‹ Le maréchal DavoutChapitre 21 sur 52 · LETTRE DU MARÉCHAL DAVOUT A S. M. LOUIS XVIII · texte numérisé non relu

LETTRE DU MARÉCHAL DAVOUT A S. M. LOUIS XVIII

Sire,

Il n'y a plus que deux maréchaux qui n'aient pas encore reçu île Votre Majesté le bâton royal.

Votre Majesté a solennellement proclamé l'intention (reflTacer les tristes souvenirs du passé et de rallier, autour du trône, ceux qui, sur tant de champs de bataille, ont concouru à la gloire militaire de la France.

C'est parce que mon nom a «luelquefois aussi été mêlé, par l'estime de mes compagnons, à cette noble association de gloire, que j'ose exprimer à Votre Majesté le désir de partager un honneur qu'Elle a accordé aux autres maréchaux.

Je me garderai d'entrer dans l'apologie des circonstances que, à l'exemple du plus grand, du plus national de vos aieux. Votre Majesté a couvertes d'un voile que personne n'a plus le droit de soulever.

Qu'il me soit seulement permis de dire qu'en 1814 je ne fus appelé à aucune grâce, à aucun serment; le premier que j'ai prêté à Votre Majesté date de l'époque récente où elle a bien voulu me faire adresser dans la nouvelle forme mon brevet de grand cordon de la Légion d'honneur, en y consignant le rang militaire et les titres garantis par la Charte.

Rappelé depuis peu de l'exil, je sollicite, Sire, la faveur d'être (selon l'usage établi pour MM. les maréchaux de France,) admis à répéter mon serment devant Votre Majesté, et à recevoir le bâton royal de vos mains.

Mon caractère connu et mon zèle même à remplir des engagements qui ont cessé pour jamais sont la plus sûre garantie que je puisse offrir à Votre Majesté de ma fidélité, dès que ma parole en a été donnée, et que l'honneur en répond.

Je suis, Sire, avec le plus profond respect, de Votre Majesté, le très humble et très obéissant serviteur et sujet.

Le maréchal de France,

DUC d'aT'ERSTaRDT, prince D'sCKMfHL.

Paris, le 13 mars 1817.

serment comme maréchal de France le «31 août 1817, le prince d*Eckmûhl, en même temps que beaucoup de ses anciens compagnons de guerre, fut nommé pair de France le 5 mars 1819 *.

Nous verrons le maréchal Davout demeurer fidèle à ses serments et à son amour pour la liberté, sur les bancs de la Chambre haute, jusqu'au jour fatal où la maladie Téloigna, beaucoup trop tôt pour la France, des discussions de la Chambre et de la vie publique. Nous ferons suivre cette assertion, afin de lui donner le poids qu'elle mérite, de quelques extraits des discours et des rapports du prince d'Eckrauhl, en partie, d'ailleurs, insérés au Moîiiteur,

Le bon sens absolu est le vrai, est le meilleur ^énie, le génie de tous les temps. On dirait le discours prononcé par le maréchal Davout, à propos des amendements aux lois contre la presse proposés par M. le comte de Bastard, pensé et écrit A' hier, tant il est actuel.

De quelle sagesse, de quel sentiment compréhensif des besoins de la France et de la royauté ces paroles témoignent ! Avec quel respect, avec quelle dignité sympathique le prince d'Eckmûhl parle de tous les passés, même dupasse de l'Empire, ce qui réclamait

' On lit dans le Moniteur: « Aujourd'hui M. le maréchal Davout, pfince d'Eckmûhl, a eu riionneur d'être présenté au Roi et de recevoir des mains de Sa Majesté le bâton de maréchal de France «ieurdelisé. »

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alors un certain courage moral. Nous ne résistons pas à citer une phrase de ce discours, car elle nous semble Téloquenl résumé de la vie et des opinions de rillustre maréchal : « Qu'est devenu le colossal monument construit par un génie supérieur, et à l'ombre duquel nous nous étions réfugiés après tant d'orages? »

Hélas! le plus colossal monument élevé par un homme peut être renversé par un autre homme souvent infirme et misérable d'esprit jusqu'à n'avoir de puissance que pour le mal. Dieu seul a pu dire sûrement de son œuvre qu'e//e était bojvie, et lui commander de durer au travers des siècles !

DISCOURS

DU

PRINCE D'ECKMÛHL

A LA CHAMBRE DES PAlllS

DISCOURS

DU

PRINCE D'EGKMÛHL

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