le maréchal Davout de dire « si par la convention il avait entendu mettre les fonctionnaires à Tabri de toute espèce de recherche seulement pour un temps, ou indéfiniment? »
Le prince d'Ëckmùhl répondit avec une énergie imposante : « Si l'article 12 n'avait pas été conclu et rédigé dans ce dernier sens, je ii aurais jamais conclu la cofivention de Paris, qui devait entièrement couvrir tous ceux qui avaient pris part aux évènements du 20 mars et servir de règle dans les relations mutuelles jusqu^à la coficlusiofi de la paix, »
Le procureur général Bellart, constatant l'effet produit parles fermes paroles du prince d'Eckmiihl, déclara s'opposer formellement à toute question nouvelle faite au témoin, et le président de la cour ajouta : « La pensée du témoin est fort étrangère au fond de la convention. » Ces représentants des rancunes étroites de leur parti ôtèrent la parole au prince d'Eckmiihl, en reconnaissant avec quelle autorité il prouvait que la convention de Paris était un pacte diplomatique consenti par les puissances alliées et non pas une simple suspension d'armes.
Le prince d'Eckmiihl revint à Savigny anéanti,
car il comprenait que lu condamnation de son ancien
compagnon d'armes et do gloire était décidée. Le
lendemain, Tarrét de mort du prince de la Moskowa
était prononcé. Les persécutions continuèrent, et la
déposition du prince d'Eckmiihl ayant écrasé le parti
qui voulait réagir quand même, le 27 décembre, on
l'envoyait en exil à Louviers.
La popularité que ces débats lui avaient justement donnée^ Tarrivée à Paris de la jeune garde boui^ignonne qui s'était spontimément levée pour le protéger, en faisaient un personnage trop redoutable, pour que l'on s'avisât do comprendre que son implacable bon sens lui disait, autant que son amour pour la France, qu'il n'y avait plus rien de possible que de défendre la liberté par les voies légales ^
Louis Davout avait aimé d'abord, et d'un ardent amour, la liberté, et il était plus que jamais libéral en s'attachant avec enthousiasme au premier consul, qui écrasait les assassins de la vraie, de la noble liberté, précipitée dans le sang et dans la boue par les hommes de 1793 ! Nous ajouterons que, (îu disant la vérité à l'Emperem*, en réclamant en faveur de la Pologne, dont le maréchal Davout voulait que 1 on refît une nation libre, puissante, indépendante,
* Voir à Tappendice lettre G.
alliée et non vassale de la France, le duc d'Aucrstaëdt était certes et plus que jamais libéral.
Rappelé d'exil à la fin de 1816, admis après la noble lettre que nous donnons ici en note* à prêter